SA.INT SE VERIN
mort, et promet de lui obéir désormais en toutes choses* On a pu s'apercevoir, an demeuraat, combien Gîso comprenait mal le véritable caractère du serviteur de Dieu* Il est permis de croire que beaucoup de Barbares étaient dans le même cas* Ni leurs mœurs, Di leur manière de concevoir la TÎe n'avaient encore été profondément modifiées par le cliristianisme.
Les circonstances avaient heureusement seni Séverin- Mais, le plus souvent, il ne devait compter que sur les ressources de son esprit. L'un des points les plus exposés du territoire sur lequel s'étendait sa sollicitude était Passau, à Tembouchure du Danube et de Tlnn^ auï extrêmes confîns de la Rhétie^ du coté du Norique. On sait déjà que pour ce motif il avait fait construira tout auprès un petit monastère chargé à la fois de surveiller les mouvements des Alamans et de vaquer aux offices de charité dans la contrée a voisinante.
Or, tandis que les Ru^es étaient gouvernés par Flaccithée, les Alamans avaient pour roi Gibuld '.Séverin avait tout Heu de se méfier de C€
I, Mu^,, XÏX, 1.
personnage, car le Norique, il ne Fignorait pas, ëiaii Tobjet de ses convoitises» En attendant qu'il se sentit en mesure de renvabir, il ne laissait pas
^wue d*j faire de fréquentes incursions, il ne craignait pas de pousser de rapides expéditions jusqu'au cœur du pays. Les habitants de Passau avaient particulièrement à en souffrir, car en raison de la situation de cette ville, son territoire
B^ervait nécessairement de passage aux bandes de pillards. C'est pourquoi ilg appelaient souvent le saint à leur aide.
Gibnld, cependant, affectait une profonde admiration et la plus vive sy^mpathie pour cet homme extraordinaire dont il entendait conter tant de merveilles *. Longtempsj à ce qu'il semble, il resta sans le connaître personnellement. Un jour que le saint était à Passau, il annonça son
1^ désir de Ty rencontrer* Ce fut une véritable panique. On savait assez ce que coûtaient ces visites barbares. Même, on soupçonnait que les intentions de Gibuld étaient loin d'être innocentes. Ce
Hii'était, pensait'on, qu'un prétexte pour pénétrer dans la ville , se rendre compte de ses ressources et de ses moyens de défense. Tous ces motifs joints à reapoir d'un profit certain devaient le
rentia àiiigtbat.
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SAIHT SÉVBIU^\
tenter au rioîd^ aiitani que le désir d'entrer en relâiioRS avec le satot bommc.
Sé¥eriii ne fut pas dupe de la fourberie. Pour ilétourtier de Passau la présence de GïbtildS luiitième prit les devants et rencontra le roi, tandis cju*îl était en route* Nous ne savons quel discours il lui tinl, mais nous pouvons le présumer par TelTet qu'il produisît sur Gibuld. Il est probable qu'avec sa perspicacité décevante, et d'ailleurs sans se départir des formes courtoises qu'il n'abandonnait jamais, il lui mit à ou devant les yeux les secrets replis de son cosur. Bref il lui fit voir clairement qu'il ne croyait pas un mot de ses protestations d'amitié. Tandis qu^i lui parlait avec cette fermclc, Gibuld, stupéfait, se mil à trembler de lous ses membres* M avoua depuis a ses familiers fTue jamais il n'avait éprouvé une pareille frayeur, pas même au milieu des plus terribles dang^ers de la guerri;*. Démasqué, couraodu, le Barbare perdait tous ses avantages» Soit qu'il fût sous l'empire de la crainte, soit qu'il jugeât plus prudent tle renoncera lullercontre un adversaire qui semblait disposer h son gré de la puissance dîviue, il se fit liumble et soumis et promit à Se vérin de lui
t, £ttg,f XIX, a. JV(S adi'eaiu suo eamdem ciptiaiem prxa. ^M^'*, XrX, a*
accorder louL ce qu'il demanderait* Celui-ci lui proposa une sorte d'ulliance ; il l'aiderait à protéger les Roiuaiiis contre toutes violences et, pour inan^mrcr le pacte, commence m il par rendre gratuitement la liberté à tous les captifs qui pou-
Hiraient se trouver sur son territoire. Que pouvait offrir Séveriu en échange de ces bons olSces ? On ne nous en dit rien. Mais son amitié et ses conseils avaient peut-être aux yeux de Gibuld^ encore
^Bsous Fimpression de son écrasante supérioritéf assez de prix pour valoir quelques sacrifices.
Le roi Tautorisa à envoyer quelqu'un des siens qui parcourrait le pays et rechercherait tous les captifs originaires de la province de Norique qu'il découvrirait en Rbéiie, Le diacre Aman tins fut chargé de cette mission. Mais pour Taccomplir, il lui fallait obtenir de Gibuldune autorisation officielle dont il pût se prévaloir auprès de ses sujets désagréablement surpris par celte clémence inaccoutumée. Il alla donc à la résidence de Gibuld. Mais sans doute parce qu'il n'était plus impresisionné par la présence de Séverin, peut-être humilié dans le fond, celui-ci semblait avoir oublié ses engagements. Peut-être aussi voulait-il seulement montrer aux Romains qu'il était toujours le maître de ses volontés, et prétendait bien n^agir qu'a son heure. Chaque jour donc, Âmantius,
138 SAINT SE VERIN.
nouveau Mardochée, se tenait aux portes de la maison royale» attendant une audience, mais les portes ne s'ouvraient pas pour lui* A la fin, persuadé qu'il n'obliendrail rien, il se mil eo roule, tout découragé, pour revenir rendre compte à Séveriû de Tinutilité de ses démarches. Et tandis qu'il cheminait triste ment, un homme parut devant lui, tout semblable à Séveriû^ raconta-t-il, qui lui ordonnait impérieusement de le suivre. Il obéit, parvint à ta suite de son guide jusqu'à h porte du roi et aussitôt cet homme disparut.
