‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 139 sur 328 · Pour les princes prisonniers Condé, Conti et Longaeville · texte numérisé non relu

Pour les princes prisonniers Condé, Conti et Longaeville

2. n y a intetuion dans le manuscrit, qui n'est pas une copie. Il faudrait peut-être lire invention.

discours et mes démarches ont bien fait voir que je n'avais nul dessein, d'entrer dans cette guerre. Si j'avais eu cette pensée, je n'aurais pas laissé passer la foire de mars, qui a été grande et opulente, sans y prendre de l'argent, ce que je pouvais faire à suffisance pour me mettre en état.

« J'aurais f tit travailler incessamment à ma place pour la rendre bonne de tout point, et l'on n'y a pas donné \m seul coup de pic. J'aurais assuré ^ mes amis et des gens de guerre, et il ne se trouve point que j'aie employa personne pour cela, que j'aie écrit des lettres autrement qu'en réponse, et lorsque des amis ont envoyé vers moi ou se sont eux-mêmes venus offrir, j'ai reçu les bonnes volontés avec le soin qu'il fallait et pas plus.

< Depuis la prison de M. le Prince, je n'ai eu nulle sorte de commerce avec M, Bouillon, ni directement ni indirecte^ ment, non pas même de recommandations.

« Pour M. de la Rochefoucauld, il a fait beaucoup de sortes de diligences vers moi ; mais de ma part, il n'en a jamais reçu aucune, ni par billet, ni par envoyé. Le chevalier de Todias a été celui qu'il a employé, et* le Cambon, qu'il dépécha environ le 24 d'avril dernier, auxquels je fis entendre si nettement mes instructions qu*ils n'en ont pas pu douter.

< Pendant qu'on n'a parlé que de plaindre M. le Prince, que de chercher des moyens pour contribuer à sa liberté, j'ai écouté, mais quand on a parlé de guerre,.j'ai rejeté cette pensée comme injuste et mal propre à produire TefTet désiré; et du moment qu'on m'a fait sentir les Espagnols par les propositions faites, j'ai témoigné mon horreur contre telles pensées, et éclaté comme j'y étais obligé pour im sujet si étr&nge. Ils m'ont, par cette proposition espagnole et par

1. Vieille ioeution qu'on a remplacée par je me serais assuré,

2. Cette tournure et au lieu de ainsi que se retrouve très-souvent dans les Mémoires de Saint'Sinum*

cette lettre, poussé à l'extrémité, croyant par l'une et par l'autre xn'embarquer ou me faire servir d'excuse pour se dég^igersur moi.

< Il y a grande apparence que ces gens-là ne pensent qu'à un accommodement. Dans peu de jours on verra le train que leurs affaires prendront. Je suis outré de colère contre eux.

c Le sieur de Filqean, porteur de la lettre, me poussa fort pour la réception désirée. Je lui répondis avec franchise et [avec] le respect dû aux personnes de la part desquelles i^ parlait, et me disait : Si Mme la Princesse étaU iàrbasj que feriez-vous? Je lui répondis qu'en ce cas elle serait reçue avec toute l'honnêteté qu'il me serait possible et M. son fils» mais sans autre suite que de dix personnes pour les servir, et qu'aussitôt je dépécherais à la cour pour en donner avis ; que j'offrais à Mme la Princesse mon entremise à la cour . pour faire en sorte qu'elle pût retourner à Montrond, ou aller à Nérac, ou autres lieux qui lui seront agréables; que c'était à mon sens le meilleur conseil qu'on lui pouvait donner que de prendre cette résolution, et que c'était aussi tout le service que je lui pouvais offrir en l'état des choses^ ajoutant que ce n'était point le bien de M. le Prince ni son sentiment que porter les affaires à l'extrémité ; que la vole de la guerre était fort périlleuse pour sa personne et pour ^ maison.

c Je répétai, plusieurs fois que le conseil qu'on avait donné k Mme la Princesse de sortir de Montrond était pernicieux^ et que ce n'était que pour rintérét de MM. de Bouillon et de la Rocheroucauld, que M. le duc d'Engbien était entre leurs mains, que le temps ferait paraître la vérité de toutes choses. J'ai dit aussi plusieurs raisons pour cela, et soutenu qu'on n'en pouvait alléguer une seule valable d'avoir fait sortir Mme la Princesse de Montrond, qui est une place excellente, bien pourvue de tout, où elle était avec M. son fils en toute sûreté et liberté; que, pour moi.

j*a¥aifi été fortement opposé ih cette pensée dès le moment qu'elle était Tenue à ma connaissance; que Ghapiseau et le chevalier de Todias en sont mes lémoins, et de mauvais serviteurs s'ils ont manqué à le dire, car ils m'en ont paru persuadés.

« Je dis encore audit sieur de Filqean que tous ceux qui disaient que j'avais conseillé à Mme la Princesse de quitter Montrond et promis de la recevoir dans Blaye avaient menti» et ajoutai que si elle y était, MM. de Bouillon et de la Rochefoucauld ne seraient pas bien inspirés d'y venir, parce qu'il n'y aurait point de sûreté pour eux ; que s'ils s'approchaient de mon gouvernement avec des troupes je prendrais les armes contre eux, et tout cela fort nettement; que j'étais obligé et résolu de servir le roi. Je lui dis encore que, si Mme la Princesse venait ici, il pourrait m'arriver un grand inconvénient, le roi pouvant m'envoyer un ordre pour l'arrêter; qu'en ce cas je serais dans une grande extrémité; que Leurs Majestés étaient en volonté de venir en Guyenne, et que rien ne pouvait résister à leur présence.

