‹ Saint Severin, apôtre du Norique (453-482)Chapitre 22 sur 64 · T/HOMME INTÉRIEUR · texte numérisé non relu

T/HOMME INTÉRIEUR

chait chaque jour davantage, il avait scrapule à se

contenter lui-même lorsque tant de souffrances

Tré clamaient son secours. Puis il devait à ses moines

l''ex.emple et la direction.

Deux fois par jour il se rendait au monastère et assistait aux matines ainsi qu^à TofBce célébré à la tombée du jour. Quant aux autres prières, il les disait seul, dans son oratoire privé. Jamais il ne s^engagea davantage. Lorsque ses vertus et ses services Teurent désigné pour Tépiscopat, il se refusa absolument à accepter cet honneur et cette charge. Il lui suffisait, répondit-il, d* avoir sacrifié au soulagement de la province la solitude à laquelle il aspirait ^

On peut admettre aussi que Thumilité ne fut pas étrangère à cette attitude, mais indépendamment de ces motifs, une entière liberté d'allures lui était nécessaire pour Taccomplissement de sa tâche; il lui fallait pouvoir aller et venir sans rendre de comptes à personne, employer qui il voulait, agir à sa guise et suivant son inspiration sur le territoire de plusieurs diocèses, recevoir de toutes parts des avis, des confidences, aussi bien en ce qui concernait les Romains que les Bar-

I. Eug», IX, 4* Episcopatus quoque honorem ut susciperet postulatus prœfinita responsione conclusit, sufficere sibi dicens, quùd solitudine desiderata prhatus, etc.

bares* Il est certain qu'il eut des ïnlelligeoces partout et en garda prudemment le secret. Pas un mouvement des Barbares ne lui échappait, La contrainte d'une situation officiellej cela est in* contestable, lui eut été une entrave gênante; mais surtout une biérarchieT où il eût rencontra des é^au^ ou des supérieurs, aurait été inconciliable avec Tautorîté toute personnelle quHl s'assura en gardant son indépendance,

Séverîn avait adopté une manière de vivre dont Taustérité se peut a peine concevoir. Pour Ut, un Cilice posé sur le pavé de son oratoire ; en toute saison, et la nuit comme le jour, il portait la même tunique ; jamais, sauf à de certains jours de fête, il ne rompait le jeûne avant le couclier du soleil; pendant le temps du carême, il ne mangeait qu'une fois par semaine. Les bivers en Norique sont d^une rigueur borrible, la glace quî couvre le Danube y est si épaisse que les chariots traversent le fleuve sans danger. En toute saisoa cependant Séverin marchait pieds nus, et quand on s'étonnait de celte incroyable endurance : a Ne m'attribues aucunement, disait-il, le mérite de ce que vous voyer. Ne songez qu'à en tirer un exemple pour votre propre salut* Loin de nous toute pensée d'orgueiU Si nous faisons quelque chose de bien, c'est parce que Dieu nous a choi-

l'homme intérieur. 69

sis. Dieu, dit Tapôtre, nous a choisis avant même que le monde existât pour que nous fussions saints et purs sous son regard'. Priez pour moi afin que les dons que j'ai reçus de mon Sanveu ne tournent pas à ma confusion, mais à ma jus* tification ' » .

Il disait ces paroles et d'autres semblables en versant des larmes, donnant aux hommes, ajoute son biographe, une admirable leçon d'humilité, fondement de toute vertu, et grâce à laquelle il brillait d'une si lumineuse clarté que les hérétiques ne pouvaient se défendre de lui té* moigner leur admiration par tous les égards en leur pouvoir'. Tant d'austérité ne lui enlevait rien de son enjouement ; toujours il montrait un visage riant et serein. Seuls les fautes et les malheurs d'autrui lui arrachaient des larmes, et il remédiait aux unes et aux autres autant qu'il le pouvait.

Son austérité, en eifet n'avait d'égale que sa bonté. Bonté pour les âmes, bonté pour toutes les misères physiques. Un jour qu*il avait été cruelle* ment insulté par un mauvais prêtre, il versa des larmes amères, non sur l'injure qu'il avait subie,

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