‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 206 sur 328 · DÉBUT DU RÈGNE DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

DÉBUT DU RÈGNE DE LOUIS XIV

Erreurs de Saint-Simon sur le début du règne de Louis XIY. .— EIaI déplorable des provinces ravagées par la famipe et pillées par les traitants. — Chambre de justice; poursuites dirigées contre les financiers. — Commissaires envoyés dans les provinces et chargés d'en signaler les besoins et d'en dresser la statistique. — Répression des désordres de la noblesse ; grands jours de Glermont. — Maximes qui dirigèrent Louis XIV dans son gouvernement ; appréciation erronée de Saint-Simon.

Saint-Simon attribue surtout la grandeur de Louis XIY à un heureux concours de circonstances : • Sa première entrée dans le monde, dit-il , fut heureuse en esprits distingués de toute espèce. Ses ministres au dedans et au dehors étaient alors les plus forts de l'Europe^ ses généraux les plus grands, leurs seconds les meilleurs et qui sont devenus des capitaines en leur école, et leurs noms aux uns et aux autres ont passé comme tels à la postérité d'un consentement unanime. Les mouvement dont l'État avait été si furieusement agité au dedans et au dehors, depuis la mort de Louis XIII, avaient formé quantité d'hommes qui composaient une cour d'habiles et illustres personnages et de courtisans raffinés. > Ce passage renferme des vérités incontestables : il serait puéril de prétendre que Louis XIV a créé son siècle. Pour se convaincre à quel point il trouva la France préparée à suivre une glorieuse impulsion, il suffit de suivre le courant des idées et des événements depuis le cçpnQencement du xvir siècle.

A la suite de violentes.agitations et de sanglantes guerres, la nouvelle société guidée par Henri lY et Richelieu avait su recueillir les idées et les conquêtes du i^yv sièclç sans se souiller des mêmes excès. De grands progrès s*étaient accomplis dans le go\iverpement, ^s rapports internationaux , et le développement moral et intellectuel de la France. Malgré l'anarchie passagère suite des guerres de religion, l'avantage était resté à la ^puissance royale. Henri IV avait désarmé les. gouverneurs de province, Richelieu brisé leur puissance, ruiné leurs forteresses et placé près d'eux les intendants, agents dociles de rautorité centrale. Sans doute il restait beaucoup à faire pour transformer complètement la France et faire pénétrer au fond des provinces l'unité de législation et de gouvernement. Mais la voie était tracée et la monarchie y marchait résolument.

En môme temps que se formait l'unité monarchique, les nations revendiquaient leur indépendance et protestaient contre l'ambitieuse chimère de la monarchie universelle. La tentative de la maison d'Autriche sous Charles-Quint et Philippe II n'avait abouti qu'à des désastres. Les Provinces- Unies s'étaient affranchies, l'Allemagne avait forcé l'empereur de reconnaître ses droits.; l'Italie était encore sous le jou?, mais elle s'agitait, et des révoltas attestiient son irritation; le Portugal venait de s'affranchir. En un mot,. la maison d'Autriche, morcelée en deux branches, afïaiblie parla perte de plusieurs provinces, appauvrie malgré- sps riches colonies, était forcée de renoncer à ses téméraires prOlenlions. C'était surtout la France qui avait contribué à assurer Findépendance de TEurope: François I*', Henri IV, Riche- > lieu et Mazarin y avaient travaillé. Aussi la France était-elle environnée de la reconn ussance des nombreux États qui lui devaient leur affranchisspment: Les Provinces-Unies, l'Ailen^agne, le Portugal, les Éiats ilaiions (la Savoie, Venise) étiienl ses alliés. Le NorJ Scandinave (Suède et Danemark}, les Slaves de la Pologne et les Mudgiares de la Hongrie

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voyaient dans la France la libératrice des nations et s'attachaient à ses destinées. Quant à TAngletérre, travaillée par des querelles intestines, elle avait alors pen d'iofioence sar l'Europe.

