Mém. de Saint-Simon, t. VI, p. 442-443. — 7. Charles II
fort OUÏ parler d'elle, et à qui les avis plçuy^Lieot depuis quelque temps qu'on voulait empoisonner la reine, eut toutes les peines du monde à y consentir. II permit à la fin que la comtesse de Soissons vint quelquefois les après-dlnées chez la reine par un escalier dérobé, et elle la voyait seule et avec le roi. Les visites redoublèrent, et toujours avec répugnance de la part du roi. Il avait demandé en grAce à la reine de ue jamais goûter de rien qu'il n'en eût bu ou mangé le premier, parce qu'il savait bien qu'on ne le voulait pas empoisonner. 11 faisait chaud, le lait est fort rare à Madrid, la reine en désira, et la comtesse, qui avait peu à peu usurpé les moments de tête à tête avec elle, lui en vanta d'excellent qu elle promit de lui apporter à la glacé. On prétend qu'il fut préparé chez le comte de Mansfeld. La comtesse de Soissons l'apporta à la reine, qui l'avala et mourut peu de temps après, comme Madame S sa mère. La comtesse de Soissons n'en attendit pas l'issue et avait donné ordre à sa fuite. Elle ne s'amusa guère au palais après avoir vu avaler ce lait à la reine ; elle revint chez elle, où ses paquets étaient faits, et s'enfuit en Allemagne. »
Le récit de Saint-Simon est tellement circonstancié et positif; qu'il semble difficile d'en contester la vérité. Cependant remarquons qu'il ne cite aucun témoignage à l'appui, et que les contemporains qui parlent de l'empoisonnement de la reine d'Espagne ne disent pas un mot de la comtesse de Soissons. Mme de Sévigné se borne à une mention rapide de la nouvelle dans une lettre du 21 février 1689 : < Le roi apprit la mort de la jeune reine d'Espagne, en deux jours, avec de grands vomissements. » Elle y revient dans sa lettre du 23 février : < Cette pauvre reine d'Espagne, plus Agée d'un an que sa mère, est morte comme elle d'une étrange manière :
l. Heoriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans, que Saint-Simon prétend avoir été empoisonnée. On verra plus loin que cette opinion n'est pas fondée. La phrase de Saint-Simon doit être écrite et ponctuée, comme le porte notre texte, et non comme dans la plupart des éditions : Mme $a mère.
elle tomba, le 10 de ce mois, dans des vomissements si extrêmes et si violents, que nul remède n'a pu la secourir. > Dangeau se borne également à mentionner la mort de la reine d*EspagneS sans faire parler Louis XIV, comme on Ta prétendu *, avec une légèreté qui n'était pas dans le caractère du roi. D'après Mme de La Fayette, la reine fut empoisonnée dans une lasse de chocolat '. La princesse palatine, duchesse douairière d'Orléans, raconte que ce fut dans des huttres \ Au milieu de cette diversité d'opinions, on ne trouve nulle part le nom de la comtesse de Soissons. Ainsi, Taccusation de Saint-Simon contre Olympe Mancini ne repose sur aucun témoignage positif et n'est confirmée par aucun des contemporains.
Jusqu'ici, il y aurait lieu de douter de la véracité des faits que Saint-Simon raconte avec tant d'assurance. Mais, ce qui est décisif contre lui, c'est le témoignage de M. de Rébenac, ambassadeur de France en Espagne, dont les dépêches ont été publiées récemment ^ Rébenac connaissait la comtesse de Soissons; il en parle à plusieurs reprises, et raconte que le roi d'Espagne croyait qu'elle lui avait jeté un charme pour l'empêcher d'avoir des enfants. Elle fut obligée de quitter l'Espagne par suite des soupçons qu'avait conçus Charles IL Elle était déjà hors du royaume à l'époque de la mort de la reine. Rébenac, qui croit que cette princesse fut empoisonnée, indique ceux qu'il regarde comme les auteurs du crime. Ce sont le comte d'Oropesa, don Emmanuel de Lira et la duchesse d'Albuquerque. Jamais il ne cite la comtesse de Soissons comme leur complice.
Enfin, Saint-Simon dit que la comtesse de Soissons retourna^en Flandre, puis à Bruxelles, et qu'elle < y passa le