‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 134 sur 328 · CLAUDE DK SAINT-SIMON PENDANT LA FRONDE · texte numérisé non relu

CLAUDE DK SAINT-SIMON PENDANT LA FRONDE

Claude de Saint-Simon abandonne le parti des princes (1650). — Récit de Saint-Simon qui loue la fidélité de son père. — Erreur relative à Mme de Longueyille. — Lettre adressée à Claude de Saint-Simon' par la princesse de Condé pour le sommer de tenir sa parole et de recevoir son fils à Biaye. ^ Claude de Saint-Simon soutient qu'il n a rien promis de semblable. — Assertions contraires de Pierre Lenet et de la Rochefoucauld. — Claude de Saint-Simon accusé de trahison publie une apologie. — Résumé des erreurs commises dans les. mémoires de Saint-Simon en ce qui concerne le rôle de son père pendant la Fronde.

Glande de Saint-Simon, retranché dans sa forteresse de Blaye, oublia promptement les promesses qu'il avait faites au parti des princes. Il se conduisit en sujet fidèle et dévoué, si Ton en croit son fils; il trahit ses promesses, au dire de la Rochefoucauld et de Lenet. C'est une question qui mérite d'être examinée.

Commençons par le récit de Saint-Simon : il avoue que le parti des princes comptait sur son père * ; mais il se garde bien de parler des g^ges que Claude de Saint-Simon venait de leur donner, et que nous avons rappelés d'après les lettres mêmes de ce personnage. Puis il continue en ces termes :

« Les armées levées, mon père, sourd aux prières des princes, songea à se fortifier. Les messaf^es et les lettres redoublèrent inutilement : ni Tamitié ni l'honneur de Talliance si proche, ni le dépit amer contre la reine ne purenl rien obtenir. A bout d'aspérances, ils tentèrent les plus grandes avances du côté de l'Espagne. La graodesse et beaucoup d'établissements lui furent proposés directement de la part du roi d'Espagne, qui furent également rejetés. Enfin, un second message arriva de sa part à Blaye, muni de lettres de créance comme la première iois et d'une lettre de plus à mon père encore plus forte. Dès que le porteur se fut découvert à mon père, il jugea que c'était trop, et sur-le-champ il assembla son état-major et tous les officiers de sa garnison avec ce qui se trouva de ses amis du voisinage dans Blaye. Là, il leur présenta l'homme du roi d'Espagne, leur montra les lettres qu'il portait, que mon père' n'avait point voulu décacheter, exposa sa mission en sa présence, puis il lui dit que sans le respect qu'il voulait garder à une tête couronnée, frère de ta reine-mère, il le ferait jeter en ce moment même dans la Gironde avec un boulet auic pieds; mais qu'il eût à se retirer sur-le-champ avec ses lettres et ses propositions, qui ne tenteraient jamais un homme de bien, et qu'il rettnt bien pour en avertir où il appartenait, que si on se jouait encore à lui envoyer quelqu'un avec des commissions semblables, il ne ménagerait plus rien et le ferait jeter dans la rivière. Aussi n'y renvoya-t-on plus.

« Mais M. le Prince et tout son parti firent les hauts cris, et, ce qui est remarquable, jamais ni lui ni les siens ne l'ont pardonné à mon père, tant ils l'avaient belle s'ils eussent pu l'entraîner I Cependant mon père fit fondre force canon, pour remplacer celui que la cour lui demanda faute d'autre, mit cinq cents gentilshommes bien armés dans Blaye; habilla et paya la garnison, et fut dix-huit mois comme bloqué en cet état, sans avoir jamais rien .voulu prendre sur le pays. Aussi contracta-t-il de grandes dettes dont il a été incom-

mode toute sa vie, et dont je me sens encore S tandis que toutes celles que M. le Prince, M. de Bouillon et bien d'autres avaient faites contre le roi et l'État ont été très-bien payées, et encore plus par le roi mênr)e. »

Parmi les princes et les frondeurs qui accusèrent Claude de Saint-Simon d'avoir trahi le parti qu'il avait promis de défendre, il faut placer au premier rang le duc de la Rochefoucauld. Il prétend, dans ses mémoires, que Claude de Saint-Simon avait promis de recevoir dans sa forteresse le fils de Condé^ : < Lorsque les ducs de Bouillon et de là Rochefoucauld eurent fait ensemble le projet de la guerre de Guyenne, le duc de Saint-Simon, à qui ils en donnèrent aviSy offrit de recevoir M. le duc d*Enghien dans sa place; mais ce sentiment ne lui dura pas longtemps. > Claude de Saint-Simon vivait encore lorsque parurent les mémoires de la Rochefoucauld. • Mon père, dit Louis dQ Saint-Simon*, fut curieux d'y voir les affaires de son temps. Il y trouva qu'il avait promis à M. le Prince de se déclarer pour lui, qu'il lui avait manqué de parole et que le défaut d'avoir pu disposer de Blaye avait fait un tort extrême h son parti. L'attachement plus que très-grand de M. de la Rochefoucauld à Mme de Longueville n'est inconnu de personne. Cette princesse, étant à Bordeaux, avait fait tout ce qu'elle avait pu pour séduire mon père, par lettres; espérant mieux de ses gr&ces et de son éloquence, elle avait fait l'impossible pour obtenir de lui une entrevue, et demeura piquée à l'excès de n'avoir pu Tobteuir. M. de la Rochefoucauld, ruiné, en disgrâce profonde, ne pouvait oublier l'entière différence que Blaye, assurée ou contraire, avait mise au succès du parti, et le vengea, autant qu'il put, et Mme de Longueville, par ce narré.

1. Saint-Simoo dit cependant dans ses Mémoires (t. XVII, p. 198), qu'il avait été remboursé, en 1719, par Law des sommes dues à son père. Ces sommes s'élevaient, avec (es intérêts , à 676,000 livres.

t. fiditioQ Micbaudet Potûoulat, p. 137.

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