Les troubles religieux du xvi* siècle, dont la France avait ressenti profondément ïe contre-coup, avaient abouti sôbs Henri ÎV à une transaction. L'édit de Naiites avait proclamé la liberté de conscience, et Richelieu l'avait confirmée en enlevant aux protestants Torganisation politique qui faisait de la Réforme un danger permanent pour l'unité nationale. Sn même temps le clergé catholique, dont le dogme et les mœurs avaient été attaqués, comprit la nécessité de se retremper dans la science et la pratique des vertus dirétiennes. On vit se fonder des ordres nouveaux, animés d'an zèle éclairé, unissant Tétude à la prière, la prédication et l'enseignement à l'austérité de la vie monastique. D'ancien* nés congrégations travaillaient à ise réformer et s^animaient d'un esprit nouveau. Ce clergé à la fois savant et vertueux sera une des principales gloires du xvi* siècle, trop heureux si dans l'ardeur de son zèle et la gloire de son triomphe il n'eût pas oublié le principe de la liberté religieuse !

Les lettres, les sciences et les arts avaient aussi reçu au xvr siècle une féconde impulsion. L*étude de l'antiquité et le spectacle des merveilles artistiques de l'Italie avaient vivement frappé les esprits. lia France s'en était tenue d'abord, en poésie, à l'imitation de formes peu appropriées au génie de uDtre langue. Elle réussit mieux dans les arts et dans la philosophie. Le xvir siècle, recueillant ks traditions de science que les érudits de l'âge précédent lui avaient transmises, sut les adapter à l'esprit français. Il s'inspira heureusement de la beauté antique et de la pensée chrétienne. De là naquit une poésie dont les nobles et généreuses inspirations retraçaient, dans Corneille, les luttes et le triomphe de la religion, de l'honneur, de la patrie sur les faîhlesses du cœur humain. Descartes et Pascal, le Poussin et

Lesueur étaient dans la philosophie et dans les arts les digoes émules de Goirneillp. La vraie Aenoissance avait pénétré en France, et, malgré quelques écarts demaiivais.goût, elleiparcbait rapidement à la conquête et à la transformation de la cîvilisalion intellectuelle.

fiafin le commerce, Tindustrie et tout ce qui contribue à la richesse matérielle des nations^ avaient aussi reçu une impul&ip^ fécqnde auxvi'siède. Les découvertes maritime.«i en ouvrant 4e nouveaux débouchés à TEurope, avaient dé\'eloppé rindu^lriei et les progrès de la marine multiplié lesrelations entre les peuples. Avec les richesses qui péné-« iraienti par le commerce et Vindustrie, dans les classes in^ féritore^ de la société, on avait vu se répandre la propreté, la salubrité, lejûen^étre et même le luxe« Les mosupsdeve-' naient moins rudes. La culture intellectuelle était re^ cherchée dans quelques sociétés bourgeoises, et, malgré des railSnements ridicules de langage dont les poètes comiques se sont amusés, elle avait pour résultat de substituer la politefikse à la grossièreté. Il y avait donc des progrès en tout genre accomplis par la nation depuis le commencement du xvii* siècle.

Mais lorsqu'on sort de ces. généralités, on reconnaît que des réformes étaient indispensables dans l'année, les flnan« ces, l'industrie, le commerce et la naarine. Les armées fran^ çaises si brillantes sur les champs de bataille étaient mal or* gaaiaées et mal payées. £n marche et pendant la paix, elles devenaient le fléau des campagnes. Les finances, dilapidées pendant le ministère de Mazarin, ne servaient qu*à enrichir quelques traitants. L'industrie languissait ainsi que le commerce. La marine était ruinée. Si l'on ajoute à ces foits, qui sont établis par les correspondances administratives ', plu-

1 . Voy. VmUQife de CMtrt, par M. P. Clément et M. H. Martin, Biâtoin de France , t. XIV. J'ai publié quelques documeats inéilits lur le» calamités des années 1660 et 1G61 dans mon ttisloire deVadmittittrahon monarchiqut en Ffunce, t. II.

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voyait! dans la France la libératrice dçs nations et 8*aUachaient à ses destinées. Quant à l'Angleterre; travaillée par des querelles intestines, elle avait alors pen d'influence sur l'Europe.

