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à nous en donner la certitude, mais quelques faits nous permettent d*a(Hrmer que ce n'est pas là une simple hypothèse. Il existait des milices, toutes locales, composées de citoyens qui, à tour de rôle, veillaient sur les remparts, impuissantes, parce qu'elles étaient isolées, mais qu'à un moment donné Séverin saura réunir, avec efficacité, pour une action commune. Puis, il y avait des délégations que nous voyons adressées par les villes, soit au saint, soit à des rois barbares. Ces délégations traitent avec quelques-uns, moitié conquérants, moitié protecteurs, pour défendre les Romains contre d'autres envahisseurs. Elles sollicitent d'autres rois des autorisations pour faire le commerce avec les provinces limitrophes. Cette autorisation dépend de l'instable bonne volonté des divers chefs qui y régnent. C'est ainsi que nous voyons les habitants romains de Passau, en Rhétîe, prier Séverin d'intervenir auprès du roi des Ruges pour qu'il leur permette de commercer avec leurs voisins du Norique*, où il faisait la loi, bien qu'il n'en fût pas officiellement le maître.
Si entravé qu'il soit, le commerce en effet, tant
1. £u^., XXII, a... beatum virum supplicei adierunt utper^ gens ad Febanum, Rugorum principem, mercandi eis Ucentiam oostularet.
qu*il y a des hommes, ne cesse jamais complètement. Dès qu'une accalmie se produit, il saisit Toccasion. Les transports sur terre étaient difficiles, périlleux, mais non pas impossibles, puisque nous allons voir saint Séverin lui-même en opérer. Les barques continuaient à monter et descendre les cours d*eau.
Donc, il subsistait une vie municipale, quoique faible et insuffisante. Mais au delà, il n'y avait rien. Pas trace, nous ne dirons pas de fédération, mais de relations entre villes en vue d'un accord pour la défense commune.
Une seule organisation demeure intacte, sinon forte, le clergé. Le service religieux est partout en pleine activité. Partout nous voyons les évêques continuer à gouverner leurs diocèses; des prêtres, des diacres, des sous-diacres, des portiers, des chantres, remplissent 'chacun leur ofQce. Dépourvu en droit de pouvoirs publics, en Norique comme en beaucoup d'autres lieux, par la seule force des choses, le clergé est devenu une puissance. C'est vers lui qu'on se tourne instinctivement, puisque sa hiérarchie est la seule qui soit demeurée. Hagarde l'autorité morale et l'autorité matérielle vient à lui. Les églises sont devenues pour le peuple les lieux de réunion habituels. C'est à Téglise que se font les communications de toute
nature, que Toq donne avis de Tapproche des Barbares, que Von délibère sur les mesures a prendre. Le rôle des prêtres est prépondérant, et surtout celui des évêques. A Lauriacum, lors d^une attaque des Alamans, c'est Tévêque qui organise la défense. Le fait n*est pas unique dans notre récit, nous le re verrons ailleurs. Nous avons déjà rencontré ce tribun militaire, dont le peuple fit un évêque. Dans une condition si opposée à sa première profession, l'expérience qu'il avait acqaise ne lui fut certainement pas inutile. Il synthétise éloquemment le rôle nouveau qui s'impose à l'épiscopat, les devoirs nouveaux que les circonstances exigent des évêques.
Tels sont les éléments sur lesquels Séverin peut compter, avec lesquels parfois il doit compter. Mais de ces deux organisations, Tune municipale, l'autre ecclésiastique, la seconde est incomparablement plus parfaite cjue la première. Séverin y trouva; les cadres tout préparés d'un gouvernement théocratique. Dire qu'il le fonda, ce serait, à notre sens, aller beaucoup trop loin*. Séverin ne fonda pas de gouvernement. Mais il sut fonder une entente. Il fut le lien qui réunit des bonnes volontés éparses, il les stimula, il fut le conseil
I. Amédëe Thierry s'approprie cette expression. Je crois qu'ici il dépasse la réalité.
qui dirige et souvent le bras qui exécute, il donna une ligne de conduite commune aux cités isolées.
Il (ut aussi celui qui portait la parole au nom de la romanité et le seul qui maintint quelque peu la dignité de celle-ci en face d'un conquérant impudent et sans scrupules. S'il a gouverné, ce fut par un consentement universel et tacite, sans plus de titres définis qu'en d'autres temps n'en eut un Périclès pour inspirer pendant quarante années la politique d'Âthénes.
Les relations de Séverin avec le clergé furent en général excellentes. Cependant, il est à remarquer que les difficultés qu'il rencontra parfois lui vinrent de ce côté et jamais de la population laïque. Sans cesse nous le voyons en communication avec les évèques et les prêtres du pays. Populaire comme il Tétait, il est possible qu'il n'ait pas toujours été étranger au choix des évéques. Il y avait un prêtre de Tiburnium, ville du Norique intérieur, qui jouissait de toute la confiance de Sévérin. Il se nommait Pauline Parfois il venait, malgré la distance, faire un séjour au monastère de Favianes. Un jour qu'après une de ces visites il prenait congé de Séverin, celui-ci lui dit : a Hâte-toi, vénérable prêtre, car nous avons lieu