Mém. de SaiiU'Simony t. I, p
< Mon père sentit si vivement Tatrocité de la calomnie qu'il se jeta sur une plume et mit àr la marge : La%iUur en a memi. Non content de ce qu'il venait de faire, il s'en alla chez le libraire qu'il découvrit, parce que cet ouvrage ne se débitait pas publiquement dans cette première nouveauté. Il voulut voir ses exemplaires, pria, promit, menaça, et fit si bien qu'il se les fit montrer. Il prit aussitôt une plume et mit à tous la même note marginale. On peut juger de l'étonnement du libraire, et qu'il ne fut pas longt^^mps sans faire avertir M. de la Rochefoucauld de ce qui venait d'arriver à ses exemplaires. On peut croire aussi que ce dernier en fat outré. Cela Gt grand bruit alors, et mon père en fit plus que l'auteur ni ses amis. Il avait la vérité pour lui, et une vérité qui n'était encore ni oubliée ni vieillie. Les amis s'interposèrent, mon père voulait une satisfaction publique. La cour s'en mêla, et la faveur naissante du fils, avec les excuses et les compliments, firent recevoir pour telle celle que mon père s'était donnée sur les exemplaires et par ses discours. »
Nous laissons k Saint-Simon la responsabilité de cette anecdote, dont nous n'avons pas trouvé trace ailleurs. Mais il est un point de son récit que nous pouvons réfuter à l'aide de documents parfaitement authentiques : c'est ce qu'il dit de Mme de Longueville. Cette princesse, après l'arrestation de son firère, s'était réfugiée en Normandie et non à Bor* deaux. Elle se rendit de Normandie à Stenai, près de Turenne, et elle y resta jusqu'à la délivrance des princes, en 1651. Ce fut la femme de Côndé, Glaire-Clémence de MailléBrézé, qui amena son fils, le duc d'Enghien, de Chan«> tilly à Montrond (Cher), puis à Turenne où s'était retiré le duc de Bouillon. Ce fut de là qu'elle écrivit à Claude de Saint-Simon, retiré à Blaye, la lettre suivante :
< Monsieur mon cousin,
« Quelque impatience que j*aie de vous voir, je vous confesse que ma lassitude est telle que je n'ai pu m*empécher
de me reposer un jour en ce lieu. M. de Filzjean' vous dira Tétat auquel toutes choses y sont; en attendant que je puisse m'en entretenir avec vous, aussi bien que sur tous nos desseins sur lesquels je ne résoudrai rien qu'après vous avoir vu. Aussi ne Us ai-je commencés que par vos conseils y et je voits avoue que, SANS LA PAROLE que vous nous avez donnée de fne recevoir avec mon fils dans votre place^ je croîs que j'aurais plutôt risqué de me laisser assiéger dçins Montrond * que d'en sortir. Vous pouvez croire, mon cher cousin, que je ressens, comme je dois, toutes les obligations que nous avons à toute votre famille, et que je serai toute ma vie plus que personne du monde,
f Monsieur mon cher cousin,
< Votre plus humble servante et cousine,
< GLAIRE-GLéMBNCE DE MaILLÉ.
« A Torenne, ce 6 mai 1650*. >
La princesse de Condé sommait ainsi positivement Claude de Saint-Simon de tenir la parole qu'U avait donnée. Pierre Lenet, qui était un des confidents du prince de Condé, déclare également que la princesse douairière de Condé était persuadée que le duc de Saint-Simon était du parti des princes^ Il raconte que le duc de la Rochefoucauld avait entretenu un grand commerce avec le duc de Saint-Simon par rintermédiaire de Tévéque d'Angoulérce et du chevalier de Todias, gentilhomme de cœur et de mérite, serviteur dévoué du prince de Condé ^ Lorsque la jeune princesse de Condé se décida à se retirer è Montrond, elle dit
1. Ge serviteur dévoué de la maison de Gondé joue un rôle important dans les Mémoires de Pierre Lenet, •2. La princesse écrit Mouron suivant Tusage du temps.
3. Cette lettre a été imprimée dans les Mémoires de Lenet (édit. Michaud et Poujoulat. p. 266). L'original se trouve dans les papiers de Mazarin, et présente quelques différences avec l'imprimé. J'ai suivi le texte original.