‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 187 sur 328 · T. I, p. 303 et suiy · texte numérisé non relu

T. I, p. 303 et suiy

2. Mémoins de SainhSimon, 1. 1, p. 86. Voy. aussi t. XJI, p. 394-395.

qu*il s'en retournait à Versailles, qu'il envoyait Monseigneur en Allemagne avec un gros détachement et le maréchal de Boufflers. La surprise du maréchal de Luxembourg fut sans pareille. Il représenta au roi la facilité de forcer les retranrchemenls du prince (tOraixge^ et de le battre entièrement avec une de ses deux armées et de poursuivre la victoire avec l'autre ... Mais la résolution était prise. Luxembourg, au désespoir de se voir échapper une si glorieuse et si facile campagne, se mit à deux genoux * devant le roi et ne put rien obtenir. Mme de Maintenan avait inutilement tâché d* empêcher le voyage du roi : elle en craignait les absences. Une si heureuse ouverture de campagne aurait retenu le roi longtemps pour en cueillir par lui-même l'es lauriers; ses larmes à leur séparation, ses lettres après le départ furent plus puissantes et l'emportèrent sur les plus pressantes raisons d'État^ de guerre et de gloire. >

« Remarquons, ajoute M. Th. Lavallée, avec quel art perfide toute cette dernière phrase est rédigée. Le lecteur, qui n'est point prévenu, doit certainement croire en lisant ces mots : Elle avait essayé d^ empêcher le voyage du roi ; elle en craignait les absences; ses larmes à leur séparation, ses lettres après le départ^ que Mme de Maintenon est restée à Versailles, que c'est là qu'elle le rappelle, et que le roi ne quitta subitement son armée que pour revenir plus tôt auprès de celle que Saint-Simon appelle la vieille sultane. C'est, en effet, ce que cet écrivain veut faire croire ; mais nous savons qu'il n'en est rien, que Mme de Maintenon avait suivi le roi, qu'elle était avec les dames à Namur, qu'elle devait rester dans le voisinage de l'armée pendant toute la campagne; elle ne pouvait donc pas craindre les absences du roi; il ne pouvait donc pas y avoir eu ni larmes à la séparation ni lettres après le départ. Or, Saint-Simon, en écrivant cela, n'a pas pu faire une erreur; car il était lui-même à l'armée.

1. Saint-Simon, revenant sur ce fait au tome XII de ses mémoires (p. 395), dit que « M. de Luxembourg se jeta à ses genoux, et tint ceux du roi longtemps embrassés pour l'en détourner, etc. »

« Quant au fait même de la retraite du roi, on a vu quelle explication simple en donne Mme de Maintenon : < Le roi, dit-elle ^^ n'a pas peu pris sur lui en sacrifiant les desseins qu'il avait eus au bien de ses affaires, qui s'est trouvé à envoyer en Allemagne pour profiter de l'heureux succès de la prise de Heidelberg. Pour moi, je suis ravie que J'intérôt de l'État le force à retourner à Versailles. »

< Cette explication est la vérité toute nue. Le roi fut ébloui de la prise de Heidelberg (la nouvelle lui en arriva le 28 mai), des succès qui pouvaient la suivre, de l'espoir de conquérir la paix en Allemagne ; et pendant son séjour au Quesnoy, dès le 30 mai, il prit la résolution de changer son plan de campagne, de partager son armée et d'envoyer de gros renforts au maréchal de Lorges avec le Dauphin. C'est ce qui résulte . des lettres écrites par le roi à ce maréchal, les 1" et 3 juin, où l'on lit : « Mon cousin, je vous ai mandé par ma lettre du l^'de ce mois les raisons qui me faisaient désirer que vous prissiez Hailbron et que vous essayiez de battre le prince de Bade , et même je vous excitais à le faire le plus promptement possible par des raisons que je ne pouvais pas alors vous expliquer. Présentement que je me suis déterminé, je vous dépêche ce courrier pour vous donner avis de la résolution que j'ai prise d'envoyer mon fils le Dauphin en Allemagne, avec une armée considérable, pour, avec celle qui .est à vos ordres, faire un si puissant effort que les princes de l'Empire et rSmpereur même soient contraints de faire la paix*. >

« Écoutons encore sur ce même sujet Dangeâu, le témoin oculaire et journalier des faits et gestes de Louis XIV :

Lundi, 8 juin, au camp de Gemhlouz.

• Le roi a lenu conseil avec Monseigneur, M. le Prince, MH. les maréchaux de Luxembourg, de Villeroy et deBouf-

1. Tome 1, p. 302-303 des Lettres historiqueM et édifiatUes publiées par M. Th. Uvallée.

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