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fères-tu, lui demanda-t-il, celui-ci ou bien Tor et Targent? » Et comme la reine lui répondait qu'elle préférait son mari à toutes les richesses : < S'il en est ainsi, reprit-il ^ cesse donc d'opprimer les innocents, de peur que le cri de leur affliction ne soit le signal de votre ruine. Car c'est toi, toi Giso, qui en toutes circonstances détournes ton mari de la bienveillance qui lui est naturelle. » Giso, tout humiliée et confuse, lui répondit : « Est-ce donc pour nous recevoir ainsi, homme de Dieu, que tu nous as fait venir? » Et lui : « C'est que mon devoir, tout humble et tout indigne que je sois, est de vous conjurer, moi qui suis sur le point de retourner à Dieu, que vous mettiez fin à vos iniquités et de vous donner tout entiers aux œuvres de piété. Jusqu'à présent, grâce au Seigneur, votre règne a été prospère. Prenez garde que bientôt il n'en soit plus de même. » Ainsi avertis le roi et la reine prirent respectueusement congé du saint et s'en retournèrent.
Mais Félethée et Giso ne donnaient pas seuls à Se vérin de graves sujets de crainte. Tout près de lui vivait un voisin plus dangereux encore. A la brutalité barbare, il joignait les appétits mai satisfaits d'uii cadet de famille mécontent de son partage. C'était un frère du roi Félethée, nommé
Frédéric*. Pour tout lot, il avait reçu précisément la ville de Favianes et son territoire. Cupide, violent, il déguisait les pires instincts du Barbare sous des dehors sournois et doucereux, dont Séverin n'était pas la dupe. 11 affectait un profond respect pour la demeure du saint et lui rendait de fréquentes visites.
Un jour qu'il était entré comme de coutume pour le saluer, Séverin lui dit brusquement : « Sache que je vais bientôt mourir. Et quand je serai retourné à Dieu, prends bien garde de porter la main sur rien de ce qui m*a été confié en dépôt, garde- toi de toucher au bien des pauvres et des captifs. Sois assuré, si tu te conduis mal, que tu sentiras les effets de la colère divine! » Frédéric, qui ne s'attendait pas à cette sortie, en fut troublé; pour rassurer le saint, il lui répondit avec cette aménité feinte qui lui était familière : « Comment peux-tu concevoir de tels soupçons, alors que nous ne redoutons rien tant que d'être privé de tes bienfaits? Qui n'en a éprouvé les effets? C'est pourquoi, bien loin de vouloir rien te prendre, nous voulons te donner au contraire, afin de mériter nous aussi tes prières, comme a fait notre père Flaccithéc.