Mémoires de UmU XIV, t. Il, p
Tautorité dans la seule personne du souverain. Le seul partage qui s'en fait produit toujours de très-grands nfialheurs, et soit que les parties qui en sont détachées se trouvent entre les mains des particuliers ou dans celles de quelqne compagnie, elles n'y peuvent jamais demeurer que dans un état violent. Le prince, qui les doit conserver unies en soimême, n'en saurait permettre le démembrement sans se rendre coupable de tous les désordres qui en arrivent, dont le nombre est presque infini. Car sans compter les réyoltes et les guerres intestines que l'ambition des plus grands produit infailliblement lorsqu'elle n'est pas réprimée, mille autres maux naissent encore du seul relâchement du souverain . Ceux qui l'approchent de plus près, voyant lès premiers sa faiblesse, sont aussi les premiers qui en veulent profiter : chacun d'eux ayant nécessairement des gens qui servent de ministres à leur avidité leur donne en même temps la licence de l'imiter. Ainsi, de degré en degré, la corruption se communique partout, et devient égale en toutes les professions. Il n'est point de gouverneur qui ne s'attribue des droits injustes, point de troupes qui ne vivent avec dissolution, point de gentilhomme qui ne tyrannise les paysans, point de receveur, point d'élu, point de sergent qui n'exerce dans son détroit une insolence d'autant plus criminelle, qu'elle se sert de l'autorité des rois pour appuyer son injustice. Il semble que, dans ce désordre général, il soit impossible au plus juste de ne pas se corrompre, car le moyen qu'il aille seul contre le courant de tous les autres, et qu'il se retienne sur un penchant où le pousse naturellement son propre intérêt, pendant que ceux qui devraient l'empêcher d'y tomber l'y précipitent d'eux-mêmes par leur exemple I Cependant, de tous ces crimes divers, le public seul est la victime ; ce n'est qu'aux dépens des faibles et des misérables que tant de gens prétendent élever leurs monstrueuses fortunes. Au lieu d'un seul roi que les peuples devraient avoir, ils ont à la fois mille tyrans, avec cette différence
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pourtant que le& ordres du prince légitime ne sont jamais que doux et modérés, parce qu'ils sont fondés sur la raison, tandis que ceux de ces faux souverains n'étant inspirés que par leurs passions déréglées sont toujours injustes et violents. »
On peut contester quelques-uns des principes que Louis XIY pose comme des axiomes. Mais il est impossible de méconnaître les heureux résultats de son gouvernement. A l'extérieur^ secondé par de Lyonne, le roi étend les frontières et l'influence de la France; à l'intérieur, Colbert rétablit Tordre dans les finances, donne à l'industrie, au commerce, à la marine une merveilleuse impulsion, contribue à la réforme des lois, à l'embellissement et. à la salubrité des villes, et encourage les hommes de génie que la Providence avait réunis autour du trône de Louis XIV. Un rapide exposé des résultats de cette administration si féconde permettra d'apprécier à sa juste valeur le jugement que Saint- Simon a porté sur l'ensemble du règne de Louis XIV.