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que nous venons de citer et où perce la passion haineuse de Saint-Simon contre Mazarin, Louis XIY et les ministres qui l'avaient secondé.
Bien loin de chercher à accabler'le roi d'une multitude de signatures, en lui dérobant la connaissance réeUe des finances, Colbert fit dresser pour chaque année un état fort court, où il avait indiqué les ressources financières et les dépenses projetées. Louis XIV pouvait se rendre compte avec la plus grande facilité des recettes et des dépenses. Ces carnets de Louis XIV, qui, par leur dimension, pouvaient être constamment à la disposition du roi, existent encore et sont conservés dans le dépôt des manuscrits de la Bibliothèque impériale. Ils attestent avec quel soin et quelle précision Colbert instruisait le roi de la situation financière de la France, au lieu de chercher à l'embarrasser dans des calculs compliqués et des détails minutieux, comme le prétend Saint-Simon.
Les onze premières années du gouvernement personnel de ce monarque, depuis la mort de Mazarin jusqu'à la guerre de Hollande (1661-1672) furent les plus fécondes. Avec le concours de Colbert et de Louvois, Louis XIV imprima à tous les services publics une merveilleuse activité, et mérita le nom de roi administrateur, que Lemontey regarde comme le plus beau de ses titres^ Un historien moderne ^ d'une grande autorité a comparé l'ardeur que montrèrent, à cette époque, le roi et la nation, au zèle que déployèrent, après les tourmentes révolutionnaires, le premier consul et ses conseillers. Lois, finances, hiérarchie administrative, tout semblait sortir du chaos pour s'organiser sous l'œil du génie. L'héritier des rois, comme le soldat couronné, allait s'asseoir dans le conseil des légistes et discutait avec eux les articles du Gode. Tous deux descendaient aux plus petits détails de Tadministration sans crainte de déroger; mais l'un dirigé
I. M. Guizot^ Bistùire de la civiHtcUion en Europe , W leçon.
par d*habiles ministres, Tautre, guidé surtout par Tinspiratioa du génie; Louis, au sein d'une paix glorieuse, due aux négociations de Mazarin ; Napoléon, en face d'une coalition européenne. Louis XIV trouva, pour seconder ses vues, des hommes éminents, mais il eut le mérite de discerner leur capacité, de comprendre leurs pensées, de les maintenir au pouvoir contre les cabales des courtisans, et de faire concourir à la grandeur de la France la diversité de leurs talents, et souvent même l'opposition de leurs caractères et de leur ambition.
Dès que Fouquet eut été arrêté (5 septembre 1661), Louis XIV supprima la charge de surintendant. 11 prit pour lui-même les fonctions de cette charge, et s'adjoignit un conseil composé du maréchal de Villeroi, des deux conseillers d'État d'Aligre et de Sève et d'un contrôleur général, qui fut Colbert '. < C'est dans ce conseil, dit Louis XIV, que j'ai travaillé conUnuellement depuis à démêler la terrible confusion qu'on avait mise dans mes affaires ^ >
La chambre de justice, établie en 1661 ', fit trembler les financiers par la sévérité de ses jugements; il y eut des condamnations aux galères et à la mort \ Ceux mêmes qui obtinrent leur grâce furent soumis à des amendes considérables. Elles s'élevèrent à 110 millions de la monnaie du temps •, et l'on vit M. de Guénégaud, frère du secrétaire d'État, obligé de s'agenouiller devant le chancelier et de confesser les crimes qu'on lui reprochait, avant que son
1. Anciennes lois françaises, t. XVIII, p. 9; Mémoires de Choisy^ édit. Petitoty p. 263. On peut consulter^ sur radministration de Colbert, les travaux spéciaux de MM. Clémeat et Joublau. Outre sou Histoire de Colbert, M. Clément a publié les Lettres, Instructions et Mémoires de Colbert, dont il a déjà paru trois volumes en cinq parties. Colbert n'eut officiellement le titre de contrôleur général qu'en 1665.