Mémoires de Ltaei, ôdit Michaud et Poujoulat, p
regretter de ce que la duchesse de Saint-SimoD; toute-pim* santé sur son mari, et très-passionnée pour la maison dn prince de Gondé, n'était pas à Blaye avec lui. C'est une dame de mérite et de conduite, belle, et d'un esprit doux et agréable, et qui aurait détourné les négociations du comte 4è la Yauguyon^ que nous sûmes depuis avoir diverti le duc son mari des bonnes intentions qu'il avait pour nous, aussi bien que Tétonnement que lui causa la perte de Bellesgarde ^ n fallait peu pour changer un esprit de la qualité du sieiL »
A la nouvelle du refus que' la princesse de Ciondé tenait d'essuyer de la part du duc de Saint-Simon, les princes et leurs partisans éclatèrent et accusèrent le gouverneur de Blaye de trahison et de perfidie. Il est bien difficile aujour* d'hui d'apprécier la vérité de ces accusations. Un historien moderne, qui se distingue par la sagacité et la finesse de sa critique, M. Bazin, a adopté le récit de la Rochefoucauld et tie Lenet, et croit que Saint-Simon, après avoir d'abord montré beaucoup de zèle pour le parti des princes, changea lorsqu'il crut que la victoire resterait à la cour'. Ce qui est isertain, c'est que la clameur flit si forte que Claude de Saini- Simon crut devoir répondre par la lettre suivante qu'il adressa à son ami Léon le Bouthillier, comte de Chavigny :
«Je vous envoie, lui écrit-il, une lettre de Mme la Princesse qui vous surprendra autant que moi et qui ne vous mettra pas moins en colère que je le suis. Jugez si c'est avec raison que je suis indigné contre des gens qui me veulent faire passer pour brouillon et pour un homme sans parole. C'est une lettre tout artificieuse qu'ils ont composée exprès pour
1. Ce comte de la Vauguyon est probablement celui dont Saint-Simon a raconté la fin tragique dans ses Mëmoirei (t. I, p. 111 et suiv.) : « La Vauguyon était un des plus petits et des plus pauvres gentilshommes de France, etc. »
2. La ville de Bellegarde ou Seurre (Côte-d'Or) , se rendit le 21 avril 1650.
3. Hiatoirdde France tout le minittérè de MaMorin, édit. de 1846, t. IV, p. 119.
me pousser à cette extrémité; mais ils ont trouvé leur homme. Cette jeune princesse fait tout ce qu'on lui dit sans considération. Ces mêmes conseillers, qui l'ont fait sortir cruellement de Hontrond, ont été les auteurs aussi de cette lettre.
« Je trois avoir cette obligation à HH. de la Rochefoucauld et de Bouillon, enragés contre moi de ce que je n'ai pas voulu entrer dans leur parti, et encore davantage du relus que j'ai fait de prendre cet argent* et du vacarme que j'en fis. Je pouvais assurément faire beaucoup ; mais il n*y a per^ .sonne qui puisse dire que j'aie jamais promis, de bouche ni par écrit, d'entrer dans ce parti.
< Mon refus formel de me trouver en leur assemblée ni d'y envoyer personne de ma part, leur a dû persuader, il y a longtemps, avec Due infinité d'autres choses, que je n'étais pas dans ces sentiments. Aussi il y a plus de trois semaines que M. de la Rochefoucauld a dit à un gentilhomme qu'il voyait bien qu'il ne fallait rien espérer de moi, et lesQcrér taire de M. de Bouillon a dit, à Bordeaux, depuis douze jours la même chose, ajoutant que Blaye était plus mazarm que k bois de Yincennes', artifice malin pour me décrédir ter; et je me tiens fort pour dit que j'aurai ces bons messieurs et le parti pour mes plus grands ennemis. Je leur rendrai fort la pareille en gardant les mesures qu'il faut.
« Je plains infiniinent cette jeune princesse d'avoir suivi un si pernicieux conseil, et encore davantage ce jeune prince innocent d'être entre les mains de tels gens, qui ne travaillent assurément que pour leurs intérêts; et le parti ae doit nommer celui de M. de Bouillon*.
t. n 8'a£^t probablement y dans ce passage, des offres laites par le roi d'Espagne.
2. C'était le cardinal Hazarin qui avait alors le gouvernement de Vincennes.
3. Las Mémoira de Saint-Si$non prouvent surabondamment qu'il avait hérité de la haine de son père contre la maison de Bouillon.
262 EXAMEN CRlI^IQUE
« Je suis persuadé, il y à fort longtemps, aussi bien que vous, que la voie de la guerre est fort difficile et incertaine ; qu'elle est injuste. J*ai toujours parlé de la sorte, et je crois fortement que ce n^est ni le goût ni Thumeur de M. le Prince. Les discours que nous lui avons entendu faire et les sentiments qu'il a témoignés sur le sujet du siège de Paris en sont des marques assurées. Pourquoi doue ces messieurs font-ils ce bruit, par lequel ils ne sauraient rien espérer de bon pour les retenus *î Ce n'est donc que pour leur intérêt, et cela se verra avec le temps.
« Ils ont trompé cette jeune princesse pour la faire sortir de Montrond, en lui faisant espérer mille belles choses; mais ce n'a été que pour s'en rendre les inattres et en être plus considérables par le moyen du petit prince. Ils savaient fort bien, dès ce temps-là, qu'il n'y avait rien à faire avec moi contre le service du roi. Je ne sais ce qu'ils peuvent espérer en l'état où je les vois. Ils pourront bien se résoudre à sortir du royaume ; nous verrons en peu de temps ce que cette affaire pourra devenir. Ils me chargent de tout; mais au bout du compte leur artifice se connaît de tous, à leur confusion.
« Cette lettre est toute maligne; elle est faite à diverses fins : premièrement, ils m'ont voulu pousser à bout par le refus formel, et comme ils ont engagé la plupart de leurs amis sur les assurances qu'ils donnaient que j'étais de leur parti et que Bordeaux en serait par mon moyen, aujourd'hui voyant leur fourbe prête à éclater, ils la veulent couvrir par cette ruse, et me faire passer pour le trompeur; mais ce ne sont que les niais et les mal instruits qui donneront dans ce panneau.
c Une infinité de choses détruit leur intention ' : tous mes