Mém. de SaifU-Simcn, t. XII, p. 386, 387 et suiv
l'hôtel de Soissons que Louis XIV prit ce grand air dont parle Saint-Simon. Il était naturel au roi, et fut développé par un sentiment profond de sa dignité et de sa mission. L'influence de la société d'Olympe Mancini en aurait plutôt fait un prince semblable au régent^ sans autre règle que ses passions, et sacrifiant le décorum à ses plaisirs. Ce qui est certain, c'est que l'hôtel da Soissons, de concert avec le surintendant Fouquet, ne négligea rien pour enivrer un roi de vingt-trois ans, l'endormir dans les voluptés et régner sous son nom. Nous en trouvons la preuve dans des lettres intimes de cette époque. Une des femmes vendues au surintendant lui écrivait : • J'ai vu Mlle du Fouilloux^ qui m'a dit que mardi le roi s'enferma avec Madame % Mme la Comtesse (Olympe Mancini), Mme de Valentinois^ et les filles de Madame, et ne voulut qu'aucun homme ni d'autre personne y fût. Elle me dit qu'ils firent cent folies , le roi lui parla et lui témoigna mille bontés. Elle vous assure que ce ne sera rien que La Vallière, et que tout le tendre va à Madame. Elle m'a dit que le roi a la dernière confiance en Mme la Comtesse, et qu'il lui dit les choses les plus particulières, même touchant les deux reines; qu'il n'y a que deux jours l'on parla fort de vous au roi, lui en disant cent biens, et elle a ajouté que ce ne fut pas elle qui en dit le moins*. »
Olympe Mancini et les femmes qui composaient sa cour virent avec dépit Louis XIV échapper aux pièges qu'elles lui tendaient et où elles croyaient le retenir. Elles s'efforcèrent de combattre son amour naissant pour Mlle de La Vallière et se servirent à cet effet d'une des filles de la reine, célèbre par sa beauté, Mlle de La Mothe, dont Saint-Simon parle en
1. MUe du Fouilloux, fille d'honneur de la reine, devint plus tard Mmed'Alluye. Saint-Simon en parle. (T. XVII, p. 471-472).