‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 186 sur 328 · Mémoires de la Fare, édit. Michaud et Poujoulat, p · texte numérisé non relu

Mémoires de la Fare, édit. Michaud et Poujoulat, p

2. T. I, p. 234. Les mémoires de Saint-Hilaire, sur lesquels nous reviendrons, n'ont pas été imprimés dans les collections. La seule édition que je connaisse est celle de 1776 (Amsterdam, 4 vol. in-12).

adressée à Bussy, du camp d'Urtebise prèsYaleDciennes, par )a Rivière , un des officiers de rarmée du roi * : c Après que Condé se fut rendu , le roi s*approcha de Bouchain avec son armée, pour ôter aux ennemis les moyens de secourir cette place, que Monsieur avait assiégée ; mais ayant su j par ses partis, que Tarm/e ennemie^qui était à trois lieues, était dé-* campée, sans qu'on eût pu savoir la route qu'elle avait prise, Sa Majesté se doutant bien que les ennemis lui avaient dérobé cette marche pour aller passer l'Escaut bien loin de lui et ▼enir ensuite tomber sur quelque quartier de l'armée de Monsieur, fit sonner à cheval à minuit et marcha une demiheure après. Gomme il avait pris le chemin le plus court» il passa l'Escaut avant les ennemis, et il alla camper à l'abbaye de la Vicongne. Le lendemain , à la pointe du jour, on vit paraître, sur une hauteur qui règne depuis les bois de cette abbaye jusqu'à Valenciennes, quelques troupes de cavalerie qui,à mesure qu'elles descendaient à mi-côte, se formaient en escadron. Sur les huit heures du matin, le roi ne douta plus que ce ne fût la tète de l'armée ennemie. Dès que Sa Majesté eût vu leur première ligne en bataille, il crut qu'ils la lui voulaient donner, et il ne balança pas à vouloir faire la moitié du chemin. Cette résoliuion redoubla sa bonne mine et sa fierté; il me parut^ comme vous le dites, Monsieur, dans un éloge que j'ai vu de lui chez vous, aimable et terrible. Il aimit Pair gracieux et les yeux mena- (onts.

< Après avoir mis lui-même son armée en bataille sur deux lignes, il envoya ses chevaux de main et sa cuirasse au premier escadron des gardes du corps, qu'il avait mis à l'avant-garde, résolut de combattre à leur tète , et ensuite il proposa au maréchal de Schomberg son dessein d'aller aux ennemis, croyant leur défaite indubitable, mais il ajouta que, comme il n'avait pas tant d'expérience que lui, il voulait

1. Corresjxmdanee de Butsy-RàbtUin (édit. L. Laltnne), t. III, p. 157.

avoir son approbation. Le maréchal, à qui la chaleur du roi fit peur^, dit sagement que, puisque Sa M^esté était venue là pour empêcher que les ennemis ne secourussent Bouchain, il prenait la liberté de lui dire qu'il fallait attendre qu'ils se missent en devoir de le faire.

< Le lendeniain (l l mai 1676), on ne vit plus les ennemis, tant ils avaient remué de terre devant eux , et le 13, le roi ayant appris la reddition de Bouchain , il Tapprit aux ennemis par trois salves de l'infanterie et de l'artillerie, et quand Sa Mcgesté fit marcher l'armée pour joindre Monsieur, les ennemis ne sortirent point de leur poste. »

Cette lettre dont les passages souli<?nés ne laissent aucun doute sur l'ardeur du roi et sur sa résolution de livrer bataille me paraît décisive. Le but de l'expédition était atteint: le siège de Bouchain avait été couvert par l'armée de Louis XIV, et les troupes ennemies avaient tenté vainement de le faire lever. Un roi, habile dans Tart militaire et d'une valeur impétueuse, eût fait plus ; mais on ne saurait accuser, avec Saint-Simon, Louis XIY d'avoir battu honteusement en retraite. Il resta en face de l'ennemi jusqu'à la prise de Bouchain, et ce fut l'armée hollandaise qui , suivant l'expression pittoresque de la Rivière, disparut derrière les monceaux de terre qu'elle remua pour se mettre à couvert. Est-il nécessaire d'ajouter à un pareil témoignage celui de Pellisson, qui accompagnait le roi en qualité d*historiographe, et qui écrit, comme la Rivière, du camp d^Urtebise^. Il raconte que le roi voulait charger les ennemis, mais que « le maréchal de Schomberg, M. de la Feuillade et enfin tout ce qu*il y avait d'officiers généraux auprès de lui, prirent la liberté de loi représenter quel inconvénient il y avait de hasarder la personne de Sa Majesté, sans en savoir davantage. Le roi dit à

1» SaintrHilaire dit également que le maréchal de Schomberg contraignit Vardeur du roi,

2. Lettres historiques de Pellisson^ t. lîl, p. 52 et suiv. Voy. aussi OEutret de Louis XIV, t. IV, p. 83» une lettre du roi au maréchal de Villeroi.

ces messieurs qu'ils avaient plus d'expérience que lui et qu'il leur cédait y mais k regret. »

Cette condescendance du roi pour ses généraux fut pour lui un sacrifice pénible. Il sentit toute sa vie un profond regret de n'avoir pas profité de cette rencontre pour se signaler par une victoire. Dangeau raconte que le 16 avril 1699, plus de vingt ans après l'affaire d'Urtebise, le roi manifesta vivement son chagrin d'avoir manqué une si belle occasion, . et son indignation contre Louvois, que le prudent annaliste s'abstient de nommer : < Durant sa promenade, on vint à parler du jour où il campa près de Valenciennes; il nous dit tout bas que c'était le jour de sa vie où il avait fait le plus de fautes; qu'il n'y pensait jamais sans une extrême douleur, qu'il y rêvait quelquefois la nuit et se réveillait toujours en colère, parce qu'il avait manqué une occasion sûre de défaire les ennemis; il en rejeta la principale faute sur un homme qu'il nous nomma et ajouta même que c'était un bonmie insupportable en ces* occasions-là, comme partout ailleurs. *

