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Norique, son prestige rayonnait au delà des frontières, et Passau, bien qu'en Rhétie, était de sa clientèle.
A mesure que les Barbares approchaient, les habitants se repliaient en une fuite éperdue. Abandonnant tout ce qu'ils ne pouvaient emporter avec eux, ils demandaient un refuge aux cités que l'invasion ne menaçait pas aussi immédiatement. Mais ils emportaient leur or, leur argent, leurs précieux mobiliers; sur les routes se déployaient de longs convois, voitures et bêtes de somme chargées de grain, de fourrages, de pièces d'étoflfes, d'objets de toute nature. Or, ces richesses qu'ils enlevaient étaient précisément ce qui excitait la convoitise des Barbares. Ainsi donc la fuite, qui était le seul moyen de sauver ces biens, en en accumulant une plus grande quantité dans un même lieu, ne faisait qu'augmenter les attraits de l'appât après lequel couraient les Barbares. Et ainsi, suivant à la piste l'objet de leur convoitise, ils étaient entraînés à pousser toujours plus loin leur conquête*.
Quand donc les Barbares menacèrent Quintana, les habitants de cette ville abandonnèrent préci-
I. Eug,^ XXVII, I. Qua causa plus inflammati sunt, cre^ dentés quod duorum populos oppidorum uno impetu prmdarentur.
pîtamment leurs foyers et descendirent jusqu'à Passau. Cette dernière avait une grande importance militaire et commerciale. Elle était donc une proie toute désignée. Mais quand sa richesse se fut doublée de celle de Quintana, elle exerça sur les Alamans un attrait irrésistible. Traversant donc Quintana en hftte, ils marchèrent sans plus tarder contre Passau dont ils espéraient se rendre maîtres sans difficulté. Mais, cette fois» leurs prévisions furent déjouées. Quelqu'un, en effet, veillait; c'était saint Séverin qui, appelé par les habitants, avec l'expérience et le sang froid d'un vieux capitaine, avec l'ardeur d'un apôtre, avait tout préparé pour la défense.
Dès son arrivée, le saint s'était posé en maître, car l'heure n'était pas aux tergiversations. Il fallait un chef indiscuté, lui-même avait foi en sa mission, et parmi ceux qui mettaient en lui tout leur espoir, nul ne songeait à discuter son autorité. Il rassembla donc toutes les forces disponibles, établit une discipline, distribua les rôles S et comme il n'était pas seulement un capitaine, mais avant tout un saint, il imposa, suivant sa coutume constante, des jeûnes et des prières à ses compagnons d'armes. Animé d'un
I. Eug,^ XX VII, I, a. Romanos exemplis salutaribus mul" tiplieiter hortabatur,,. ad^ersus AUmannos instruserunt aciem.
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zèle enflammé, il les exhortait, leur donnait l'exemple de la vigilance et de l'exact accomplissement des devoirs que lui-même imposait aux autres; il se multipliait, pourvoyait à tout, et communiquait à ses troupes improvisées une confiance que lui-même ne ressentait peut-être qu'imparfaitement. Se vérin, en effet, voyait au delà de l'effort présent, et il connaissait trop bien le caractère de cette population dégénérée pour ne pas appréhender qu^après un premier succès elle ne retombât dans son insouciance habituelle. Aussi quand il la vit prête à combattre et sous l'empire d'un généreux entraînement, lui promitil la victoire au nom de Dieu qui combattrait avec eux; mais il eut soin de les avertir que si, après le succès, ils ne continuaient à obéir ponctuellement à ses ordres, ils périraient infailliblement.
Quand les Barbares furent en vue, le saint prononça devant l'armée une prière suprême, et le combat s'engagea ^ II fut acharné de part et d'autre. Enfin les Alamans lâchèrent pied et s'enfuirent.
C'était un beau triomphe. Depuis longtemps on avait perdu l'habitude de la victoire, aussi
I. Eug,^ XXVII, 3. Non tam materialibus armîs quam jancti yiri orationibus prtemuniti,
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Tallégresse fut-elle à son comble. Mais Séverin, loin de se laisser entraîner aux espoirs imprudents qu'elle suscitait dans Tesprii des vainqueurs, vit seulement le parti que Ton pouvait tirer de quelques moments d'accalmie. Il ne se faisait aucune illusion sur la valeur et la portée d'un succès passager. L'effort avait été si grand qu'il ne comptait pas qu'il put être renouvelé. Les Barbares, furieux d'un échec imprévu, allaient revenir en forces, stimulés par une rage de vengeance, et infailliblement ils auraient le dernier mot. Il importait de profiter sans perdre un instant du répit que la victoire laissait aux Romains pour sauver, non leur ville, mais leurs personnes et une partie de leurs biens.
Le moment était venu d'user de cette autorité qui lui avait été volontairement concédée et dont, par l'exigence d'un engagement solennel, sa prévoyance avait assuré la durée au delà d'un éphémère succès. Il rassembla donc les notables de Passau, et leur parla en ces termes : « Mes fils, n'imputez pas à votre valeur le succès de vos armes, vous savez qu'à Dieu seul vous devez votre délivrance. Mais il vous a seulement accordé un répit afin que vous en profitiez pour abandonner ces lieux. Descendez donc tous avec moi jusqu'à Lauriacum. » Il prononça ces paroles
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avec une onction pénétrante. Mais le sacrifice qu'il exigeait était trop pénible, surtout pour des vainqueurs. Après quelques instants d'un morne silence, des objections s'élevèrent. Alors mettant plus d'autorité dans son accent : « Ce que vous voyez, s'écria-t-il, n'est rien encore ! Le lieu où je vous propose de vous retirer ne doit être qu'une étape. La poussée des Barbares sera irré* sistible, et il nous faudra abandonner Lauriacuni comme nous devons dès à présent quitter Passau. Partons donc d'ici, et hâtons-nous*. »
Entraînés par cette conviction, la plupart des habitants de Passau préparèrent en hâte leur émigration et abandonnèrent leurs foyers. A la suite du saint, ils descendirent la vallée du Danube et s'établirent à Lauriacum.
Ils y rencontrèrent une immense multitude qui fuyait devant les Barbares et cherchait comme eux un refuge dans cette place, la plus forte du Norique riverain'. Quant à ceux des habitants de Passau qui n'avaient pu se résoudre à quitter leurs maisons, ils payèrent cher leur insoumis* sion. Une semaine s'était à peine écoulée, qu^un