‹ Saint Séverin, apôtre du Norique (453-482): (453-482)Chapitre 36 sur 81 · I. Eug.jXXU · texte numérisé non relu

I. Eug.jXXU

pondirent que leurs concitoyens entendaient n'être pas méprisés et prétendaient jouir des privilèges que d'autres possédaient. Alors un prêtre se leva, et apostrophant le saint : € Va donc, dit-il en ricanant, va donc accomplir cette mission. Ton absence nous débarrassera au moins pour un temps de tous ces jeûnes et de toutes ces veillesM » Peiné de cette cruelle dérision'» Séverin se mit à pleurer, et comme quelques-uns lui demandaient le motif de ses larmes : « Je vois, dit-il, les malheurs qui pendant mon absence vont fondre sur cette malheureuse cité. Le sanctuaire du Christ, le lieu même où nous sommes (on était dans le baptistère), regorgera de sang! » Puis il prit congé et s'embarqua pour Favianes. Peu de jours après, le temps de la moisson arriva. Tous les hommes de la ville allèrent aux champs, ne laissant que quarante hommes à la garde de la cité. Les Barbares étaient toujours aux aguets d'occasions de cette sorte. A peine les hommes de Passau étaient-ils dispersés dans la campagne que le chef Hunumund, avec un petit nombre de pillards, faisait main basse sur la ville, massacrait ses gar-

1. Eug,^ XIX, 3, Quidam preshyter hme Jiabolico spiritu repletus adjecit : a Perge^ qtueso, sanete, perge velociter^ ut tuo discessu parumper a jejuniis et vigiliis quiescamus, »

a. Ibid. Quodicto, vir Dei lacrimis urguebatur ingentibus quod in ridiculam vanitatem cunctis andientibus sacerdos eruperit.

diens impuissants et, ne respectant pas même les sanctuaires, envahit le baptistère où avait eu lieu le colloque. Ils y surprirent le même prêtre qui avait tourné Séverin en dérision et avait cherché là un asile» espérant que la sainteté du lieu lui. servirait de défense. Us se jetèrent sur lui et le mirent en pièces ^

La même fortune arriva à Joviacum, bourg distant de Favianes de plus de vingt milles*. Séverin y avait envoyé Moderatus, chantre de sa basilique, pour avertir les habitants qu'ils abandonnassent leur ville sans retard; s'ils méprisaient son avis, ils périraient. Mais ils n'avaient eu vent d'aucun péril. Aussi» les uns hésitaient, les autres refusaient absolument d'écouter le messager. Quand il eut appris le mauvais succès de Moderatus, Séverin dépêcha un autre messager, avec des paroles plus pressantes : « Il n'y a plus un instant à perdre, cette nuit même, vous serez attaqués. » Et il avait recommandé à son envoyé, s'il ne pouvait convaincre les autres, de persuader au moins le prêtre Maximianus, homme dont il admirait la haute spiritualité. Ce prêtre consentit d'abord à seconder le messager dans ses efforts, mais comme ils ne gagnaient rien, lui-même se laissa entraîner à

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