‹ Saint Séverin, apôtre du Norique (453-482): (453-482)Chapitre 55 sur 81 · CHAPITRE Vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn

Inrasion des Alamans daDS la province de Norique. — Prise de Quintana. — Fuite des habitants* — Sëverin organise la défense à Passau. — Victoire des Romains.

— Le flot des Barbares est irrésistible. — Descente sur Lauriacum de toute la population des rilles riveraines.

— Lauriacum lui-même devient intenable. — Projets de Fëlethëe, roi des Ruges. — Intervention de Séverin.

— Établissement des Romains dans les villes tributaires des Ruges du Norique oriental. — Paix relative.

La Rhétie eut la première à souffrir du mouvement des Âlamans. Lorsque après avoir reçu en partage cette province ils vinrent s'y établir, il ne semble pas que du même coup toutes les villes fussent tombées en leur pouvoir. Ils n'aimaient pas d'ailleurs y séjourner, et la vie demi-nomade des Barbares, à laquelle ils étaient de tous temps accoutumés, avait pour eux trop d'attrait pour qu'ils se pliassent volontiers à la tranquillité d'une existence sédentaire. Des villes, ils appréciaient seulement les richesses qu'elles contenaient, ou qu'elles étaient réputées contenir, car,.

au sortir des grandes guerres d'Attila, elle devaient être fort appauvries. Néanmoins elles offraient des ressources que la campagne ne présentait paSy et le travail des habitants reconstituait sans cesse les biens perdus par suite des guerres et du pillage. C'est ainsi que, bon gré, mal gré, elles fournissaient aux Barbares des quantités considérables de vêtements.

De plus, ces villes n'étaient point ouvertes. La plupart étaient de petites places fortes, capables de résister à un coup de main. Elles étaient donc devenues les greniers où les campagnards mettaient à l'abri leurs récoltes : autre et puissant attrait pour les envahisseurs qui, ne cultivant pas eux-mêmes, devaient vivre sur l'habitant. Or, nous savons que les restes des garnisons romaines ne furent définitivement et totalement rappelés du Norique qu'après 476» lorsque Odoacre, devenu roi d'Italie, se fut annexé cette contrée*. Il est fort vraisemblable que celles de Rhétie, du moins ce qui en subsistait ça et là, ne pouvant demeurer isolées, prises qu'elles étaient de tous côtés entre des hordes barbares, suivirent le même mouvement. Est-ce à cette date qu'il faut

I. Eug,y XX. Per idem tempos quo constatât Romanum imperium^ multorum oppidorum milites pro custodia limitis publicis stipendiis alebantur, Qua consuetudine desinente, etc.

faire remonter rinstallation des AIaman«, est-ce aux années précédentes ? Nous pencherions volontiers vers la première hypothèse, parce qu'un changement notable se produit alors dans la façon d'agir des Âlamans. Ils ne se contentent plus de surprendre et de piller les villes quand roccasioû favorable se présente. Ils cherchent maintenant à s'emparer méthodiquement de toutes successivement, sinon pour s'y établir (ils préféraient encore les murailles mobiles de leurs chariots), du moins pour s'y livrer à un pillage général. Et comme ce ne fut pas par le Norique, mais par la Rhétie que cette prise de possession plus complète commença, il y a lieu de croire qu'il s'était produit là aussi un changement dans la situation des villes. Elles devaient être moins qu'auparavant en mesure de se défendre.

Les opérations se firent en descendant le cours du Danube. Une à une, toutes les villes riveraines tombèrent aux mains des Alamans. Quand ils furent arrivés à la dernière de ces villes avant Passau, c'est-à-dire à Quintana, ils entrèrent en contact avec les populations soumises à l'influence de Séverîn*. Nous avons vu, en eflTet, que si la sphère d'action de celui-ci était limitée au

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