I. Eug„ XIX, a. Ne adventu suo eamdem cmtatem vrx' gravaret
a. Eug,, XIX, 2.
accorder tout ce qu'il demanderait. Celui-ci lui proposa une sorte d'alliance : il l'aiderait à protéger les Romains contre toutes violences et, pour inaugurer le pacte, commencerait par rendre gratuitement la liberté à tous les captifs qui pouvaient se trouver sur son territoire. Que pouvait offrir Séverin en échange de ces bons offices ? On ne nous en dit rien. Mais son amitié et ses conseils avaient peut-être aux yeux de Gibuld, encore sous l'impression de son écrasante supériorité, assez de prix pour valoir quelques sacrifices.
Le roi l'autorisa à envoyer quélqu^un des siens qui parcourrait le pays et rechercherait tous les captifs originaires de la province de Norique qu'il découvrirait en Rhétie. Le diacre Amantius fut chargé de cette mission. Mais pour l'accomplir, il lui fallait obtenir de Gibuld une autorisation officielle dont il pût se prévaloir auprès de ses sujets désagréablement surpris par cette clémence inaccoutumée. Il alla donc à la résidence de Gibuld. Mais sans doute parce qu'il n'était plus impressionné par la présence de Séverin, peut-être humilié dans le fond, celui-ci semblait avoir oublié ses engagements. Peut-être aussi voulait-il seulement montrer aux Romains qu'il était toujours le maître de ses volontés, et prétendait bien n'agir qu'à son heure. Chaque jour donc, Amantius,
nouveau Mardochée, se [tenait aux portes de la maison royale, attendant une audience, mais les portes ne s'ouvraient pas pour lui. A la fin, persuadé qu'il n'obtiendrait rien, il se mit en route, tout découragé, pour revenir rendre compte à Séverin de l'inutilité de ses démarches. Et tandis qu'il cheminait tristement, un homme parut devant lui, tout semblable à Séverin, raconta-t-il, qui lui ordonnait impérieusement de le suivre. Il obéit, parvint à la suite de son guide jusqu'à la porte du roi et aussitôt cet homme disparut. Cependant un serviteur de Gibuld, chargé d'introduire les étrangers, interrogeait le diacre, lui demandait qui il était, ce qu'il voulait. Amantius présenta les lettres dont il était porteur. Le serviteur les communiqua au roi qui, en fit remettre d'autres à Amantius, par lesquelles il donnait Tordre aux chefs, ses sujets, de le seconder dans son entreprise. Puis on le laissa partir en lui délivrant d'un seul coup soixante-dix captifs qu'il ramena tout d'abord en Norique. Après lui, le prêtre Lucillus fut envoyé dans la Rhétie, que, fort des ordres de Gibuld, il parcourut en tous sens. Il y retrouva une multitude de malheureux, retenus en esclavage par les Alamans.
Les bons effets de l'impression produite sur. Gibuld par son entrevue avec Séverin ne devaient
SAINT SÉVERIN ET LES BARBARES. 139 pas être de longue durée., Soit en effet que le roi fût mort, soit qu'il fût revenu à ses anciens errements, les incursions reprirent bientôt. Nous avons vu, a propos de Tévêque Paulin, qu'elles furent poussées jusqu'à CucuUis et s'étendirent à tout le Norique intérieur. Ces violences n'étaient que le prélude d'une invasion générale.