‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 207 sur 328 · Voy. les Mémoires de Choisy y ibidem · texte numérisé non relu

Voy. les Mémoires de Choisy y ibidem

On sait également par lui que le surintendant, après avoir promis au roi, de l'instruire, avec sincérité et dévouement, de la situatiQ^ flnancière, continua de le tromper. Chaque jour, Fouquet présenlait au roi un tableau des dépenses et des recettes, en ayant soin d'augmenter les premières et de diminuer les secondes. Il se persuadait que Louis XIY, endormi dans les plaisirs, ne s'apercevait pas.de ces dilapidations. Mais le roi remettait tous les soirs les états de finances à Colbert, qu'il avait nommé intendant des finances. Il était instruit. par lui des fraudes de Fouquet, qui, malgré les instances réitérées de Louis XIV, persista pendant six mois dans ces coupables manœuvres.

Le surintendant était, plongé dans une fatale sécurité par les promesses des courtisans qu'il avait achetés et des femmes au milieu desquelles vivait Louis XIV. Ce prince était alors entraîné dans le brillant tourbillon de la comtesse de Soissons, et Fouquet avait eu soin de s'assurer de quelquesunes des beautés vénales de cette cour. Il payait une pension à Mlle du FouiUoux, qui devint plus tard la marquise d'AU luye \ Il croyait pouvoir pénétrer ainsi tous les sfcretsdu roi.

Rassuré par des confidences qui lui coûtaient fort cher, Fouquet espérait endormir dans cette cour voluptueuse un roi de vingt-trois ans, que les détails de finances et d'affaires devaient bientôt rebuter. Louis XIV le laissa dans cette illusion. Pour lui, il fut préservé de la vie molle et oisive où la comtesse de Soissons et le surintendant auraient voulu le retenir captif, et par la dignité de son caractère, et par la passion sincère que lui avait inspirée une des filles d'honneur de la duchesse d'Orléans, Mlle de la Vallière. On le croyait retenu par un pouvoir magique dans ces jardins d'Armide; mais il échappait à l'enivrement des plaisirs

1. Voy. sur cette personne les Mémoires de Mademoiselle^ édit. Charpentier, t. III, p. 114 et 589, et les Mémoires de Sainl-Simont t. XVII, p. 471-473. Cf. plas haut, p. 3?3.

grâce à une passion sincère et profonde. Lorsque plus tard la comtesse de Soissons et ses confidentes reconnurent que Louis XIV était réellement épris de Mlle de laVallièrei eRes se déchaînèrent contre elle et tentèrent de la Vuiner dans Tesprii du jeune roi. Mais toutes leurs intrigues échouèrent et ne servirent qu'à les perdre*.

Fouquety reconnaissant la puissance de Mlle de la Val* liêre, s'efforça de la gagner; mais elle repoussa avec in* dignation les ofTres du surintendant, et cette démarche, connue de Louis XIV, fut peut-être une des causes qui entraînèrent la ruine du ministre. Ce fut en vain qu'il prodigua l'argent pour gagner la reine mère, les personnes qui l'entouraient et jusqu'à son confesseur. Toutes ces intrigues étaient connues. Les sommes énormes qu'il dépensait à son château de Vaux-le- Vicomte et dans sa maison de Saint-Mandé, les fêtes splendides qu'il donna au duc et à la duchesse d'Orléans, à la reine d'Angleterre, enfin au roi luimême hâtèrent sa perte. Louis XIV, auquel on avait donné une idée exagérée de la puissance du surintendant» s'enveloppa de mystère et le frappa au moment où Fouquet se droyait dans la plus haute faveur. On peut blâmer la dissimulation du roi ; mais il est impossible de voir dans Tarrestation du surintendant un acte d'une extrême dureté^ selon Texpression de Saint-Simon. L'histoire impartiale est plutôt disposée à confirmer et approuver le récit que fait Louis XIV, dans ses mémoires, des circonstances qui le déterminèrent à disgracier Fouquet.

< Depuis le temps, dit-il ', que je prenais soin de mes affaires, j'avais de jour en jour découvert de nouvelles marques des dissipations du surintendant. La vue des vastes établissements que cet homme avait projetés et les insolentes

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