‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 174 sur 328 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

CARACTÂRE DE LOUIS XIY.

Caractère de Louis XIY d'après Saint-Simon. — Qualités extérieure: beauté, grâce, dignité ; prix qu'il savait mettre à ses bienfaits et à ses moindres paroles : sa politesse ; sa galanterie majestueuse ; son adresse à tous les exercices ; régularité extérieure de la vie du roi. ~ Qualités morales : secret ; amour de la vérité et de la justice. —Sa fermeté et sa grandeur dans les adversités.— Omissions indiquées. — Critiques injustes de Saint-Simon : Louis XIY n'a pas écarté systématiquement les hommes d'un esprit supérieur.— Saint-Simon l'accuse d'avoir manqué de courage en deux occasioos principales; examen de cette accusation. — Orgueil de Louis XIY. — Goût de la magnificence. — Saint-Simon accuse le roi d'égolsme et de dureté à l'égard de ses enfants. — Examen de cette assertion.

La seconde et la troisième partie*de Thistoire de Louis XIV sont remplies par ce prince, par sa gloire et par ses succès, comme par ses fautes et pa^ ses malheurs. Saint-Simon n'avait pas vu le roi dans le premier éclat de son règne; mais il l'a étudié dans la dernière partie de sa vie^ et il a souvent conversé avec des personnages qui avaient assisté aux débuts de son gouvernement personnel. Après avoir raconté la mort de Louis XIY, il revient sur l'ensemble de son règne, sur les qualités et les défauts du prince, sur les ministres et

les généraux qui ont été les instruments de sa grandeur. On peat donc ici le considérer réellement comme historien de Louis XIY, et lui demander plus d'exactitude et de précision . Interrogeons-le d'abord sur le caractère du prince.

Personne n*a mieux peint que Saint-Simon ^ la dignité extérieure de Louis XIY : ^ Sa taille, son port, les grâces, la beauté et la grande mine qui succéda h la beauté, jusqu'au son de sa voix et à l'adresse et la grâce naturelle et majestueuse de toute sa personne, le faisaient distinguer jusqu'à sa niort, comme le roi des abeilles, et s'il ne fût né que particulier, il aurait eu également le talent des fêtes, des plaisirs, de la galanterie et de faire les plus grands désordres d'amour. • Et plus loin : < L'ancienne cour de la reine sa mère, qui excellait à la savoir tenir, lui avait imprimé une politesse distinguée, une gravité jusque dans l'air de galan* lerie, une dignité, une majesté partout, qu'il sut maintenir toute sa vie. >

< Jamais personne* ne donna de meilleure grâce et n'augmenta tant par là le prix, de ses bienfaits. Jamais personne ne vendit mieux ses paroles, son souris même, jusqu'à ses regards. Il rendit tout précieux par le choix et la majesté, à qui la rareté et la brièveté de ses paroles ajoutait beaucoup. S'il les adressait à quelqu'un, ou de question, ou de choses iodiflérentes, toute l'assistance le regardait; c'était une distinction dont on s'entretenait et qui rendit toujours une sorte de considération. Il en était de même de toutes les attentions et les distinctions, et des préférences qu'il donnait dans leurs proportions. Jamais il ne lui échappa de dire rien de désobligeant à personne; et s'il avait à reprendre, à réprimander ou à corriger, ce qui était fort rare, c'était toujours avec un air plus ou moins débouté, presque jamais avec sécheresse, jamais avec colère ; quelquefois avec un air de sévérité. »

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