‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 214 sur 328 · Christine de Ftince, fille de Henri IV · texte numérisé non relu

Christine de Ftince, fille de Henri IV

que de celui des autres princes chrétiens. Le gianà-duc' s*al* liait de nouveau avec moi par le mariage de son fils avec une princesse de mon sang. Ces potentats enfin et tous les autres dltalie, dont une partie m'étaient amis et alliés, comme Parme, Modène et Mantoue'» étaient trop faiblesseparement pour me faire peine. »

Ce tableau indique assez quelle devait être la politique extérieure de Louis XIV : elle était tracée par les traditions de la France, et le roi y resta fidèle. S'attacher l'Angleterre et l'annuler, achever d'abattre la maison d'Autriche en resserrant l'alliance de la France avec tous les ennemis de cette maison, Hollande, Suède, Danemark, Hongrie, Portugal, petils États de l'Italie, telle avait été la conduite suivie par Henri IV, Richelieu et Mazarin. Louis XIV y resta généralement fidèle pendant cette partie de son règne, et il lui dut des succès qu'on ne pouvait oublier dans un tableau résumé de son gouvernement. Il enleva à l'Espagne la partie de la Flandre qui forme encore aujourd'hui le département du Nord; il avait même conquis des places importantes que nous ne possédons plus, entre autres Tournai et Courtrai. L'acquisition de la Franche-Comté porta la frontière française jusqu'à la Suisse ; celle de Strasbourg compléta la conquête de l'Alsace. Philipsbourg, Landau et Brisach étaient les postes avancés de la France du côté de l'Allemagne; ces places lui livraient le passage du Rhin, en même temps qu'elle tenait dans Pignerol et Casai les clefs de l'Italie.

Louis XIV ne s'écarta, pendant cette période, de la politique traditionnelle de la France, que dans son attaque impolitique contre la Hollande. Du reste, il se montrait si mal -

] . Le grand^luc de Toscane était alors Ferdinand II de Médicis. Son fils Cosme II épousa Marguerite-Louise, fille de Gaston d'Orléans, onde de Louis XIV.

% Les ducs de Parme, de Modène et de Mantoue étaient, en 1661, Ranuce II Farnèse (1646-1694), Alphonse IV de la maison d'Esté (1628-1662). et Charles II de la maison de Gonzague-Nevers (1637-1665).

tre de lui-même, que les contemporains admiraient sa modération. Racine exprimait vivement l'enthousiasme de la France pour ce roi qui commençait comme Auguste avait fini. « Il n'est pus étonnant, disait-il à Louis XIY en lui dédiant sa tragédie d'Alexandre, il n'est pas étonnant de voir un jeune homme gagner des batailles, de le voir met* tre le feu par toute la terre. 11 n'est pas impossible que la jeunesse et la fortune l'emportent victorieux jusqu'au fond des Indes. L'histoire est pleine de jeunes conquérants, et l'on sait avec quelle ardeur Votre Majesté elle-même a cherché les occasions de se signaler dans un âge où Alexandre ne faisait encore que pleurer sur les victoires de son père. Mais elle me permettra de lui dire que, devant elle, on n'a point vu de roi qui, à l'âge d'Alexandre, ait fait paraître la conduite d'Auguste, qui, sans s'éloigner presque du centre de son royaume, ait répandu sa lumière jusqu'au bout du monde, et qui ait commencé sa carrière par où les grands princes ont tâché d'achever la leur. >

Boileau était, comme Racine, l'écho de l'opinion publique, lorsqu'il célébrait les réformes accomplies par Louis XIV. On ne manquait pas d'opposer cette situation florissante du royaume aux troubles qui l'avaient agité pendant la période précédente. La duchesse de Nemours commence par celte réflexion ses mémoires sur la Fronde : « En voyant aujourd'hui la France si calme et si triomphante, et gouvernée avec tant de sagesse et une puissance si absolue, on a peine à imaginer qu'elle ait été réduite au point où nous l'avons vue, au temps de la régence d'Anne d'Autriche, mère du roi. »

Saint-Simon n'a vu que les abus d'un long despotisme, el lorsqu'il résume et apprécie l'ensemble du règne 4^ Louis XIV, il oublie les réformes accomplies si glori«u«^ ment par Golbert, ou, s'il en parle, c'est pour avancer qu»; J^ roi fut dupe de l'habileté de son ministre. Cette ai»«?rti>i m se trouve pas seulement dans le passage que nou» ^i wut '*-J-

plus haut ^ Saint-Simon l'a reproduite avec plus de détails dans le morceau suivant' : c M. Golbert, intendant du cardinal Mazarin, en même temps intendant des finances à sa mort, avait été recommandé au roi par ce tout-puissant premier ministre, comme Thomme le plus capable qu'il connût pour radministrfition des finances, en même temps qu'après avoir sucé le surintendant Fouquet jusqu'au sang, il le lui avait rendu plus que suspect. Il ne fut donc pas difficile à Colbert, après la mort de son mattre, de s'établir sur les ruines de Fouquet. Il connaissait parfaitement le roi, sur ce qu'il en avait ouï dire si souvent à Mazarin. Il le prit par les détails, et par la capacité, et par l'autorité de tout faire; il acheva, de concert avec le Tellier, la ruine de Fouquet, glissa en la place de contrôleur général suffoquée jusqu'alors par celle de surintendant. 11 persuada au roi le danger de cette grande place, et comme il n'osait y aspirer, il fit accroire au roi de s'en réserver toutes les fonctions. Le roi crut les faire par les bons et les signatures dont Colbert, simple commis, l'accabla, tandis qu'il saisit toute l'économie et tout le pouvoir des finances, et qu'il s'en rendit le mattre plus qu'aucun surintendant, m

On serait tenté de croire, d'après ces assertions de Saint- Simon, que Louis XIV n'a été qu'une dupe, et Colbert un intrigant qui a abusé de la crédulité du roi. Présenter ainsi l'histoire d'un des plus grands ministres de la France, c'est la fausser indignement. Je sais bien que, dans un autre passage de ses mémoires', Saint-Simon a résumé avec justesse et précision les résultats de • radministration de Colbert. C'est là une des contradictions si fréquentes dans cet auteiu*. Mais quelques lignes consacrées à l'éloge d'un pareil ministre sont insuffisantes. Un aperçu rapide de l'administration de Colbert sera la meilleure réponse au passage

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