‹ Saint Severin, apôtre du Norique (453-482)Chapitre 39 sur 64 · Eu^.y V · texte numérisé non relu

Eu^.y V

Noriqae, avaient enlevé des Ruges habitant celte province et les emmenaient en captivité. Le coup était d'une audace surprenante et qui ne semblait pas naturelle. Ftaccitliée perplexe ne savait qu'en penser, ni qnel parti prendre. Cette indécision prouve combien redoutables étaient ces « grandes compagnies i»^ Jormées d'un ramassis d'aventuriers de toutes races* Peut-être aussi soupçonnait* il quelque provocaùon sournoise à envahir le territoire de ses voisins, d'où les Goths eussent pris prétexte contre lui, Flaccîthée, qui tout à Theure encore admirait la perspicacité du serviteur de Dieu, ne trouva rien de mieux que de le consulter de nouveau. Il envoya donc vers lui un de ses serviteurs, et voici la réponse qu'il rapporta : € Sî tu entreprends de poursuivre les brigands, tu es un bomme perdu. Garde-toi bien de traverser le fleuve. Trois embuscades sont dressées contre toi en trois lieux diiférents. Tu ne saurais y échapper. Tout ce que je le dis là te sera bientât confirmé par un sûr messag^er qui te mettra au. courant de tout. » Comme Flaccîthée achevait d'entendre cette réponse, on lui annonça en effet que deux hommes demandaient à lui parler.

On les introduit, c étaient deux des captifs qui avaient réussi à s'échapper et venaient en hâte informer ie roi des intentions des Scaniares, dont

12S ils

SAtNT SÉVERIK, pris lès dîsnosili

lient surpris lès dispositions. Leur récit s^ accord ait de tous points avec ce qn^avait annoncé SéveriD. Déjoués dan$ leur projet j les Scamares, qui sans doule n^a valent plus les mêmes oiotifs pour inquiéter le roi des Ru^es, le laissèrent désormais en repos- Une grande partie des Godjs descendit sur Tltalie.

FUiccithée vécut encore quelques années sans éprouver aucun revers et eut une fin paisible.

Quand il mourut, son fils Félethée, que Toii appelle aussi Feva Jui succéda*. C'était un homme d*uii caractère assez doux^ porté à la clémence et di-^posé a suivre en toutes choses les exemples qu'il avait reçus de son père» 11 n'avait pas moins d'afleciion pour Séverin» et, a peine arrivé au pouvoir, il commença à le consulter'.

Malheureusement, le pacifique Félethée avait épousé une Te m me terrible, farouche, autoritaire et emportée, qui n'avait de cesse qu'elle ne Feût entniîné a des mesures rigoureuses, arbitraires eE cruelles'. Trop débonnaire, ou tremblant devant

a, En^., VIll, 1. Ptt£trnnm s t eut us induitrinm sanetum virum rtrpit pro regni sut fre^pteuiarc frimordiis^

3. £u^.^ VI tl, 1, Hune conjui feraiis et ffOJriaf nomins Gùo, !îcmper a démentis remetiiii rstrahthat.

elle^ Féletbée n'osatl lui tenir lêle. Elle se nommail Giso* Arienne forcenée» elle eut voulu contraindre tous les calliolîques à se faire rebapli- ; ser &eloo son rite. Ici pourtant, Félelhée ne se laissa pas convaincre : par considération pour le saint, et contrairement à ses habitudes, il se refusa absolument à consonimer cet acte de tyiannie.

Giso se rattrapa en redoublant de vitîlenccs contre les malheureux habitants du Norique. Une de ses satisfactions les plus raffinées était d'enlever des Homains de condition libre, de les faire transporter au delà du Danube, et là, de les asservir aux travaux les plus vils et les plus répugnants ^

Bien entendu, elle détestait Se vérin. Mais elle ne pouvait guère ratteindre personnellement, son époux n'eût point permis qu*elle portât la main sur lui^ et le peuple des Ruges lui-même était trop attaché au saint pour tolérer qu'il souOrit des caprices de la reine. Ne contiuuait-il pas, en dépit des mauvais traitements que Giso infligeait aux siens, de combler les IVuges de ses bienfaits ? Jamais, précisément, les guérisons n'avaient été plus fréquentes, et les pauvres Barbares assié-

viiisstmi scUk&t mimsUrii serntute

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geaient la cellule de Séverïïi pour lui demaDcler I le sotilugfemenl de leurs maux.

Ce iretait pas seulemeDi parmi les geos An peuple que le saint gagnait, par ce moyen, dei admirateurs et des amis. La g-uérison miraculeuse du fils (Fun chef Ruge vint fort à propos lui susciter un puissant prolecteur à la cour de Féletliée. Les habitants de Comagène avaient supplié Séverin de venir passer quelques jours parmi eux. Or, un des principaux officiers du roi des Ruges avait un fils qui souffoïl depuis longtemps d'une maladie de langueur et Ton n'avait plus aucuu espoir de le sauver'. Ayant appris que Tliomme de Dieu se trouvait alors à Comagène, en face de sa résidence, un espoir soudain s'empara de lui : il traversa le fleuve et vînt se jeter en pleurant aux pieds de Séverin, en s*ëcriaut : « Je crois, homme de Dieu, je crois que par tes prières, tu peux obtenir lu guérison de mon lils ! v Le saint consctuit et se mit en oraison* Au bout de quelques instants, le jeune homme, que Ton avait apporte plus mort que vif et presque entièrement privé de sentiment, revint à lui et» k la grande Joie de son père, se leva et marcha. Puis, il revint chez lui en parfaite santé.

