‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 188 sur 328 · Utires militairet de Louis IIV, U \U1, p · texte numérisé non relu

Utires militairet de Louis IIV, U \U1, p

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fiers, et leur a déclaré la résolution qu'il avait prise d'envoyer Monseigneur en Allemagne avec un gros détachement de ces armées-ci. Cette résolution iut prise au Quesnoy après la nouvelle qu'on eut de la prise de Heidelberget de l'épouvante où Ton était en Allemagne. Le roi préfère les conquêtes en ce pays-là à celles qu'il aurait pu faire ici, et Sa Msgesfé s'en retournera au premier jour à Versailles. >

Mardi, ^ juin, aa camp de GemhUnix.

< Le roi a déclaré à Tordre qu'il s'en retournait à Versailles et qu'il envoyait Monseigneur en Allemagne, où il croit qu'il est de la dernière conséquence d'avoir une grosse armée ^ •

< Ainsi donc la résolution était prise dès le séjour au Quesnoy, c'est-à-dire avant que le prince d'Orange se fût retranché dans son camp de Park, avant qu'on ne connût la force de ce camp, avant même que le roi ne se fût mis à la tête de ses troupes. Louis croyait à tort ou à raison qu'il était de la dernière conséquence dC avoir une grosse armée en Attemagnêy de profiter de la prise d'Heidelberg Pt de l'épouvante qu'elle avait produite, etc. D'après cette opinion, qu'on peut blâmer au point de vue militaire, mais dont la sincérité ne saurait êtremise en doute, U sacrifia ses desseins au bien de ses affaires^ en envoyant cinquante^sept escadrons et vingt-sept bataillons de son armée avec le Dauphin pour grossir l'armée d'Allemagne. Gela étant fait, et le reste ne pouvant être employé qu'à renforcer la deuxième armée de Flandre, celle que commandait depuis quatre ans le maréchal de Luxembourg, Louis XIV n'avait plus qu'à s'en retourner à Versailles, car il ne pouvait prendre le commandement de cette deuxième wrmée dont Luxembourg avait toujours eu le commandement séparé, même quand le roi faisait campagne ; c'eût été faire une sorte d'affront à ce général illustré récemment par les batailles de

1. Journal de Dangeau, publié par MM. Soulié, Dossieux, etc., t rv, p. 304.

Fleurus et de Steinkerke, et qui avait toute sa confiance et celle du soldat. D'ailleurs, avant son départ, il combina avec lui le plan de la campagne et lui donna les ordres les plus précis pour prendre Huy, faire sortir le prince d'Orange de son camp et lui livrer bataille. C'est ce qui résulte de la lettre même écrite par Luxembourg au roi après la bataille de Nerwinde.

« Quant à la combinaison qui fit envoyer le Dauphin en Allemagne, elle était mauvaise, fut généralement blâmée et n'eut aucun résultat heureux ; mais, comme on vient de le Toir, elle fut loin d'être produite par les motifs honteux que donne Saint-Simon.

« Maintenant est-il vrai que le camp du prince d'Orange fût si facile à forcer par l'une même des deux armées, comme dit Saint-Simon, et Louis XIY nianqua-t-il réellement la plus belle occasion d'écraser son ennemi pour ne pas risquer sa gloire aux hasards d'une bataille? Les faits vont parler. Le roi étant parti, Luxembourg a dans sa main quatre-vingts à quatre-vingt-dix mille hommes, c'est-à-dire des forces plus que doubles de celles de son adversaire; il n'est plus gêné par la présence de Louis XIY ; ce n'est pas l'audace qui manque à cet élève de Condé ; enfin il sait que le prince d'Orange s'est affaibli lui-même de trente escadrons qu'il vient aussi d'envoyer en Allemagne sur la nouvelle des renforts amenés par le Dauphin. On doit penser qu'il va immédiatement réparer la faute du roi , forcer le camp de Park et battre le prince d'Orange. Écoutons encore Dangeau :

« Jeudi 18 juin* — M. de Luxembourg, qui est campé à une lieue des ennemis, a été reconnaître leur camp; il s'est pprocbé d'assez près pour distinguer les rues de l'infanterie et de la cavalerie; ils sont couverts d'un ruisseau difficile à passer, et on nepeut pas les attaquer dans ce camp-là. »

« Le camp de Park était en effet formidable ; il avait été fortifié de longue main, et le prince d'Orange s'en était déjà servi avec succès dans la campagne précédente. Luxembourg

resta ainsi devant ce camp jusqu'au 12 juillet sans oser faire une seule attaque; à la fin il se décida à décamper luimême, s* estima heureux de n'être point attaqué dans ^ retraite et manœuvra alors uniquement pour faire sortir son adversaire de sa position. Il y parvint après dix-sept jours d'efforts; il l'attira entre les deux Gètes, et le voyant sur le point de regagner son camp de Park^ il le força à combattre. C'est alors, le 29 juillet, que s'engagea la glorieuse bataille de Nerwînde.

