LA PROVINCE DE NORIQUE
peiitâ samiâ.Ils avaient fort mauvaise réputatian : tt Un Riige croit avoir perdu sa journée^ a écrit un auteur ancien qui les connaissait bien, s*il n'a commis quelque mauvais coup*. » Cependant saint Se verni réussit à les mater un peu, et même il sut en tirer quelquefois une aide efficace. Mais sitôt qu'il eût disparu^ leur naturel reprit le dessus. Ils ne respectèrent même pas ses biens*
Le contraste des caractères entre les deux peuples n'étaient ni moins marqué ni moins dangereux que Topposltion des intérêts et des croyances. Véritables enfants, versatiles, capricieux, cruels, pleins d'orgueil, dominateurs et fantasques, les Barbares s*irrltalent pour un rien et poussaient la fureur jusqu*aux dernières extrémités. Impressionnables a rexcés, ils tremblaient aussi soudainement qu'ils avalent menacé. On les voyait passer sans transition de Tinjure aux prières. Astucieux avec cela^ et dissimulés»
sachant cacher sous des dehors doucereux» les plus noirs desseins. Non qu'ils fussent toujours de mauvaise foi quand ils prenaient un engagement, mais incapables de résister à une tentation, immanquablement la convoitise était la plus forte. C'était une joie pour eux et un triomphe que
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lie courber le froot des Romaiiiâ sous le poids de leur cliangeante voloniéf et, comme il arrive, les femmes plus que les hommes humiliaient avec rage le vaincu. Maïs parfois aussi une lerreDr paoique se répandait parmi eux» on les % oyait précipitamment se ruer hors d'une ville» abandonnant tout leur butin, même ils se battaiect entre eux avec acharnement, croyant avoir ofFaire h rennemï. Sensibles et nerveux comnae ils rétaîcnt^ il n'était pas impossible d'avoir prise sur eux. Atlila lui-même n'avait-il pas subi Tascendant d'un snint Léon au passage du Mtnda, d'un saint Aignan sous les murs d'Orléans, d'un ^aint Loup devant Troyes? Ils n'étaient pas inaccessibles à la grandeur morale, à la supériorité de Tin tell igence et du caractère. Le petit peuple était naïf et confiant volontiers. Peut-être, ou plutôt certainement, une crainte superstitieuse se mêlait a ces sentiments* Qu'un homme Wné* rable osât leur tenir un langage ferme, qu'il les menaçât des chyiiments célestes, sans toutefois éveiller leur susceptibilité par une nuance de mépris, on voyait ces arrogants se faire bumblc5 eipetits^ lesplusfiers baissaient le front» acquiesçaient à tout et se retiraient humblement en sollicitant avec une naïveté presque touchante hi grâce d'une bénédiction* Ils reclierchaient les
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ils et r»mitîé des h
conseils et 1 »mitié des hommes supérieurs, ei qui donc eût pu les aimer alors, sinon des saiols qui voyaient en eux avant tout des hommes, des frères un peu rudes, sans doute, mais qui avaient euK aussi une urne ù sauver? N est*il pas symbolique, ce trait commun a tant de légendes, qui Botis montre les saints, amis, protecteurs et maitres des ours et des loups? Mais de telles impressions étaient fugitives- Il fallait avec persévérance les entretenir et ne jamais faire fond I sur leur durée.
^p Aux maux causés par les Barbares s'en ajou- ^taient d'autres qui en étalent Tinévitable consé- ' quence. Comment cultiver régulièrement la terre quand il y avait danger à s'aventurer hors des YÎUes ? Et, lorsque à grand risque on avait labouré et ensemencé, le fruit de tant de travail était trop souvent perdu, saccagé, enlevé. La famine était à Tétat chronique. L'irrégularité des transactions ne permettait qu'imparfaitement d'y porter un faible remède par des importations étrangères. La voie la moins compromise était encore le Danube et ses aflluents. Mais la rigueur du climat qui, pendant de longs mois d'hiver, immobilisait les cours d'eau sous une épaisse couche de glace, s'opposait à la navigation. A des périodes d'absolue pé- Durie succédaient de courts répits d'abondance;
SAINT SE VERIN.