I, £f**.,xxxin.

Entouré de tant dû recoonaissauce, cotiverL de tant de proteciioos, le saint était donc inYulnê* rable, et Giso devait se contenter d'exhaler sa rage en propos insultants. Elle ne s'en faisait point faute. Un jour qu'elle avait fait enlever et transporter dans le Rujilaud, pour en faire ses esclaves» quelques Romaius d'un bourgs voisia de Favianes, Se vérin, outré» lui envoya un messager qui rinvita,de sa part» a rendre aux Romains leur liberté. Mais elle entra dans une violente colère, et s'abandonnant, dit le chroniqueur, à tous les transports d'une rage de feniine : « Va, réponditeJle au messagerj va dire a T homme de Dieu qu'il débite ses prières dans sa cellule et qu'il s'y livre tant qu'il voudra à se&^oUes^ Maisqu'il nes*avise pas de se mêler de dos affaires et ne prétende pas nous empêcher de disposer de nos esclaves sui* vaut notre caprice ! »

Mais Se vérin n'était pas homme à se laisser émouvoir par des paroles. Il savait qu'uue heure viendrait ou Taltlère princesse paierait tant de provocations et de cruautés. Aussi, quand on lui rapporta les propos de la reine, se contenta-t-il de répondre : a Je mets ma confiance dans le Christ, 11 faudra qu'elle accorde par nécessité ce

i* Eii^.i VII l, a. Orot inquk^ ûhi^ reri'e Dei in ttta c^Uuîa délit encens*

qu'elle un pas voulu concéder par bienveillance, t L'événement ne larda pas à montrer qu'il voyait jusie. Impérieuse en toutes ses volontés et jalouse Je sa supérioriiét elle avait acquis ou fait enlever des Barbares ho biles dans Tart de travailler les métaux précieux'. Pour s'assurer à la fois le monopole de leur travail et leur rapidité à exécuter ses ordres, elle nVvait rien trouvé de mieux que de les tenir enfermés dans une étroite prîsou. Or, le jeune fils de Giso, qui s'appelait Frédéric, du nom de Tun de ses ontîleSj frère de son père, eut la curiosité d*aUer les regarder travailler. H entra innocemment dans le lieu oii ils étaient enfermés. C'était un otage inattendu que le Ciel envoyait aux malheureux séquestrés. Il ne fut pas plutôt entre qu'ils s'emparèrent de sa personne, et posant la pointe de leurs instruments sur la poitrine de Tenfant, ils déclarèrent que si quelque personne que ce fût pénétrait dans la prison sans avoir souscrit par serment aux conditions qu'ils formuleraient^ ils immoleraient aussitôt leur proie et se tueraient eux-mêmes ensuite. Ils ny perdraient rien^ affirmaient-ils, car la vie était de nul prix à leurs yeux, s'ils devaient renoncer à l'espoir de sortir jamais de leurs ergastules. Grand

I * £■ Éf^M Vllt , 3 . , . * tturjficed harharos pro fa hrkandis rega ~

iSmoi, comme Ton pense, Glso,sidure aux auires, avait pour ses enfants des entrailles de lionne. Au comble de Tangoisse^ elle éclate en lamenlaioiiâ» déchire ses vêtements, et consciente, enfin» lîe sa conduite coupable à Tégard du suint, elle

I s'écriait: « serviteur de Dieu, ô Séverin, c'est jonc ainsi que ton Dieu venge tes injures ! C'est loi qnij par tes prières, as obtenn ce châtiment, parce que je t'ai méprisé- Et maintenant, voici que tu me frappes au cœuri » Puis, elle s'accusait elle-même et, se frappant la poitrine, avonal[

B%ua tous les torts étaient de son côté. Maïs Thenre n'était pas h un vain désespoir. En bâte, elle fait atteler ses chevaux et renvoie au saint tous les captifs romains qu'elle avait enlevés. Puis, allant elle-même trouver les orfèvres barbares,

Helle s'engage, par serment, a leur rendre la liberté sHIs consentent à relâcher son fils» Ceux-ci, en eflel, le relâchèrent et virent aussitôt s'ouvrir la porte de leur geôle. Alors, par un de ces revirements subits familiers aux Barbares, Gîso exaltait le saint que, naguère encore, elle bafouait* Ce n^éiait qu'à s^s prières, proclamait-elle, qu'elle devait le salut de sou enfant. Sans perdre de temps, elle se rend à Favianes avec son mari, montre à Séverin son petit Frédéric, comme une victime arrachée, grâce à lui, aux griffes de la

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