Les troubles religieux du xvi* siècle, dont la France avait ressenti profondément le contre-coup, avaient abouti sôus Henri tV à une transaction. L'édit de Nantes avait proclâini la liberté de conscience, et Richelieu l'avait confirmée en enle* vant aux protestants l'organisation politique qui faiaait de la Réforme un danger permanent pour l'unité nationale. En même temps le clergé catholique, dont le dogme et les mœurs avaient été attaqués, comprit la nécessité de se retremper dans la science et la pratique des vertus chré* tiennes. On vit se fonder des ordres nouveaux, animés d'un zèle éclairé, unissant Tétude à la prière, la prédication et renseignement à l'austérité de la vie monastique. D'ancien» nés congrégations travaillaient à ise réformer et s'animaient d'un esprit nouveau. Ce clergé à la fois savant et vertueux sera une des principales gloires du xvi* siècle, trop Iieureux si dans Tardeur de son zèle et la gloire de son triomptie il n'eût pas oublié le principe de la liberté religieuse I

Les lettres, les sciences et les arts avaient aussi reçu au xvi' siècle une féconde impulsion. L'étude de Taiitiquité et le spectacle des merveilles artistiques de l'Italie avaient vivement frappé les esprits. Ija France s'en était tenue d'abord, en poésie, à l'imitation de formes peu appropriées au génie de n^tre langue. Elle réussit mieux dans les arts et dans la philosophie. Le xvii* siècle, recueillant les traditions de science que les érudits de l'âge précédent lui avaient transmises, sut les adapter h l'esprit français. Il s'inspira heureusement de la beauté antique et de la pensée chré* tienne. De là naquit une poésie dont les nobles et généreuses inspirations retraçaient, dans Corneille, les luttes et le triomphe de la religion, de Thonncur, de la patrie sur les faiblesses du cœur humain. Descartes et Pascal, le Poussin et

aux financiers, accuse le roi de dureté. « Son premier saisissement des rênes de l'empire, dit-il *, fut marqué au coin d'une extrême dureté et d'une extrême duperie. Fouquet fut le malheureux sur qui éclata la première ; Golbert fut le ministre de l'autre en saisissant seul toute l'autorité des finances, et lui faisant accroire qu'elle passait toute entre ses mains par les signatures dont il Taccabla à la place de celles que faisait le surintendant. > 11 y a plus d'une erreur dans oe passage : Fouquet ne fut pas une malheureuse victime de Louis XIV; on a vu plus haut qu'il s'était rendu coupable de dilapidation^, et quant à la conduite de Louis XIV à son égard il sera facile de la justifier. Fouquet s'était efforcé d'entourer Louis XIV de ses créatures, de l'enivrer de plaisirs, d'en faire un roi fainéant et de gouverner sous son nom. Il fallut à Louis XIV beaucoup de fermeté, d'application et d'adresse pour échapper aux pièges que lui tendait le surintendant. Il suffira d^exposeir simplement les M\9 pour réfuter Saint-Simon.

Aussitôt après la mort du cardinal Mazariii, Louis XIV, qui nignorait pas que leà folles dépenses de Fouquet étaient payées par le trésor public, prit le surintendant en particulier et lui déclara qu'il voulait être roi et avoir une connaissance exacte et complète des affaires *, et qu'il commencerait par les finances, comme la partie la plus importante de Tadminlsiration. Il pressa Fouquet de lui faire connattre tous les détails,' sans lui rien dissimuler, et l'assura qu'il se servirait toujours de lui, pourvu qu'il fût assuré de sa sincérité. 11 se montrait disposé à aublier le passé ; mais il exigeait pour l'avenir de Teiactitude et de la fidélité dans les états de finances qui lui seraient soumis. Qe (Ut un confident de Fouquet, PelUsson, qui raconta ces détails à l'abbé de Choisy K

1. Mémoires de Saint-Simon ^ XII, p. 388. — 2. Voy. p. 323 et plus loin p. 417-419.

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