comme il arrive en pareilles circonstances, la craîûte de manquer ei la spéculation entravaient la libre circulation des grains. Des accapareurs entassaieni le blé dans leurs greniers et voyaient d'un oeil sec les souDrancesdu peuple. Enfin, des fléaux naturels — souvent ils accompagnent les grandes crises causées par la folie ou le malheur des hommes — s'abattaient sur rinfortunée province. Des nuées de sauterelles anéantissaient ce qui avait échappe à la cupidité des Barbares, Des inondations dévastaient ta partie basse du pays. Des tremblements de terre ajoutaient la terreur à la destruction.
En présence de telles calamités^ comment le découragement ne se serait-il pas emparé de cette malheureuse population ? Et le découragement entraînait avec lui le cortège de ses compagnons habituels, le désordre, la folle insouciance, le goût de la jouissance immédiate, rhorreur du sacrifice. Non pas même pour résister, mais pour supporter sans défaillance, toute la force d'âme que ces hommes pouvaient tirer de leur nom de Romains et de chrétiens n*eût pas été de trop. Mais où était la puissance romaine? Autant les Barbares ëtaieut rudes et énergiques^ autant les Romains et romanisants étaient alors mous et incapables d*efFortp Ce nom jadis si redouté^ et qui,
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à lui seul, coûsti tuait une sauvegarde, ne paraissait qu'un titie de plus a la persécution et à l'esclavage. Ou eu avait perdu jusqu'à la fierté. On est confondu de constater Tinsouciance, roptîmtsme même, qu'entretenait une si extraordinaire incurie. En vain des avertissements sûrs prévenaîent^ls les habitants d'un bourg de Tapprocbe des Barbares, Ils se refusaient a croire aux dangers tout proolies qu'on leur annonçait. Peu s'en fallait qulls ne [fissent un mauvais parti aux prophètes de malheur. L'irruption des hordes seule leur dessillait les yeux* Mais trop tard, La barbarie avait achevé son œuvre avant qu*ils n'eussent eu le temps de se mettre en défense. L'incendier le pillage^ le massacre» la pendaison étaient leurs châtiments.
Aveugles sur leurs propres fautes^ quelquesr uns s'en prenaient a Dieu qui ne les avait pas sauvés malgré eux. Comme en d'autres parties de Tempire, des païens, superHciellement convertisj accusaient d'impuissance la nouvelle religion, et, tout en observant extérieurement les pratiques du catholicisme^ revenaient en secret a celles du paganisme. Sans être, à ce qu'il semble, mauvais dans son ensemble, le clergé était impuissant. Il participait de la mollesse générale, et l'action des
meilleurs était empêchée par Tégoïsme, la
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lâcheté, la corruption des autres. Un jour, lebruit se répaQclit que toute une rraction de la popubtion d'une ville chrétienne se rassemblait fartivement pour accomplir des sacriflces humanis ! Et la rumeur liit reconnue fondée* Dans leur aberration, ces mêmes liommes qui ne renonçaient pas h fréquenter Féglise, au sortir de ToflSee on du sermon, couraient se livrer a d'abominablea rites! Certes, révénemeot démontra qu'il y avait encore de bons éléments, tant dans le peuple que dans le clergé. Mais, pour sUniuler les bonnes volontés, les grouper, inlroduire un peu d'ordre dans Fanarclue, organiser les secours contre la famine et la misère, résister aux Barbares ou négocier avec eux, tirer parti de leurs divisions» surtout pour ranimer dans ces âmes moribondes^ un peu de flamme généreuse, il fallait un chef capable d'inspirer la crainte par sa fermeté^ la confiance par la sûreté de son jugement, l'ardeur par la promptitude de sa décision, Tamour par sa bonté.