‹ Saint Severin, apôtre du Norique (453-482)Chapitre 50 sur 64 · SÉVERIN · texte numérisé non relu

SÉVERIN

un établlssenieot a peu pi'ës tranquille et stable, il n'était pas sans inquiétude sur le sort qui leur elait W'servë lorsqu'il n'y serait plus, en attendant le jour prévu par lui oii ils devraient abandonner définitivement cette province.

En effet, si les Ruges les avaient jusqu'alors protégés contre les autres Barbares^ celle protection était demeurée tyrannique. Le faible Félethée, dominé par raltière et capricieuse Giso, ne leur épargnait guère les vexations et se montrai! impuissant même à les préserver des mauvais traitements.

Séverin voulut tenter sur leur âme un suprême et énergique effort, et Thistoire nous a conservé le souvenir de rcnirevne solennelle qu'il eut avec eux*. Soit qu^il n'eût plus la force de les aller trouver, soit quHl le jugeât plus conforme à sa dignité et plus propre à frapper leurs esprits, il les convoqua tous deux dans sa solitude. Ils y vinrent. Longuement le saint les exhorta, leur rappelant qu'ils devaient rendre compte un jour au Seig^neur de la conduite qu*iU auraient tenue à regard de leurs sujets, Et s*êchauffant par degrés, à un moment il posa son doigt sur la poitrine du roi, et s'adressaot à Giso ; * Que pré-

I* Eug.j XL, I, 3.

fères-tu, lui demanda-t-il, celui-ci ou bien l'or et rargent? » Et comme la reine lui répondait qu'elle préférait son mari à toutes les richesses : « S'il en est ainsi, reprit-il, cesse donc d'opprimer les innocents, de peur que le cri de leur affliction ne soit le signal de votre ruine. Car c'est toi, toi Giso, qui en toutes circonstances détournes ton mari de la bienveillance qui lui est naturelle. » Giso, tout humiliée et confuse, lui répondit : « Est-ce donc pour nous recevoir ainsi, homme de Dieu, que tu nous as fait venir? » Et lui : « C'est que mon devoir, tout humble et tout indigne que je sois, est de vous conjurer, moi qui suis sur le point de retourner à Dieu, que vous mettiez fin à vos iniquités et de vous donner tout entiers aux œuvres de piété. Jusqu'à présent, grâce au Seigneur, votre règne a été prospère. Prenez garde que bientôt il n'en soit plus de même. » Ainsi avertis le roi et la reine prirent respectueusement congé du saint et s'en retournèrent.

Mais Félethée et Giso ne donnaient pas seuls à Séverin de graves sujets de crainte. Tout près de lui vivait un voisin plus dangereux encore. Â la brutalité barbare, il joignait les appétits mal satisfaits d'un cadet de famille mécontent de son partage. C'était un frère du roi Félethée, nommé

Frédéne** Pour tout lol^ il avait reçu precisémenl la ville de Favianes el son territoire» Cupide, VIO lent t it déguisait les pires insiiucts du Barbare sous des dehors sournois et doucereux, dont Séverin n'était pas la dupe. 11 affectait un profond respect pour la demeure du saint et lui rendait de fréquentes visites,

Un jour qu'il était entré comme de coutume pour le saluer^ Séverin lui dit brusquement : « Sache que je vais bientôt mourir. Et quand je serai retourné à Dieu, prends bien garde de porter la main sur rien de ce qui m'a été confie eu dépôt, garde- toi de toucher au bien des pauvres et des captifs. Sois assuré, si lu te conduis mal, que tu sentiras les effets de la colère divine! * Frédéric, qui ne s'attendait pas à cette sortie, en fut troublé; pour rassurer le saint, il lui répondit avec cette aménité feinte qui lui était familière : tt Comment peux-tu concevoir de tels soupçons, alors que nous ne redoutons rien tant que d'être privé de tes bienfaits? Qui n'en a éprouvé les effets? Cest pourquoi, bien loin de vouloir rien te prendre, nous voulons te donner au contraire, afin de mériter nous aussi tes prières, comme a fait notre père Flaecilhéc.

I, Eu^.f XIII, I, 3,

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