‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 132 sur 328 · Carnet xm, p · texte numérisé non relu

Carnet xm, p

choses n'avaient été en meilleure disposition pour retirer M. de Beaufort et le donner à la reine entièrement ; que le président de Bellièvre et le coadjuteur y étaient tout à fait résolus. > L*abbé Ondedei, parent et confident intime du cardinal y eut des conférences avec le marquis de La Boulaye » émissaire des frondeurs. Mme de Ghevjreuse , et Beaufort luimême promirent leur concours dévoué à Mazarin. Beaufort témoignait un zèle excessif, comme tous les amis entraînés par Tardeur d'une passion nouvelle. « La moindre chose qu'il promet dans cetle liaison d*amitié, écrit le cardinal^ c'est de calmer le royaume et de mettre aux pieds de la reine les parlements et les peuples, et de faire avoir autant d'amour pour moi qu'on a de haine. >

Cependant au milieu des succès de sa politique tortueuse , Mazarin redoutait la perspicacité de Ghavigny. Il savait que cet homme d'État, nourri à l'école de Richelieu, était capable de percer et de déjouer ses intrigues! Aussi suivit-il avec inquiétude les démarches de ce dangereux rival, qui était venu s'établir dans la Brie, et avait de fréquentes entrevues avec les frondeurs , entre autres avec Fontrailles et le président Viole, et même avec le prince de Gondé. « On m*assure, écrivait-il sur ses carnets *, que M. de Ghavigny a été deux heures à Paris, et qu'il a vu M. le Pnnce. » Et plus loin' ; « Ghavigny reçoit le monde avec grande parade et a vu M. le Prince. » Ma^arin craignait que ce conseilleur, plus habile que les petits^maîtres ^ n'arrêtât Gondé sur la pente fatale où il se laissait entraîner, ne renouât les relations des deux Frondes, et, comme écrivait le cardinal dans ses notes confidentielles ^ « ne flt mille choses préjudiciables au service du roi et au mien. » Malheureusement pour Louis de Bourbon, il suivait des conseils moins prudents que ceux de Ghavigny et séparait de plus en plus sa cause de celle de la vieille Fronde.

1. Carnet Xlll, p. 16-17. — 2. Ibid,, p. I8. — S. Ihid,, p. A8. 4. /Wd., p. 93.

Saint-Simon était Técho des petits-maîtres ^ lorsqu'il écrivait à Chavigny, le 27 novembre : « On vous conseille de fréquenter le moins que vous le pourrez le pape des frondeurs * et les autres de cette nature. »

En même temps que Condé rompait avec Beaufort et avec le coadjuteur, il poussait aux dernières extrémités Anne d'Autriche et son ministre par de nouveaux affronts. Il se rendit coupable envers la reine de Tinsulte la plus grave qu'on pût faire à une femme ; if prétendit lui imposer un amant, et choisit pour ce rôle Jarzé, un des petits-maîtres. Cet outrage porta le désespoir dans Fâme d'Anne d'Autriche ^^ et Mazarin se hâta de prendre les dernières mesures avec les chefs de la Fronde pour frapper le prince et sa cabale : il gagna Paul de Gondi par la promesse du chapeau de cardinal» Vendôme et Beaufort par celle de l'amirauté. Mme de Cheyreuse répondit du faible Gaston d'Orléaus.

Si Ton en croit les carnets de Mazarin *, il était temps que ce ministre en fîntt avec Gondé. Les gentilshommes dévoués à ce prince accouraient en foule à Paris^ et tout annonçait un mouvement formidable. Mazarin le prévint.

Le 18 janvier 1650, le prince de Gondé, son frère le prince de Conti, et son beau-frère le duc de Longueville, furent arrêtés au Louvre et transférés immédiatement à Vincennes. Ce coup d'État dispersa le parti des princes: les plus dévoués, et, entre autres, les ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld coururent aux armes et soulevèrent la Guieiine. Mme de Longueville, après avoir vainement tenté d'exciter une guerre civile en Normandie, s'enfuit à Stenai, où Turenne tenait le parti des princes. Giaire-Glémence de Maillé-Brezé , femme de Condé, se retira avec son iils, le duc d'Enghien, à

1. II s'agit probablement dans ce passage de Paul de Gondî, qui devint cardinal de Retz.

3. Voy. les Mémoires de Mme de MotteviUe à Tannée 1649^ et le Journal d'Olivier d'Ormesson, 1. 1, p. 780, note 3.

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