« n m'avoua franchement "qu'on savait bien à Turenne devant qu'il en partit mon procédé à l'égard des Espagnols, et je lui dis : Pourquoi donc êtes-vous venu avec cette lettre? car mon action faisait assez ma déclaration publique. Il se mit à sourire, et moi à témoigner mon ressentiment de cet artifice, plaignant cette princesse d'être ainsi abusée par des gens intéressés.

< Tout ce que Mme la Princesse fera ou dira pendant qu'elle sera comme elle est, doit être pris coaime venant d^eux et non de son mouvement. La raison qui m'y a fait envoyer un gentilhomme est afin qu'il me puisse assurer qu'elle aura reçu ma lettre, et qu'il lui dise les choses que j'ai chargé le sieur Filzjean de lui rapporter, à ce qu'elle n'en puisse prétendre cause d'ignorance. Il a ordre aussi de dire que tous ceux qui soutiennent que j'ai conseillé à Mme la Princesse de sortir de Montrond et promis de la recevoir à

Élaye en ont menti. Je Tai chargé d'ofirir à Mme la Princesse mon entremise à la cour.

c Les frondeurs de Bordeaux condamnent ma conduite; mais le plus grand nombre des habitants Tapproùye beaucoup. Le marquis de Lusignan me presse et murmure contre moi dé toute sa force. Il dit que Blaye est plus mazarin que le bois de Vincennes; que j'avais promis de recevoir Taisent d'Espagne; mais tout cela c'est pour tâcher de se mettre à couvert de la trahison qu'il a voulu faire et d'attraper cet argent venu sur>a parole. »

Claude de Saint-Simon joignit à son mémoire apologétique la pièce suivante, dont l'auteur, nommé Savignac, avait été en relation avec le chevalier de Todias :

« Je me souviens fort bien qu'environ le S8 d'avril dernier je suis parti de Blaye par l'ordre de M. le duc de Saiat- Simon pour aller parler à M. le chevalier de Todias, qci était à la Rochefoucauld, auquel ayant donné rendez- vous à une lieue de là, je lui ai dit de la part de mondit sieur que, sur l'avis qu'il avait reçu qu'on voulait obliger Mme la Princesse de se retirer en Guyenne et d'y emmener M. le duc d'Enghien, il avait jugé à propos de l'avertir qu'il devait dépécher vers elle ou y aller lui-même pour la dissuader de ce dessein, estimant qu'elle ne pouvait trouver dans le royaume aucun endroit plus assuré que le château de Mont* roqd où elle était par le consentement de la reine et en toute sûreté ; que ceux qui lui conseillaient d'en partir agissaient sans doute par leur intérêt et non par affection pour le bien des princes ; que ce n'était pas le moyen de procurer leur liberté, et que la voie de la guerre n'était nullement bonne pour cela; que déjà la cour était avertie de ce dessein et qu'il venait de recevoir une lettre du roi portée par un courrier exprès, qui lui défendait de lui donner retraite dans Blaye, sous quelque prétexte que ce soit; qu'ainsi elle ne

devait pas avoir la pensée d'aller de ce côté ; qu'il priait M. le chevalier de Todias de faire tous des efforts pour empêcher cette résolution pour l'intérêt du service de M. le Prince et pour sa satisfaction particulière. Ledit sieur chevalier me promit de ménager cette affaire de sorte que mondit sieur en aurait contentement, qu'il y travaillerait de tout son pouvoir. Après quoi nous nous sommes séparés, et je m^assure que M. le chetalier de Todias est trop homme d'Iionneur pour n'en pas convenir, et parce que tout ce que j'ai écrit ci-dessus est véritable, je l'ai voulu signer.

« Signé : Savignac. »

« A Blaye, ce 19 mai 1650. »

Tout n'est pas vrai dans la lettre du duc de Saint-Simon, et en la comparant aux mémoires de Lenet on voit que l'apologie est loin d'être décisive. D'ailleurs elle ne détruit pas les reproches que nous avons adressés à l'auteur des mémoires. H a afGrmé à tort que son père était resté étranger à la Fronde : nous avons cité des lettres autographes qui prouvent qu'au contraire Claude de Saint-Simon s'était fortement engagé dans le parti des princes, et avait espéré élever Ghavigny sur les ruines de Mazarin. AUa-t-ii jusqu'à promettre un asile à Blaye au prince de Gondé et & sa famille? Les partisans des princes l'affirment; Claude de Saint-Simon le nie. Nous restons dans le doute sur ce point : il est probable qu'il fit une de ces promesses vagues, que ehaque parti interprète d'après ses intérêts. Mais ce qui parati une erreur volontaire de l'auteur des mémoires, c'est le rAIe qu'il fait jouer à Mme de Longueville et la substitution de cette princesse à Claire-Clémence de MaiUé-Brézé. Il a voulu par là présenter Tassertion de la Rochefoucauld comme ane vengeance de la conduite que Claude de Saint-Simon avait tenue envers Mme de Longueville, et il n'a pas oublié d'qouter que tout le monde connaissait la passion de la Rochefoucauld pour cette princesse. Le désir de décrier un en*

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tseitii de son père Inî a bit oublier que Mme de LongueTîIle était alors loin de Bordeaux et n'avait pu prendre aucune part à cette affaire.

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