‹ Saint Séverin, apôtre du Norique (453-482): (453-482)Chapitre 53 sur 81 · I. Eug., XIX, I · texte numérisé non relu

I. Eug., XIX, I

personnage, car le Norique, il ne l'ignorait pas, était Tobjet de ses convoitises. En attendant qu*il se sentit en mesure de l'envahir, il ne laissait pas que d'y faire de fréquentes incursions, il ne craignait pas de pousser de rapides expéditions jusqu'au cœur du pays. Les habitants de Passau avaient particulièrement à en souffrir, car en raison de la situation de cette ville, son territoire servait nécessairement de passage aux bandes de pillards. C'est pourquoi ils appelaient souvent le saint à leur aide.

Gibuld, cependant, affectait une profonde admiration et la plus vive sympathie pour cet homme extraordinaire dont il entendait conter tant de merveilles ^ Longtemps, à ce qu'il semble, il resta sans le connaître personnellement. Un jour que le saint' était à Passau, il annonça son désir de l'y rencontrer. Ce fut une véritable panique. On savait assez ce que coûtaient ces visites barbares. Même, on soupçonnait que les intentions de Gibuld étaient loin d'être innocentes. Ce n'était, pensait-on, qu'un prétexte pour pénétrer dans la ville, se rendre compte de ses ressources et de ses moyens de défense. Tous ces motifs joints à l'espoir d'un profit certain devaient le

I. Eug,^ XIX, ^,.,. quorum rex Gibuldus summa eumreve^ rentia diligebat.

136 SAINT SE VERIN.

tenter au moins autant que le désir d*entrer en relations avec le saint homme.

Se vérin ne fut pas dupe de la fourberie. Pour détourner de Passau la présence de Gibuld^, luimême prit les devants et rencontra le roi, tandis qu'il était en route. Nous ne savons quel discours il lui tint, mais nous pouvons le présumer par Teffet qu'il produisit sur Gibuld. Il est probable qu'avec sa perspicacité décevante, et d'ailleurs sans se départir des formes courtoises qu'il n'abandonnait jamais, il lui mit à nu devant les yeux les secrets replis de son cœur. Bref il lui fit voir clairement qu'il ne croyait pas un mot de ses protestations d'amitié. Tandis qu'il lui parlait avec cette fermeté, Gibuld, stupéfait, se mit à trembler de tous ses membres. Il avoua depuis à ses familiers que jamais il n'avait éprouvé une pareille frayeur, pas même au milieu des plus terribles dangers de la guerre*. Démasqué, confondu, le Barbare perdait tous ses avantages. Soit qu'il fût sous l'empire de la crainte, soit qu'il jugeât plus prudent de renoncera lutter contre un adversaire qui semblait disposer à son gré de la puissance divine, il se fit humble et soumis et promit à Séverin de lui

Page 1