‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 116 sur 328 · Anciennes lois franc., t. XVI, p · texte numérisé non relu

Anciennes lois franc., t. XVI, p

3. Ibid., p. 194. — 4. Ibid., p. 194. 5. Mémoires de Richelieu, liv. XVIII.

rien ne conserve tant les lois en leur vigueur quela punition des personnesdont la qualité est aussi grande que le crime. Il profita des troubles fomentés par Gaston d'Orléans (1630-16^2) pour attaquer les gouverneurs de province etleur faire sentir qu'ils étaient sous la main du roi. • Le duc de Bellegardefut privé du gouvernement de Bourgogne, et par conséqneitt des clefs des portes qu'il avait ouvertes à Monsieur pour le faire sortir du royaume. Le duc d'Elbeuf fut ps^illemeat dépouillé de celui de Picardie, que le roi lui avait donné peu de temps auparavant. Le duc de Guise, pressé des craintes de sa conscience, s'était retiré en Italie, lorsque vous l'appelAtes à la cour^ pour rendre compte de ses aclionsu Cette retraite criminelle lui fit perdre le gouvernement de Provence, dont le feu roi l'avait honoré. Ainsi vous fûtes délivré • des gouverneurs ingrats et infidèles, et la Bourgogne, la Picardie et la Provence, provinces de grande considération, demeurèrent en vos mains, libres de ces esprits dangereux. » Le supplice du maréchal de Montmorency, gouverneur de Languedoc, et l'humiliation du vieux duc d'Ëpernon, gouverneur de Guienne et Gascogne^ portèrent les demie» coups à cette aristocratie des gouverneurs de provinoe qui menaçait de démembrer le royaume.

Ce n'est donc pas à Mazarin qu'il faut attribuer, comme le fait Saint-Simon, la ruine de cette nouvelle féodalité. Gomment cet écrivain oublie-t-il les actes énergiques et même sanguinaires de Richelieu pour s'acharner contre un ministre auquel on reprocha d'abord de la faiblesse? Sur les degrés du trône, d'où l'dpre et redoutable cardinal de Richelieu avait foudroyé plutôt que gouverné les humains, dit le cardinal Retz', on voyait un successeur doux et bénin, qui ne voulait rien, qui était au désespoir que sa dignité de car-

1. Richelieu s'adresse à Louis XIII dans la partie de son Testament politique^ d'où cette citation est extraite (liv. I, chap. i).

2. Je cite les expressions mêmes qu'emploie cet ôcriirain, liv. II de ses

mémoires.

dinal ne lui penntt pas de s'humilier, autant qu'il Teûf souhaité, devant tout le monde. Jules Mazarin n'était pas encore €onnn ; sa prudence passa pour de la timidité. Il fit voir dans la suite que, s'il ne brisait pas les obstacles, comme Richelieu, il savait habilement les tourner et rester maître des positions conquises par son prédécesseur. L'histoire impartiale et véridique doit lui savoir gré de ses luttes longues, patientes et persévérantes contre une aristocratie turbulente qui n'avait su que verser son sang sur les champs de bataille, mais à laquelle avait toujours manqué le génie politique. Mazarin finit par en triompher, et cette victoire, loin d'avoir été une calamité, comme le prétend Saint-Simon, Ait une des causes de la supériorité de la France.

Ainsi, de tous les reproches que Saint-Simon adresse à Mazarin, un seul parait fondé: les énormes richesses accumulées par le cardinal ne peuvent se justifier. Mais sa politique extérieure fut glorieuse pour la France, et en continuant, à l'intérieur, le système de gouvernement établi par Richelieu, il a contribué à l'unité et par conséquent à la force du royaume.

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