‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 229 sur 328 · Mémoires de Saini-Simonf t. XII, p. 448 et guÎT · texte numérisé non relu

Mémoires de Saini-Simonf t. XII, p. 448 et guÎT

2. lï faut ici rectifier le texte imprimé dés Mémoirei de SaifU-^wurn. On y lit : mr Umt le complet; ce qui ne forme pas un sens très-clair. Saint* Simon veut dire que les inspecteurs devaient surtout constater que les régi* ments étaient au complet et qu'on n'avait pas substitué aux vrais soldats des soldats de contrebande appelés posse-i^olarus.

h répandre. Dans le peu qu'il laissa ces inspecteurs rendre compte au roi pour l'en amuser et les autoriser dans les commencements, il eut grand soin de voir tout auparayant avec eux et de leur faire leur leçon , qu'ils étaient d'autant plus obligés de suivre à la lettre, qu'il était toujours présent au compte qu'ils rendaient au roi.

< En même temps, il usa d'uue autre adresse pour empêcher que les inspecteurs ne' pussent lui échapper sous pré* texte de retendue des frontières et des provinces où les troupes étaient répandues l'hiver, 1 1 de l'éloignement des différentes armées, l'été, les unes des autres, il établit un changement continuel des mêmes inspecteurs, qui ne voyaient jamais plusieurs fois de suite les mêmes troupes, de peur qu'ils n'y prissent trop d'autorité, tellement qu'ils ne furent utiles qu*à ôter toute Tautorité aux colonels , et inutiles pour toute autre chose, même pour l'exécution de ce qu'ils avaient ordonné ou réformé , puisqu'ils ne pouvaient le voir ni le suivre, et que c'était \ un autre inspecteur à s'en informer, qui le plus souvent y était trompé, ne pouvait deviner et ordonnait tout différemment. »

Saint-Simon parle ensuite du cri d'indignation que cette institution excita dans l'armée ; mais tout (ut contenu par la terreur qu'inspirait le ministre : « On n'osa rien dans cette primeur où Louvois, les yeux ouverts et le fouet à la main , chAtiait rudement le moindre air de murmure, plus encore de dépita * Enfin à ses yeux, l'établissement des inspecteurs militaires eut pour résultat d'enlever toute autorité aux colonels et de concentrer le pouvoir entre les mains du ministre et de ses commis.

Ce fut également dans une pensée de centralisation que Louvois établit les brigadiers ou généraux de brigade. Avant cette époque , « l'ancien des colonels de chaque brigade la commandait, et dans les détachements, les plus anciens

colonels, qui s'y trouvaient commandés , y faisaient le service qui depuis a été attribué à ce grade. Il est donc inutile et superflu ; mais il servit à retarder l'avancement de ce premier grade au-dessus des colonels, par conséquent à Louvois à en avoir un de plus à avancer ou à reculer qui bon lui semblerait , et, dans la totalité des grades, à rendre le chemin plus dilficile et plus long, à arriver plus tard à celui de lieutenant-général, et à retarder le bâton de maréchal à l'Âge plus que sexagénaire, où alors on n*avait ni l'acquis ni la force de lutter avec le secrétaire d'Etat^ ni de lui faire le plus léger ombrage. »

Pour comprendre la portée des réformes opérées par Louvois, il faut se rappeler ce qu'était l'armée française avant son ministère. Brave et renommée par ses victoires à Rocroi, à Fribourg, à Nordlingen et à Lens, elle manquait de régularité et de discipline. Les charges inférieures dépendaient des mestres de camp, ou colonels, et des capitaines. La plupart des officiers n'avaient pas de brevets et se contentaient d'une commission verbale. < J'ai trouvé, écrivait le comte de Goligny à Louvois en 1665 *, que presque tous les vieux officiers n'ont point de provisions , soit qu*ils les aient perdues, ou qu'ils aient négligé d'en prendre, dans un temps où on n'y prenait pas garde de près, s'étant contentés de la parole de leurs mestres de camp ou de leurs capitaines, qui disposaient en ce temps-là des charges sans en parler à personne. » Ces ofBciers , c hargés de nourrir et d'habiller le soldat, s'en acquittaient fort mal. Les correspondances des généraux avec les ministres ' prouvent que les menaces et même les supplices ne pouvaient réprimer la négligence des officiers et la licence des troupes.

Les soldats ne recevaient du roi qu'une solde insuffisante, et sur ce point encore les officiers trouvaient moyen de trom-

1. Lettre citée par M. Camille Rousset dans son Hittoire de Louvois, t. I, p. 166.

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