Concini. — 5. Leonora Oaliga
6. Je n'ai pas cité textuellement la phrase de SaniV-Simon, qui est à peine intelligible, tant elle est bizarrement construite. La voici : « Deux reines étrangères d'inclination) et de principes (c'est-à-dire par suite de leurs principes) fort éloignées des maximes françoises pour le gouvernement de TËtat et des vues si saines de leurs maris, dont elles ne regardèrent la perte que par le seul objet de leur grandeur personnelle, dont elles étoient de longue main tout occupées, que la dernière à la vérité n'a dû qu'à la nature (attaque indirecte contre Marie de Médicis soupçonnée d'avoir été complice de l'assassinat de Henri IV), etc. » La fin de la phrase est aussi enchevêtrée de que et de doiU que le commencement.
lui reproche Saint-Simon« elle n'aurait pas choisi et soutenu un ministre qui n*a cessé de combattre et d*affaiblir, par des coups redoublés, la monarchie espagnole dans les Pays-Bas, en Italie, en Portugal, qui lui a enlevé plusieurs provinces, et Ta laissée tellement épuisée qu'elle ne put opposer aucune résistance aux attaques de Louis XIY. Comment un historien qui se pique de vérité a*t-il ramassé dans les pamphlets de la Fronde de pareilles calomnies, démenties par l'histoire entière de la régence? Louis XIV, parlant de la mort de sa mère S a rendu pleine justice à sa conduite : « La vigueur, dit-il, avec laquelle cette princesse avait soutenu ma couronne dans les temps où je ne pouvais encore agir, m'était une marque de son affection et de sa vertu. »
Cet éloge est justement donné par Louis XIY à sa mère et suffit pour prouver avec quelle inj ustice Saint-Simon compare les régences de Marie de Médicis et d'Anne d'Autriche. Sous la première, un favori incapable avait cherché à calmer l'irritation des grands en leur prodiguant les trésors amassés par Sully; mais ces largesses, qui ruinaient l'État, n'avaient servi qu'à rendre leurs prétentions plus exorbitantes. C'est ce qu'atteste Richelieu' : c Les présents que la reine fit aux grands au commencement de la régence, étourdirent bien la grosse faim de leur avarice et de leur ambition; mais elle ne fut pas pour cela éteinte. Il fallait totyours faire de même si on voulait les contenter. De continuer à leur faire des gratifications semblables à celles qu'ils avaient reçues, c'était chose impossible : l'Épargne et les cofiï*es de la Bastille avaient été épuisés. » Dès que les prodigalités cessèrent, la révolte commença. Les gouverneurs en profitèrent pour se rendre indépendants : Montmorency régnait en Languedoc, d'Épernoii en Guienne et Gascogne, Longueville en Picardie
1. Mémoires de Louis IIV (èdit. Dreyss), t. I, p. 121. 3. Mémoires du cardinal de Riehelieuy t. I, p. 64-65 (édit. Michaud et Poajoulat).
aaO EXAMEN CRITIQUE
et plus tard en Normandie, Nevers en Champagne, Guise en Provence, Lesdîguières en Dauphiné.
A Paris et dans les provinces Tautorité des lois était foulée aui pieds. L'archevêque de Bordeaux, Sourdis, allait en personne briser les portes des prisons et en arracher un condamné & mort. Au milieu de cette anarchie, on signait de honteux traités avec les ennemis de la France. Quelle différence avec cette régence d'Anne d'Autriche, où la France triomphait des deux branches de la maison d'Autriche et où le pouvoir royal sortit plus fort que jamais des longues épreuves d'une minorité! La passion seule, et il faudrait presque dire la mauvaise foi, a pu assimiler ces deux époques et confondre Mazarin avec Goncini.
Quant à l'empire exercé par Mazarin sur Anne d'Autriche, nous en convenons, et sans nous engager dans la question controversée des relations qui existaient entre la reine et son ministre, nous trouvons dans les carnets où Mazarin consignait ses pensées les plus intimes, la preuve évidente de l'influence qu'il exerçait sur la régente. Il lui dictait son rdle et jusqu'aux paroles qu'elle devait prononcer. J'en citerai un exemple frappant : en 1648, après la journée des barricades, lorsque le ministre se préparait à tirer vengeance des insultes des Parisiens, il reconnut que, pour triompher du parlement, il avait besoin du concours du duc d'Orléans et du prince de Gondé. Il traça à la reine le plan de conduite qu'elle devait suivre pour les gagner * : « n faut que la reine se souvienne de se plaindre de moi, particulièrement à M. le Prince, de m'étre relâché, et qu'une telle conduite ne fait pas augmenter ses affections; qu'il faut qu'elle prenne mieux ses mesures à l'avenir, ayant reconnu en beaucoup de personnes qu'elles considèrent plus de faire une chose agr<^able au parlement qu'à elle; que si les hommes lui manquent, et jusque^ au Cardinal, Dieu ne permettra pas que les mauvais