Cependant un serviteur de Gibuld, chargé d'introduire les ëtniDgers, interrogeait le diacre, lui demandait qui il était, ce qu'il voulait. AmaDtiuj présenta les lettres dont il était porteur. Le serviteur les communiqua au roi qui, en fit remettre d'autres à Amantius, par lesquelles il donnait Tordre aux chefs, ses sujets, de le seconder daû& son entreprise* Puis on le laissa partir en lui délivrant d*un seul coup soixante-dîx captifs qu'il ramena tout d'abord en Norique- Après lui, le prêtre Lucillus fut envoyé dans la Ehétie, que, fort des ordres de Gibuld, il parcourut en tous sens. Il y retrouva une multitude de malheureux, retenus en esclavage par les Alamans.
Les bons effets de Timpression produite sur Gibuld par son entrevue avec Séverin ne devaieot
SAINT SÉVERIN ET LES BARBARES. 139 pas être de longue durée. Soit en effet que le roi fût mort, soit qu^il fût revenu à ses anciens errements, les incursions reprirent bientôt. Nous avons vu, a propos de Tévêque Paulin, qu'elles furent poussées jusqu'à CucuUis et s'étendirent à tout le Norique intérieur. Ces violences n'étaient que le prélude d'une invasion générale.
lAPITRE Vn
Invaaiûû des AlamanS daas la proviiice de Norique, — Prise de Qu[niana. — Fuite des habitaDts> — SëTena organise Lu dt^fenae à Passau. — Victoire des Romuns.
— Le flot de$ Barbares e»t irrésistible. — Descente sur Lauriacum de toute ta popuiattoo des villes riveraines, ^— Lauriacuiii lui-métne devient inlenuble- — Projets de Féietliëe, roi des Rages. — lulervcmion de Severia.
— Elablissemeni des Romains dans les vilks tributaires des Ruges du Norîque orientaL — Paix relatiTe.
La Rhétie eut la première à soufirîr du mouvement des Alamans. Lorsque après avoir reçu eti partage cette province ils vinrent s'y établir, il ne semble pas que du même coup toutes les villes fussent tombées en leur pouvoir. Ils n^aimaienl pas d'^ailleurs j séjourner, et la vie demi-nomude des Barbares, a laquelle ils étaient de tous temps accoutumés, avait pour eux trop d*attraîi pour qu'ils se pliassent volontiers à la tranquillité d'une existence sédentaire. Des villes, ils appréciaient seulement les ricliesses qnelles contenaient, ou qu'elles étaient réputées contenir, car,
L*INYAStON DES ALAMANS
I sortir des grandes guerres d'AttiJa, elle devaient être fort appauvries, Néanmoios elles oITraient des ressources que la campagne ne présentatt pas, et le travail des habitants reconstituait sans cesse les biens perclus par suite des guerres et du pillage, C*est ainsi que, bon gré, mal gré, elles fournissaient aux Barbares des quantités considérables de vêtements.
De plus» ees villes n*étaieiit point ouvertes, La plupart étaient de petites places fortes» capables de résister a un coup de main. Elles étaient donc
K-deyenues les greniers ou les campagnards mettaient h Tabri leurs récolles : autre et puissant attrait pour les envahisseurs qui, ne cultivant pas eux-mêmes, devaient vivre sur Thabitant, Or, nous savons que les restes des garnisons romaines
Kne furent définitivement et totalement rappelés du Norique qu'après 4/^^ lorsque Odoacre, devenu roi d'Italie, se fut annexé cette contrée'. Il est fort vraisemblable que celles de Rhétici du nioias ce qui en subsistait çà et là, ne pouvant demeurer isolées^ prises qu'elles étaient de tons côtés entre des bordes barbares, suivirent le même mouvemeni. Est-ce h cette date qu'il faut
^^ I» Ett^.j XX. P^r id^m iempus ifuo cùnsialmî Ronmnum imperium, midlorum oppldorum mUîUs pro ciutodta timitis publiai stipendîjt aUbantur^ Qua consuetudina deshicnie^ etc.
14S SAINT BÉVERIN.
foire remotiter l'insiallation des Âlnmans» esl-cc îiux années précède nies? Nouspenchertons volonder» vers la première hypothèse* parce qu'un chaugeinent notable se produit alors dans la façon d'agir des Alanians. Ils ne se contenlent plus de surprendre et de piller les villes quand roccasion favorable se présente. Ils cherchent maintenant à »* emparer méthodiquement de toutes successivement, sinon pour s y établir (ils préféraient encore les murailles mobiles de leurs chariots), du moins pour s y livrer à un pillage général- Et comme ee ne fut pas par le Norîque, mais par la Rhétîe que celte prise de possession plus complète commença, il y a lieu de croire qu'il s'était produit là aussi un changement dans la situation des villes. Elles devaient èlre moins qu auparavant en mesure de se défendre-
Les opérations se firent en descendant le cours du Danube* Une à une, toutes les villes riveraines tombèrent au^t mains des Alamans. Quand ils furent arrivés à la dernière de ces villes avant PassaUf c'est-à-dire à Quinlana^ ils entrèrent en contact avec les populations soumises à Tinfluence de Séverîn** Nous avons vu^ en efifet, que si la sphère d'action de celui-ci était limitée au
i. em^,, XX vu.