Histoire de Colbert, par M. P. Clément, p
4. Au treizième siècle, saint Louis avait rendu une ordonnance semblable dans rinlérêt des villes (voy. Ordonnances des rois de France, 1. 1. p. 82-83).
DES MÉMOIRES DE SAINT-SIMON. kki
et les comptes rendus des administrations. Il obligea les provinces d'éteindre les dettes des communautés rurales ; il fallut que les villes vinssent au secours des campagnes. Enfin Golbert interdit aux communes les aliénations et les emprunts. L'état des dépenses communales dut être soumis à Texamen et à Tapprobation des intendants.
Golbert évita surtout de grever l'avenir. Les emprunts lui paraissaient désastreux sous un prince ami du faste et des grands monuments. Il n'y voyait qu'un moyen d'enrichir les traitants au détriment de TËtat. Gourville prétend même qu'il avait fait rendre un édit portant peine de mort contre quiconque prêterait de Targent au roi ^ Mais, pendant la guerre de Hollande, les instances de Louvois remportèrent sur la sage réserve de Golbert. Le premier président de Lamoignon appuya l'avis du ministre de la guerre, et le fit adopter par le conseil. < Vous triomphez, lui dit Golbert'. Vous pensez avoir fait l'action d'un homme de bien; eh! ne savais- je pas comme vous, que le roi trouverait de' l'argent à emprunter ? Mais je me gardais avec soin de le dire. Voilà donc la voie des emprunts ouverte. Quel moyen restera-t-il désormais d'arrêter le roi dans ses dépenses? Après les emprunts, il faudra les impôts pour les payer, et, si les emprunts n'ont point de bornes, les impôts n'en auront pas davantage. » Golbert réussit, du moins, à atténuer le mal qu'il n'avait pu complètement empêcher. Il emprunta à un taux modéré, conseilla à Louis XIV de diminuer les dépenses de luxe et lui adressa une lettre d'une courageuse fermeté '.
Un des principaux résultats de cette utile et glorieuse administration, ce fat de révéler à la France les forces vives qu'elle renfermait dans son sein et de la placer à la tête du mouvement maritime et commercial qui, depuis plus d'un siècle,
1. Mémoiretdê Gourville, collection Petitot, 2» série, t. LU, p. 529. *