« Comme on le voit, Louis XIV ne manqua pas une occasion unique d'écraser son rival, en n'attaquant pas un camp que Luxembourg n'osa attaquer pendant près d'un mois et qu'en définitive il jugea inattaquable. Comme on le voit,^ sa retraite ne fut pas motivée par la peur que lui faisait son adversaire, puisque son plan de campagne était changé à l'avance. S'il quitta l'armée et laissa le commandement suprême à Luxembourg, ce fut par un sentiment de délicate confiance qui était dans ses habitudes ; enfin s'il cessa de paraître à la tête de ses troupes, ce n'est pas, comme le dit Saint- Simon, parce qu'il perdit sa réputation militaire dans cette campagne et qu*il se sentit honteux du rôle qu'il y avait joué, c'est parce qu'il n'était plus jeune ,. et comme il le disait aux dames de Saint- Cyr, parce qu'il croyait que ses généraux faisaient mieux que lui *.

« Quant à la conduite de Mme de Maintenon dans cette conjoncture, on voit qu'elle est, comme de coutume, toute passive. Elle aimerait mieux rester à Saint-Cyr avec ses filles; mais le roi veut qu'elle le suive : elle obéit. 11 décide de quitter l'armée : elle est ravie que Fintérét de VÈtat le force de retourner à Versailles et se réjouit d'avance de revoir son cher Saint-Cyr auquel elle écrit tous les jours.

< J'ai fait cette longue note , dit en terminant M. Th. Lavallée, parce que l'accusation de lâcheté portée par Saint-

1. BiiUwrt de la maison royale de Saini-Cyr par M. Th. Lavallée, p. 1T9.

Simon contre le grand roi, quelque indigne qu'elle soit, a été partout répétée et qu'elle est devenue de l'histoire vulgaire ; il n'est donc pas indifférent qu'elle se trouve réfutée par des faits précis. Je l'ai faite aussi pour donner un exemple de la haine aveugle et de la mauvaise foi de Saint-Simon à l'égard de Louis XIV et de Mme de Maintenon. »

En contestant quelques-unes des accusations portées par Saint-Simon contre Louis XIY, nous sommes loin de prétendre que le caractère de ce prince ait été à l'abri de la critique. Un de ses défauts les plus graves fut l'orgueil qu'on nourrissaitet qu'on augmentait sans cesse en lui S sans même .qu'il s'en aperçut, et jusque dans les chaires par les prédications en sa présence et ailleurs ^ : « Le cruel poison de la flatterie le déifia dans le sein même du christianisme, dit Saint-Simon. Ce n'est point trop dire que, sans la crainte du diable que Dieu lui laissa jusque dans ses plus grands désordres, il se serait fait aJorér et aurait trouvé des adorateurs; témoin entre autres ces monuments si outrés, pour en parler même sobrement : sa statue de la place des YictoirèSy et sa païenne dédicace où j*étais, où il prit un plaisir si exquis. • Les détails donnés sur cette cérémonie par des témoins oculaires prouvent que Saint-Simon n'a pas exagéré. Le général Saipt-Hilairé en parle presque dans les mêmes termes que notre historien ' :

« Toutes ces réjouissances, dit-il \ furent couronnées par la cérémonie de la dédicace d'une statue pédestre du roi, que le maréchal de la Feuillade fit ériger à ses dépens dans la place qu'il avait fait faire exprès du débris du bel hôtel de la Ferté, qu'il avait acheté pour cet usage; on l'appelle aujourd'hui

1. Mémoim de Satnt-^tmofi, t. XII, p. 400-401. — 2. /btd, p. 406-407.

3. Les mémoires manuscrits de SaintrHilaire conservés à la bibliothèque iml>éria]e du Louvre (F, n* 331) sont plus complets que les mémoires imprimés. On a retranché dansTimprimé une partie du récit que nous publions et notamment les détails sur les pasquinades.

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