Et cependant on voit , par la correspondance de Louvois avec les généraux S queVauban et Luxembourg pensaient comme le ministre et soutenaient qu'on ne devait pas hasarder la personne du roi dans une bataille, c Surtout, lui écrivait Vauban le U mai 1678, empêchez que le roi ne combatte. » De son côté, Luxembourg, répondant à une lettre de Louvois, qui lui annonçait que Louis XIV pourrait prendre le commandement de l'armée d'Allemagne, lui disait: « Quand il est question a-i roi de prendre un parti comme celui dont vous me parlez, il y a tiint de choses à éplucher qu'il est im()Ossible qu'elles n'embarrassent pas. Il est constant que, si les ennemis attaquent Philipsbourg, il faut une bataille pour leur en faire lever

1. Cette correspondance est analysée et en partie citée par M. Camille RouMftt dans son Histoire de Louvois, t. II, p. 224 et suiv.

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le siège; et voas savez mieux que moi, si le roi s'y trouvait en personne, à quel endroit il faudrait qu'il demeurât. Si c'était à une aile, comme il le dit lorsqu'il parle de ces sortes de choses, il y courrait trop de hasards., et je pense que vous ne consentiriez pas qu'il s'y mit. II n'y aurait de poste pour la personne d*un roi que la réserve, à mon gré; mais il faudrait la faire forte, et cela affaiblirait les ailes, qui n^ont pas besoin d'être amoindries pour combattre les troupes de l'Empereur, qui sont bonnes. Outre cela, je vous ai dépeint les endroits par où il faut passer pour marcher au secours de Philisbourg. Il faut reconnaître tout cela; le roi ne peut vouloir y aller en personne , et qui que ce soit n'y consentirait. S'il se trouve [présents quand on verra quelque endroit comme cela, on n'osera pas aller aussi loin qu'on ferait, de peur qu'il ne s'avance; et s'il ne le fait pas, n'ayant pas vu ce qu'un autre aurait reconnu il pourrait ne pas consentir qu'on le flt; et cela serait capable de ruiner la chose, où il faut que celui qui la conduit soit le maître , pour profiter de moment en moment de ce qui lui paraît favorable. II faut essuyer des coups pour cela. On peut croire que le roi ne se * trouverait pas à une escarmouche; mais on tire du canon, et on a devant les yeux l'exemple de M. de Turenne; et parlant fraachement, ces choses ne sont pas du métier d'un roi. Tous ces petits obstacles-là si rmontés, il faut s'assurer de voir une bataille dans la plaine, et vous savez s'il faut que le roi s'y trouve. »

La seconde circonstance dans laquelle Saint-^imon accuse Louis XIV d'avoir manqué de courage, peut également s'expliquer par des motifs plausibles. Je laisserai parler ici un écrivain qui a déjà rendu des services importants aux études historiques et dont on attend une édition complète des œuvres de Mme de Maintenon. M. Th. Lavallée explique et justifie la conduite de Louis XIY dans une note qu'il a ajoutée

1. J'ajoute ce mot qui me semble nécessaire à rintelligence de la phrase.

aux Lettres historiques et édifiantes de Mme de Maintenon * :

< La plupart des historiens ont raconté que, dans la campagne de 1693, Louis XIY tenait entre ses mains Guillaume d'Orange et pouvait sûrement anéantir son armée, quand tout à coup par le conseil de Mme de Maintenon, et malgré les supplications de ses généraux, il prit la résolution de retourner à Versailles. Saint-Simon (Additions au Journal de Dangeau, 13 août 1715) ne craint pas de prononcer les mots de flétrissure et d'acte honteux pour qualifier la retraite du roi, et il rappelle qu'il tint la même conduite par des motifs aussi étranges en 1676 et 1691. Yoicl maintenant ce qu'il dit dans ses mémoires ', qu*il a faits après ses Additions et ayant sous les yeux le Journal de Dangeau :

« Le roi partit le 18 mai (1693) avec les dames, fit avec elles huit jours de séjour au Quesnoy, les envoya ensuite è Namur et s'alla mettre à la tête de l'armée de M. de Boufflers, le 2 juin, avec laquelle il prit le 7 du même mois le camp de Geinr bloux, en sorte qu'il n'y avait pas demi-lieue de sa gauche à la droite de H. de Luxembourg et qu'on allait et venait en sûreté de Tune à l'autre. Le prince d'Orange était campé à l'abbaye de Park (près de Louvain), de mcmière qu'il n'y pouvait recevoir de subsistances et qu'il n'en pouvait sortir sans avoir les deux armées du roi sur les bras. Il s'y retrancha à la hâte et se repentit bien de s'y être laissé acculer si promptement. Son armée était inférieure à la moindre des deux du roi, qui l'une et l'autre étaient abondanunent pourvues d'équipages, de vivres et d'artillerie, et qui, comme on peut le croire, étaient maltresses de la campagne.

« Dans une position si par£u tement à souhait pour exécuter de grandes choses et pour avoir quatre grands mois à en plei^ nement profiter, le roi déclara le 8 juin à M. de Luxembourg

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