Mémoires, ft. I, p
2. Henriette de la Guiche, veuve de Louis-Emmanuel de Valois, duc d'Angoulôme, fils naturel de Charles IX. Il y avait cent trente-neuf ans que le roi son beau-père était mort lorsque la duchesse d^Angoulême mourut, le 10 août 1713.
me laiisait comme dans Tabandon à moi-*méme, et augmentait le besoin de savoir en faire un bon usage. En môme temps, eUe s'appliquait à m*élever Je courage, et à m'excîter de me rendre tel que je pusse réparer par moi-même des Tides aussi difficiles à surmonter. Bile réussit à m'en donner un grand désir. »
Saint-Simon conserva toute sa vie une grande déférence pour les volontés de sa mbre. Agé de près de cinquante ans, et membre du conseil de régence, il s*inclina devant Tautorite de Charlotte de TAubépine, qui fit le mariage de sa petite-fille avec le prince de Chimay; le duc de Saint- Simon et sa femme n'étaient pas de cet avis. < Mais, ajoutet-iP, ma mère pensa autrement, et elle était accoutumée à décider. »
L'éducation classique de Saint-Simon ne paraît pas avoir été très-forte. Il avoue qu'il n'aimait ni les sciences ni les' études scolaires', mais un penchant très-vif le portait à la lecture, et surtout à la lecture des ouvrages historiques. Il reçut d'ailleurs de son père et de sa mère ce qui valait mieux que l'instruction classique de cette époque, des principes de vertu et de religion et un profond sentiment du devoir. Elevé dans ces traditions austères, il semble n'avoir pas eu de jeunesse. Ses plaisirs restèrent purs dans une époque où la splendeur de la cour dissimulait à peine un sensualisme grossier, où les filles du roi allaient au corps de garde emprunter les pipes des Suisses, et où il arrivait aux plus jeunes membres de la famille royale d'être portés au lit ivres-morts. Saint-Simon échappa à cette corruption. Son éducation religieu9e fut dirigée par le père Sanadon, jésuite', pour lequel il conserva un attachement et un respect qui ne s'étendirent pas aux autres membres de la compagnie.
Après avoir suivi les académies^ où la noblesse se formait
1. Mémairei, t. XIX, p. 31&. - 3. /Wd. , t. I, p. 3. 3. Mémotres, t. VII, p. &5.
aux exercices du corps, en continuant Tétude des sciences-, le jeune Saint-Simon fut présenté par son père à l.oois XIY en 169P, et entra dans la compagnie des mousquetaires gris. L*équipage d'un soldat-gentilhonime était alors considérable: Saint-Simon, simple mousquetaire, n'avait pas moins de trente-cinq chevaux ou mulets^. Il fit ses premières armes au siège de Namur (1692)*. L*année suivante il obtint du roi Tautorisation d'acheter une compagnie de cavalerie dans le régiment de Royal-Roussillon, et assista à la bataille de Nerwinden (1693), dont ses mémoires contiennent un récit écrit le lendemain même de la victoire^
U était d'usage qu'aprèschaquecampagne, la jeune noblesse vînt passer Thiver à la cour. Saint-Simon, qui avait récemment perdu son père et hérité de ses titres el gouvernements, profita de l'hiver de 1693 à 1694, pour se rendre à Versailles et acheter un réginrent de cavalerie*, mais sa principale affaire pendant son séjour à la cour, fut le procès des ducs et pairs contre le maréchal de Luxembourg. Saint-Simon porta dans cette querelle, une ardeur, dont ses mémoires conservent la trace*. La perte de ce procès, qu'il attribua à la partialité du premier président de Harlay, fut une des causes de la haine dont il ne cessa de poursuivre ce magistrat.
A la suite de cette lutte déclarée contre le maréchal-duc de Luxembourg, Saint-Simon ne pouvait plus servir dans l'armée de Flandre quu commandait ce général. Il obtint du roi d'accompagner le maréchal de Lôrges sur les bords du Rhin''. Ce fut là, qu'en 1694, sa vocation historique se déclara et qu'il entreprit d'écrire ses mémoires ; « Je les commençai, dit-il*, en juillet 1694, étant mestre de camp (ou colonel) d'un régiment de cavalerie de mon nom, dans le camp de Guins-