Carnet X, p. 64. — 4. Ibid., n* XII, p
âlS £XAM£N CRITIQUE
paisse changer. > Gondé ne changea pas, et il fut arrêté aa moment où réunissant autour de lui ses partisans, il allait tenter un dernier effort et porter une main violente snr le pouvoir. Mazarin, qui surveillait toutes ses menées, avait épuisé les moyens de douceur et de ccmciliation avant de frapper son ennemi. Il ne fit qu'user d'un légitime moyen de défense en mettant le prince hors d'état d'exécuter ses criminels projets.
Saint-Simon aurait voulu sans doute, comme son père en avait formé le desseins que la reine abandonnât le pouvoir aux grands et secondamn&tà un rôle passif. Que serait alors devenue la France? Il était facile de le savoir par la régence de Marie de Médicis : livrée à Tanarchie, déchirée par les ÊLCtions, elle avait renoncé à la glorieuse politique de Henri IT et conclu avec la maison d'Autriche un traité honteux. On vit les mêmes résultats, en 1651, lorsque la prison des princes fut ouverte, et que Gondé, de retour à Paris, imposa à la reine Ghavigny, et tenta de gouverner la France. Il ne réussit qu'à irriter le parlement par sa violence, allumer la guerre civile, appeler les Espagnols dans le royaume, et enfin il fut réduit i tourner contre sa patrie l'épée qui avait triomphé à Rocroi et à Lens. Le gouvernement d'Ançe d'Autriche et de son nûnistre, dont nous avons exposé les résultats si avantageux pour la France, était mille fois préférable à Tanarchie où les prétentions rivales de la noblesse et des parlements auraient plongé le royaume.
Que dire de l'assertion de Saint-Simon qui accuse Mazarin d'avoir inventé le système de gouvernement où la France était emprisonnée? On voit par le développement qu'il donne ensuite à sa pensée qu'il s'agit de l'abaissement des grands, et de la puissance des secrétaires d'Ëtat. Il ne faut pas approfondir l'histoire de France pour savoir que la lutte jde la royauté contre la féodalité ne date pas du dix-
l. Voy. plus loin, chap. m^ p. 236 et suiv.
septième siècle, mais remonte à ravénement des Capétiens, et se continue presque sans interruption jusqu'au triomphe définitif de la monarchie. Au douzième siècle, la royauté aTait vaincu, par Tépée de Louis le Gros, les vassaux du duché de France. Au treizième, elle avait triomphé de cette multitude de seigneurs qui étaient les véritables souverains du royaume : Philippe Auguste, par les armes et les conquêtes; Louis IX, parsesloiset parla sainteté de son caractère; Philippe le Bel, par ses institutions et par son despotisme, avaient établi sur des bases solides l'autorité monarchique. Dès cette époque, le roi était reconnu comme seigneur suzerain dans toute la France; tous les vassaux étaient tenus d'obéir à ses ordonnances. Mais des branches mêmes de la dynastie capétienne naquit une nouvelle féodalité : les maisons ap^nagées de Bourgogne, de Bourbon, d'Anjou, d'Orléans morcelèrent le royaume. Les chefs de cette arislocratieaimaienttant la France, commele disait Tun d'eux, qu'au lieu d'un royaume ils en eussent voulu six. Pour vaincre cette féodalité apanagée, il fallut l'astuce, l'activité, la politique habile et terrible d'un Louis XL
Dès la fin du quinzième siècle, il n'y avait plus en France qu*un seul souverain^; mais dans les provinces subsistait toujours l'opposition de mœurs, de lois et d'institutions. Au commencement du seizième siècle , la royauté, quoique détournée des aflaires intérieures par les guerres dltalie, 8*occupa cependant d'imposer à la France une administration plus homogène. Douze gouverneurs Airent chargés du commandement militaire ; huit parlements, de la justice; autant de chambres des comptes et de cours des aides, de la juri-
1. Voy. sur Upuissaoee des rois de France à cette époque, Machiavel, le PrifUê.cha.^. m; Claude de Sejsaéi, Louanges de Louis III (édit. Godefroy, p. 169) , et surtout les relations des Ambassadeurs vénUiens, dans le recueil des DôcumefUs inédiu de l'histoire de France, On y Ut (t. 1, p. 91) : « Quant au roi très-chrétien, je crois sa puissance plus conaidôrahle que celle d'aucun de ses devanciers. Ses ËUts sont agrandis, et ils lui sont plus soumis que jamais. »
diction Gnancière. Aux bureaux de finances appartint la la répartition des impôts et la gestion domaniale; enfin, dix - sept receveurs généraux furent institués pour percevoir les taxes et les verser dans une caisse centrale , nommée Épargne. Dès cette époque, l'organisation administrative de la France est ébauchée, et Tautorité est si fortement centralisée que les étrangers s'en étonnent: < D y a des pays plus fertiles et plus riches que la France, écrivait en 1546 l'ambassadeur, vénitien Marino Cavalli*, tels que la Hongrie et l'Italie; il y en a de plus grands et de plus puissants, tels que l'Allemagne et l'Espagne, mais aucun n'est aussi uni {tanto unito). »
Ce système de gouvernement, dans lequel Saint-Simon voit avec indignation la France emprisonnée par Mazarin, n'est donc pas de l'invention du cardinal. Bien plus, l'autorité absolue de la royauté parvint sous François P' à un point qu'elle a égalé à peine sous Louis XIV. En 1546, l'ambassadeur vénitien, dont nous avons déjà cité la relation, signale les premiers symptômes d'opposition. « La chose est allée si loin, dit-il en parlant de l'autorité royale *, que quelques-uns des Français qui voient plus clair que les autres disent : Nos rois s'appelaient jadis reges Francorum ; à préserU on peut les appeler reges servorum. » Cette opposition était loin, cependant, d'être générale; la plupart des Français montraient pour la royauté un dévouement si absolu qu'ils étaient disposés, disent les ambassadeurs vénitiens', à lui donner « non-seulement leurs biens et leurs vies, mais même leur honneur et leurs âmes. » Les finances étaient à la disposition absolue du souverain : « On paye au roi tout ce qu'il demande; puis, tout ce qui reste est encore à sa merci ^ » Je cite de préférence le témoignage de ces étran-
1. Relations des ambassadeurs vénitiens publiées dans les Documents inédits de Vhistoire de France^ 1. 1, p. 271.