‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 14 sur 328 · Mémoires, t. III, p. 364. — 6. Itnd., p · texte numérisé non relu

Mémoires, t. III, p. 364. — 6. Itnd., p

ans continua à résider à Versailles^ et à y vivre dans la servitude dorée des grands seigneurs honorés de la. faveur du roi.

Pour comprendre l'existence du courtisan au milieu des splendeurs de Versailles, il faut relire le chapitre de la Bruyère intitulé : De la cowr..lA journée de tous ces satellites du grand roi était réglée comme celle du prince lui-même . Les seigneurs qui avaient les entrées privilégiées, comme les ducs et pairs, se pressaient au lever du roi et s'efforçaient d'obtenir un de ses regards. «Mille gens à peine connus, dit la Bruyère, font la foule au lever du roi pour être vus du prince, qui n'en saurait voir mille à la fois; et s'il ne voit aujourd'hui que ceux qu'il vit hier et qu'il verra demain, combien de malheureux I » Venait ensuite ïa messe du roi où les courtisans tenaient à se faire voir comme au lever. « Les grands de la nation, di^ la Bruyère dans le même chapitre, s'assemblent tous les jours, à une certaine heure, dans un temple qu'ils nomment église. Il y a, au fond de ce temple, un autel consacré à leur dieu, où un prêtre célèbre les mystères qu'il appelle saints, sacrés et redoutables Les grands forment un vaste cercle au pied de cet autel, et paraissent debout le dos tourné directement aux prêtres et aux saints mystères et les faces élevées vers leur roi, que Ton voit à genoux sur une tribune, et à qui ils semblent avoir tout l'esprit et tout le cœur appliqués. On ne laisse pas de voir dans cet usage une espèce de subordination; car ce peuple parait adorer le prince et le prince adorer Dieu. »

Une anecdote racontée par Saint-Simon prouve que beaucoup de dames de la cour réservaient leur piraté pour le moment où le roi pouvait en être témoin, t Brissac, dit-il % fit un étrange tour aux dames. C'était un homme droit, qui ne pouvait souffrir le faux. Il voyait avec impatience toutes les tribunes bordées de dames l'hiver, au salut, les jeudis

1 . Tome VI, p. 205. Brissac était major des gardes du corps.

et les dimanches, où le roi ne manquait gofere d'assister, et presque aucune ne s'y trouvait quand on savait de bonne heure qu'il n'y viendrait pas ; et sous prétexte de lire dans leurs heures, elles avaient toutes de petites bougies devant eUes pour les- faire connaître et remarquer. Un soir que le roi devait aller au salut, et qu*on faisait à la chapelle la prière de tous les soirs qui était suivie du salut, quand il y en avait, tous les gardes postés et toutes les dames placées, arrive le major vers la fin de la prière, qui, paraissant à la tribune vide du roi, lève son bâton et crie tout haut : c Gardes du roi, retirez-vous, rentrez dans vos salles« le roi ne viendra pas. » Aussitôt les gardes obéissent ; murmures tout bas entre les femmes; les petites bougies s'éteignent, et les voilà toutes parties, excepté la duchesse de Guiche, Mme de Dangeau et une ou deux autres qui demeurèrent. Brissac avait posté des brigadiers aux dé* bouchés de la chapelle pour arrêter les gardes, qui leur firent reprendre leurs postes sitôt que les dames furent assez loin pour ne pouvoir pas s'en douter. Là-dessus arrive le roi, qui, bien étooné de ne point voir de dames remplir les tribunes, demanda par quelle aventure il n'y avait personne^ Au sortir du salut, Brissac lui conta ce qu'il avait fait, non sans s'espacer sur la piété des dames de la cour. Le roi en rit beaucoup, et tout ce qui t'accompagnait. L'histoire s'en répandit incontinent après; tontes ces femmes auraient voulu l'étrangler. »

Après la messe, le roi passait dans ses cabinets, où l'attendaient les secrétaires d'Ëtat et les membres du conseil d'en haut. Le courtisan restait dans les aotichambres pendant que les affaires sérieuses se traitaient entre le roi et quel* ques plébéiens, successeurs des Colbert et des Louvois. Torcy, Pontchartrain , Ghamill'ard, La Vrillière portaient alors le poids du gouvernement, et, à Texceplion de Torcy, en étalent écrasés. Le duc de Beauvilliers, comme chef du conseil des finances, travaillait aussi avec le roi. Enfin le duc

de Chevreuse était consulté sur les affaires d'État, mais sans avoir patente de ministre.

A l'entrée ou à la sortie des conseilfi, le roi donnait des audiences rapides, et c'était le moment que saisissaient les courtisans pour lui demander quelque grâce. lis assistaient ensuite au dtner, où le roi était servi par les gentilshommes de la chambre et les ofSciers de sa maison.

La promenade dans les jardins et les parcs de Versailles, quelquefois la chasse, occupaient une partie de la journée. Les privilégiés faisaient cortège au roi lorsqu'il parcourait les jardins. Saint-Simon était du nombre, et il à retracé plus d'une scène caractéristique qui se passa dans ces promenades. Les exemples abondent; je. n'en citerai que deux des plus frappants. Au moment de la mort de Louvois, la cour, fatiguée de la hauteur de ce ministre, éprouva un sentiment de joie, et le roi le partagea. « Quoique je n'eusse guère que quinze ans, dit Saint-Simon*, je voulais voir la contenance du roi à un événement de cette qualité. J'allai l'attendre et le suivis toute sa promenade. Il me parut avec sa majesté accoutumée, mais avec je ne sais quoi de leste et de délivré qui me surprit assez pour en parler après. Je remarquai encore qu'au lieu d'aller voir ses fontaines et de diversifier sa promenade, comme il faisait toujours dans se3 jardins*, il ne fit qu'aller et venir le long de la balustrade de l'orangerie, d'où il voyait, en revenant vers le château, le logement de la surintendance où Louvnis venait de mourir, et vers lequel il regarda sans cesse toutes les fois qu'il revenait vers le château. Jamais le nom de Louvois ne fut prononcé, ni pas un mot de cette mort si surprenante et si soudaine, qu'à l'arrivée d'un officier que le roi d'Angleterre envoya de Saint-Germain, qui vint trouver le roi sur cette terrasse et qui lui fit de sa part un compliment sur cette

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