‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 220 sur 328 · Wd., p · texte numérisé non relu

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emportait le monde vers des destinées nouvelles. A la fin do quinzième sîfecle, pendant le seizième et une partie du dixseptième, la France n'avait suivi que de loin Tessor que prenait la navigation. Tandis que les hardis marins de l'Espagne et du Portugal découvraient l'Amérique et les Indes orientales, elle s'obstinait aux guerres d'Italie. Quelques navigateurs français prirent part aux expéditions maritimes du seizième siècle et visitèrent le Canada; ils y fondèrent même Québec sous Henri IV. {Mais, à cette époque, la Hollande et l'Angleterre, qui avaient remplacé l'Bspagne et le^Portugal dans la suprématie maritime, étendaient bien plus loin leurs découvertes et leurs colonies. Il était réservé à Louis XIV et à ses ministres, Colbert et Seignelay, de lancer la France dans cette nouvelle voie et d'égaler sa marine et son commerce à ceux des nations les plus florissantes de TEurope. La formation des compagnies de commerce, que Colbert ne parvint à établir qu'en triomphant des obstacles opposés par le préjugé et la routine S les privilèges qu'il leur accorda, les ports creusés à Lorient, à Rochefort, à Toulon, à Dunkerque, celui de Brest agrandi, les colonies fondées au Canada, aux Antilles, à Terre-Neuve, à la Louisiane, dans les grandes Indes, à Madagascar et au Sénégal, donnèrent au commerce et à la navigation un essor prodigieux. Saint- Simon n'en a rien dit non plus que des conquêtes faites sur l'industrie étrangère. Il faut opposer à son injuste silence la correspondance de Colbert avec les ambassadeurs ; elle prouve avec quelle sollicitude ce ministre s'efforçait d'étendre le commerce de la France. Il écrivait, le 16 août 1669, à M. de Saint- André, ambassadeur à Venise ' :

« Monsieur, « Quoique les affaires dont j'ai ordre du roi de vous écrire

1 . Je renvoie pour tous les détails au tome II de mon Bistoire âê Vadministration monarchique en France,

2. Ms. Bibl. imp. des 500 de Colbert, n" 204| f* 221 ^ verso.

ne paraissent pas de l'importance des autres dont vous avez à traiter, néanmoins, comme elles regardent la satisfaction de Sa Majesté, qui s'applique beaucoup à tout ce qui regarde le cooimerce et les manufactures du dedans du royaume et à l'avantage de ses peuples, je ne doute pas que vous ne donniez l'application nécessaire pour satisfaire au désir de Sa Majesté. Elle désire donc que vous vous informiez avec soin en quel état sont les manufactures de glaces et des points de fil qui se font à Venise et à Muran (Murano), s'il s'en fabrique une aussi grande quantité que celle qui se faisait autrefois, etoù s'en fait ordinairement la consommation, et, en même temps, dé vous informer aussi de celle qui se fait de nos étoffes, merceries et généralement de toutes nos manufactures dans les États de cette république, et particulièrement à Venise, pour m'envoyer ensuite un mémoire de tous les éclaircissements que vous aiu^ez pu tirer sur ce sujet, étant à remarquer qu'il est de grande conséquence de faire ces recherches en secret et sans aucune affectation, afin qu'on ne puisse penser dans quelle vue vous les ferez. »

La Flandre était à peine conquise que Golbert écrivait, en 1669, à l'intendant de cette province, le Pelletier de Soucy* :

« Monsieur,

< Vous savez assez combien j'ai à cœur de porter les marchands de Lille et autres villes conquises à passer leurs marchandises au travers du royaume et prendre leurs mesures pour les embarquer dans quelques-uns de nos ports, en cas qu'ils veuillent les envoyer par mer dans tous les lieux où la consommation s'en fait, pour être persuadé que je n'omettrai aucune des diligences qui pourront dépendre de moi pour réussir dans ce dessein. C'est ce qui m'a obligé d'en-

1. Ma. Bibl. imp. registres des dépêches concernant le commerce, petit fonds Colbert, ^ 104, verso.

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voyer le sieur Thiériaz, qui a le soin de diverses grandes voitures dans le royaume, à Lille et autres villes cédées, pour proposer aux marchands toutes les commodités et le plus grand ménagement qu'il sera possible pour les voitures par les routes de Lyon, Nantes, La Rochelle, Rouen, Dieppe, Saint- Yalery et même celles d'Allemagne et d'Espagne par terre, et pour peu qu'ils trouvent leurs commodités et leurs avantages dans les propositions dudit Thiériaz, je leur établirai encore des correspondances dans toutes les villes maritimes avec des marchands qui s'obligeront d'envoyer par mer toutes leurs marchandises dans tous les lieux où ils voudront les envoyer, à des conditions aussi avantageuses que celles de terre. »

Rien de plus précis et de plus complet que les instructions de Golbert aux représentants de la France à l'étranger pour ouvrir de nouveaux débouchés aux produits de l'industrie française * . Un grand nombre de dépêches attestent ses efforts pour faciliter le transport à l'étranger des vins et autres denrées de la France. Il écrivait le 17 mai 1669 à l'abbé de Gravel, résident près de l'électeur de Mayence " :

« Monsieur,

« Il s'est ici répandu un bruit que les Hollandais faisaient beaucoup de diligences pour traiter avec tous les princes qui ont des péages sur le Rhin, soit pour s'en rendre les fermiers, soit pour les diminuer si considérablement qu'ils pussent tirer les vins qui croissent le long de ce fleuve et s'en servir pour leur commerce au lieu des vins français. Encore que ce bruit n'ait aucune apparence de vérité, et même quand il serait vrai que les Hollandais n'en pourraient tirer aucun

1. Voy. dans Forbonnais, Becherchesy etc., t. I, p. 411, «Le mémoire servant d'instruction au sieur éyesque de Béziers, s'en allant ambassadeur en Espagne, sur le fait du commerce, n

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