‹ Saint Severin, apôtre du Norique (453-482)Chapitre 6 sur 64 · LA PROVINCE DE NORIQUE · texte numérisé non relu

LA PROVINCE DE NORIQUE

Altenburg) en Pannonie, proclie de la frontière du Norîqtie, Cette ville eut pour tâche de tenir en bride les deux provinces.

Toutes voisines de h barbarie germanique et slave, longtemps leurs populations demeurèrent grossières et violentes. Dans ces provinces» on ne voyait pas de villes, mais^ comme le dit Duruy € des camps, des forteresses, et dans les peuplades indigènes, Thabitude des armes, rendue nécessaire par le voisinage de rennemi jj. Peu k peu, cependant, la civilisation se répandit. Le pays se repeupla de Daces, de Romains, qui finirent par se fontlre. Des colonies de vétérans, h la fois agricoles et niilitaires, comme on avait Tbabitude d'en créer aux frontières, furent envoyées d'Italie par divers empereurs, en particulier par Claude, puis par Commode. Le régime municipal favorisa le développement des ressources du pays en même temps que les villes se multiplièrent et prirent de Timportanee, A partir de Marc-Aurèlcj la province, gouvernée jusque-iïk par un procurateur, le fut par un légat impérial. Toujours le Norique demeura territoire militaire. Des forts {ceutella) s'échelonnaient le long du fleuve. Autour de la plupart se groupèrent des habitations, et de nouvelles villes ou bourgades se créèrent. Dans le seul Noriquej la NotUia di-

SAINT SÉVEEIN,

gnitaUim n*énumère pas moins de douze g^a misons riverai aes^ A peu prés au centre éuil Laurîacum, à Fembouchure de rAnisus (Enns; et du Danube, siège d*un nombreux personnel militaire et d*une flotille de guerre. Puis, en amont, ou rencontrait Leutlu, Marioiana, Joviacum Boiodurum (Innsladt) en face de Passau, mais sur la rive droite de Plnn. £naval Locus Felii, Arlape» Canabiaca, Augusta^ Faviana, Comagene, Astura. Au delà de rino était Batavis (Passau) et Quintianœ; à rcxtrémité opposée du Noriqoe, Yindobon uni (Vienne) et Carnuntum. Dans riniérieur du Norique riverain, la ville la plus importante était Juvao (Salzbourg) &ur la Saka, alflueut de rinn,etUD peu plus haut sur la rivière, le bourg de Cucuilis [Kuchel), Nous nous bornerons pour le Norique mëditerranëen à nommer Tiburnîa (S. Peter in Holz), métropole religieuse de toute la province. Le lecteur excusera cette sèche nomenclature. Elle était nécessaire, car nous retrouverons la plupart de ces noms au cours de notre récit.

Ajoutons qu*a la fin du iv^ siècle le Norique riverain et la Pannonie supérieure étaient sous le commandement d'un duc,

Ed sfimme, avant que ne commence la période des invasions, surtout avant que Radagaise ne

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Teût dévasté une première fois, le pays, et principalement la plaine qui borde le Danube, était riche, peuplé, bien cultivé. Les mœurs romaines s^y étaient profondément implantées. Sa population, demeurée belliqueuse, fournissait aux cohortes prétoriennes un assez grand nombre de volontaires, et c'était un lien de plus avec la métropole. Grâce au Danube d*une part, à la vallée de Tlnn d'autre part, et aux routes qui ^reliaient leNorique àTItalie, le commerce semble avoir été florissant, les relations faciles et fréquentes entre les provinces limitrophes ainsi qu*avec Rome. Le christianisme s*y était introduit et la population était catholique.

La grande mêlée de peuples connue sous le nom d'invasions des Barbares devait, ici comme dans tout TEmpire, porter un coup fatal ,à cette prospérité.

Si d'un bond nous passons à Tépoque où commence le ministère de Séverin, c'est-à-dire aux temps qui suivirent la mort d'Attila, survenue en 453, la malheureuse province de Norique, ainsi que ses voisines, offre le plus lamentable spectacle. Pour tout dire d'un mot, elle n'est plus qu'un affreux champ de bataille et de désolation.

