I. Eug., XXXII, I
a. Eug., XXXII, a. Odoacre périt, en efiFet, co 498, assassiné dans un banquet par ordre de Théodoric.
Cependant, ces années de relative tranquillité, si elles n'exigeaient plus des dévouements aussi héroïques et des vertus aussi exceptionnelles, n'étaient pas stériles pour le monastère. Les événements qui avaient si longtemps troublé la contrée avaient dû, on peut sans présomption le conjecturer, y interrompre presque complètement les études. Comme en d'autres lieux et en d'autres temps, si elles avaient trouvé un refuge, ce devait être dans les monastères de Séverin, et en particulier dans celui de Favianes. Y avait-il place dans l'enseignement qu'on y donnait pour les lettres profanes ? Rien ne nous permet de le supposer, ou du moins qu'elle y fût grande.
L'exemple d'Eugippius lui-même tendrait plutôt à faire croire le contraire*. Et quant à Séverin, les nombreux propos rapportés par son biographe prouvent combien il était versé dans les Écritures, mais aucune réminiscence littéraire ou historique, en dehors des souvenirs bibliques, ne
I. Eugipplus, cependant, n*est pas étranger à toute rhétorique. Le style de la lettre à Paschasius le prouve. Il a souci de la composition (Ad, Pasch,^ 7... patria,,, unde sicut mori* est, texendx cujutpiam vitm sumatur exordium). Enfin, le discours qu'il prête à saint Séverin mourant, bien que tout à fait conforme par le fond aux paroles que dut prononcer Séverin, est arrangé suivant les règles de Tart avec un exorde et une péroraison. On sent Texpérience du prédicateur.
s'y mêle. On s^adonnait à Favianes à Télude de rÉcriture sainte, on y lisait les Pères, on les commentait, et l'instruction, convenable à Tétat de ceux qui la recevaient, n*y était pas négligeable, puisque des hommes d'un mérite et d'une science religieuse reconnus, y reçurent tout au moins les éléments de la science sacrée et la méthode qui devait leur permettre d'y progresser.
Toute une jeune génération s'élevait, en effet, à Favianes, qui devait plus tard, en Occident, faii'e honneur au saint éducateur. On y voyait Marcianus, le laïque de Cucullis qui avait été témoin de l'affaire des sacriQces humains ou des sacrilèges, et de qui Eugippius la tenait \ Il s'était fait moine et avait entraîné avec lui son frère René. Séverin savait combien il pouvait compter sur le dévouement des deux frères, et il les chargea d'une longue et périlleuse mission parmi les Barbares. Nous ne connaissons aucun détail sur cette mission, sinon qu'ils se trouvèrent un jour dans un grand danger et qu'au même moment, Séverin, de son monastère, en eut la perception très nette, comme on put s'en
I. Eug,^ XI, 2. Marcianus fut abbé de Lucullanum immédiatement avant Eugippius. On voit combien étaient sûres les informations du biographe (XXXVII, i).
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assurer après leur retour qui n'eut lieu que quelques mois plus tard'.
Eugippius était certainement alors à Favianes, encore jeune, et nous avons parlé de lui assez longuement dans Tintroduction pour qu'il soit inutile de revenir ici sur sa personne.
Enfin, le plus jeune sans doute des disciples de Séverin, mais non celui qui devait être le moins illustre, arriva à Favianes aux environs de cette année 476. C'était un neveu de l'évêque de Lauriacum, Constantius, qui n'avait pas cru pouvoir confier son éducation à de plus sûres et de plus saintes mains. Il le lui amena tout jeune, à Tâge de huit ans, et cette première entrevue fut Toccasion d'une scène gracieuse et. touchante qui rappelle la rencontre de saint Germain d'Auxerre et de Geneviève. Le vieillard tenait l'enfant près de lui et doucement le caressait, et ce faisant, observait sa physionomie. Il y lisait comme en un livre toutes les vertus qui devaient illustrer malgré lui celui qui fut saint Antoine de Lérins. Car, ajoute le biographe de ce saint personnage, Ennodius, faisant allusion à cette pénétration où les contemporains reconnaissaient quelque chose de surnaturel, Séverin était de ceux pour qui
i.^«-., XXXVII, I, a.
rien n'est caché*. L'histoire de saint Antoine de Lérins n'est pas longue car nul homme n'eut moins d'aventures, n'aima davantage la vie solitaire et cachée, ne fut plus modeste. Sa sainteté fut toute intérieure. Nous savons qu'après la mort de Séverin il acheva son éducation auprès de son oncle Constantius, qu'il émigra en 48S avec tous les habitants d'origine romaine, se retira dans une solitude sur les bords du lac de Côme', d'où, le renom de sa sainteté lui attirant des visiteurs trop nombreux à son gré, il chercha une retraite plus profonde chez les religieux de l'île de Lérins où il vécut deux années encore et fit l'édification des moines les plus saints qui fussent alors.
Près de trente ans s'étaient écoulés, depuis le jour où chassé d'Astura par la malveillante incrédulité des habitants, Séverin avait commencé sa mission en Norîque. Épuisé par tant d'eflForts et d'austérités, il se sentait à bout de forces et pressentait sa fin prochaine. Bien qu'il eût réussi, au prix de bien des sacrifices à assurer aux Romains
1. Ennodius, Vita beati Antonii. Migne, t. 63-64, ?• ^^g, 34o*