‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 131 sur 328 · Carnet xm, p · texte numérisé non relu

Carnet xm, p

7. Mémoires de Pierre Lenety p. 198 de Tédition citée plus^hau't.

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dont beaucoup de gens sont présentement en peine; mais je vous puis assurer qu'elle n'est point cordiale du côté du faubourg ^ Mazarin' est entamé, et sa ruine est résolue d'une façon qu*il faudra des miracles pour sa conservation. Ce sera doucement, sans employer aucun moyen violent. Faites votre compte là-dessus; vous êtes fort sur le tapis et très fort dans le cœur de toute la maison de M. ie Prince. Je n'oublierai aucune chose pour vous rendre toutes sortes de services. Vous devez écrire à M. le Prince, sur cette occasion, une lettre pleine d'affection et d'espérance que ses soins et sa conduite remettront l'État dans le bonheur. J'offre de rendre votre lettre; si vous voulez dire davantage dans la mienne, je la puis faire voir. Ma passion pour votre service est sans réserve; ordonnez franchement. Le raccommodement fera Quelques dupes. >

Ghavigny suivit le conseil de Claude de Saint-Simon, et écrivit au prince de Condé. Il paraît que sa lettre fut bien accueillie , à en juger par ce que lui mandait Claude de Saint- Simon, en date du 8 octobre 1649 : « Depuis avoir reçu votre dernier billet, j'ai gardé le lit durant dix jours, attaqué d'un f&cheui rhumatisme, dont je ne suis pas encore tout à fait remis. C'est mon excuse de ne vous avoir pas dit plus tôt que votre lettre à M. le Prince fut reçue avec joie et de la bonne façon. Je vous puis assurer que votre personne est estimée parfaitement, et que M. le Prince vous porte une affection toute particulière, c'est-à-dire que vous pouvez faire un fondement très-assuré sur cette amitié. Un ami qui vous a vu nouvellement vous peut confirmer cette vérité, et que M. le Prince travaille avec soin pour votre retour. Le temps paraît assez favorable à cette justice pour espérer ce contentement, que je souhaite plus ardemment que

1 . C'est-à-dire du prince de Ciondé^ qui atait son hôtel au faubourg Saint- Germain.

2. Dans cette partie de la lettre les noms propres sont indiqués en chiffres.

Tintéressé même. Je me promets que vous aurez mieux ensuite. >

Mazarin, parfaitement Instruit des projets de ses adversaires, travaillait à les déjouer. En s'humiliant devant Gcmdé et en achetant aussi cher son pardon , il n'avait qu'un but : semer des défiances entre les deux Frondes qui cherchaient à se rapprocher, prouver aux Vendômes, à Paul de Gondi, à Mme de Chevreuse, qu'ils ne pouvaient compter sur Condé ; isoler ainsi le prince et frapper ensuite cet ennemi surpris et désarmé. Il marcha à son but par les voies souterraines qu'il préférait , mais il y marcha sûrement et résolument. Le grand Condé lui fournissait d'ailleurs des armes par ses imprudences : il ne faut pas oublier qu*à cette époque, le prince, âgé de vingt-neuf ans, était dans toute l'ivresse de la fortune. Vainqueur à Rocroi, à Fribourg, à Nordlingen et à Lens, il venait encore de triompher des frondeurs et de ramener le roi à Paris. Bien loin de se faii e pardonner sa gloire par sa modestie , il afdchait les plus hautes prétentions et traitait ses adversaires avec un orgueilleux dédain. Les petits-maîtres ^ les Bouteville, les La Moussaye, les Chabot, les Jarzé et autres, imitaient son iiisolence, et n'avaient que du mépris pour les hommes de plume et de robe qui avaient soutenu la première Fronde. Les parlementaires et le coadjuteur s'en irritèrent. La vieille haine des maisons de Vendôme et de Condé se réveilla et fut aigrie par des passions féminines, comme au temps de la cabale des Importants. D'un côté, Mme de Longueville, de l'autre, Mmes de Montbazon et de Chevreuse.

Mazarin sut habilement profiter de ces divisions et des fautes du prince de Condé, il se rapprocha secrètement de la maison de Vendôme, comme l'aUestent ses carnets. On y lit à la date du 4 octobre 1649>: « M. de Vendôme, après m*a- ▼oir parlé de ses afiaires ce matin , m'a dit que jamais les

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