Le roi des Huns avait prétendu laisser son empire tout entier à son fils Hellack, son préféré,

le seul être qui semble avoir fait battre d'un sentiment humain le cœur dur du fléau de Dieu. Mais sa volonté ne fut point respectée. Comme les généraux d'Alexandre, le « peuple de ses fils » voulut se partager Théritage du conquérant. Mais les fiers Germains que le roi des Huns avait incorporés à ses peuples et à ses armées n'entendirent pas que Ton disposât d'eux comme d'un vil bétail. Sous la conduite du roi des Gépides, Ârdaric, la révolte éclata. La grande mêlée du Métad contraignit les Huns à se renfermer dans les plaines de la Theiss, qui devinrent la Hongrie. Les peuples germains, que l'amour de la liberté avait rassemblés en Pannonie, se cher* chèrent chacun un établissement avantageux. On vit les Gépides envahir la grande plaine des Carpathes, les Ostrogoths s'établir de Sirmium à Vienne, les Hérules occuper en face d'eux la rive gauche du Danube, tandis que les Suêves, remontant plus haut le fleuve, se répandaient dans les Alpes noriques et juliennes et menaçaient ainsi l'Italie. Enfin les Ruges occupaient la rive gauche du Danube, précisément en face du Norique, et leur royaume prit le nom de Rugiland.

C'est aux Ruges par conséquent que la population du Norique eut le plus souvent affaire. Sans cesse ils passaient le fleuve, enlevaient les

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villes par surprise, les nieltaîent ti snc, et, ne respectant pas plus le Romain que riiidigènc, emmenaient en esclavage les habitants et les contraignaient à mettre à leur service les ressources cl\ine civilisation plus avancée. Mais il s'en faut de beaucoup que leur tyrannie s'exerçât seule sur ces malheureuses populations i Goths de Panuonie, Hérules» Alamans et Thurioges qui habitaient au nord de la province, multipliaient les coups de main; non contents de piller leur.s falblesvictimes et de les maltraiter, ils se livraient enire eux de furieux conibats. Les Rtiges tyrannisaient les Komaitis du Norique, mais les Gotlis de PaDDonie, beaucoup plus puissants, étaient la terreur des Ruges. Eufin, pour mettre le cooible au désordre, des bandes armées, recrutées du plus étrange ramassis de Barbares ^ d'aventuriers {çrecs, de Romains dévoyés, épaves de toutes les ruines et de toutes les invasions, anciens soldats d'Attila, esclaves fugitifs et fils de rois barbares dont les tribus avaient été massacrées au cours de la dernière lutte, battaient te pays sons le nom de Scamares, jetant partout ta terreur.

Assez nombreux pour transformer le brigandage eu nue sorte de guerre, ils s'avançaient jusque sous les murs des villes, le plus souvent toutefois sans V entrer, et faisaient main basse sur les

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Itommes et les besiiaiii. Mais si par exemple les liabitîinU étaieDt sortis pour la moisson, ils ne manquaient pas l'occasion : une briis(|ue irruption livrait à leur merci vieillards, femmes d enfants, ils massacraient les uns, violentaient les autrei, et emportaient tout ce qui était à leur convenance. Comme aucun peuple barbare ne s était établi en Norique, celte province étaii pour eux comme un champ libre où ils exerçaient de préférence leurs déprédations. D'ailleurs, voleurs sans parti pris, ils ne dédaignaient pi de s'^attaquer aux Barbares eux-mêmes quand ceux-ci n'étaient point eu force, et, soudards toujours prêts aux coups de main fructueux, ûod contents de travailler pour leur compte, ils n'hésitaient pas à mettre pour un temps leur brutalité au service de chefs qui pour quelque motif préfé* raient ne pas paraître en personne sur la scène. Autre sujet de persécution! Des Barbares, les uns étaient demeurés païens, comme les HérulesT qui, semble-t-il, pratiquaient encore les sacrifices humains; les autres, et en particulier les Ruges, étaient ariens, ainsi que la plupart des Goths^ convertis au christianisme par le grand évêque Ulplîilas, malheureusement acquis à rhérésîe, el dont Terreur fut, comme on le sait, Torigine de tant de maux. En ce qui concerne le Noriquei elle

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