Hittùire de Louvois^ par M. CamiUe Roussel, p 16S, note
DES MÉMOIRES DE SÂlNT-SIMON. 465
dit-il % désespéré du joug de M. le Prince et de M. de Turenne, non moins impatient du poids de leurs élèves, résolut de se garantir de celui de leurs successeurs, et d'énerver ces élèves mêmes. Il persuada au roi le danger de ne tenir pas par les cordons les généraux de sos armées qui, ignorant les secrets du cabinet et préférant leur réputation à toutes choses, pouvaient ne s'en tenir pas au plan convenu avec eux avant leur départ, proGter des occasions, faire des entreprises dont le bon succès troublerait les négociations secrètes, et les mauvais feraient un plus triste effet ; que c'était àTexpérience et à la capacité du roi de régler non-seulement les plans de campagne de toutes ses armées, mais d'en conduire le cours de son cabinet et de ne pas abandonner le sort de ses affaires à la fantaisie de ses généraux, dont aucun n'avait la capacité, l'acquis ni la réputation de M. le Prince et de M. de Turenne, leurs maîtres. Louvois surprit ainsi l'orgueil du roi, et sous prétexte de le soulager fit les plans des diverses campagnes, qui devinrent les lois des généraux d'armée, qui peu à peu ne furent plus reçus à en contredire aucun. Par même adresse, il les tint tous en brassière pendant le cours des campagnes jusqu'à n'oser profiter d'aucune occasion, sans en avoir envoyé demander la permission, qui s'échappait presque toujoursavant d'en avoir recula réponse. Par là Louvois devint le maître de porter ou non le fort de la guerre où il voulut, et de Iftclier ou retenir la brfde aux généraux d'armée à sa volonté, par conséquent de les faire valoir ou de les dépriser à son gré. Cette gêne, qui justement dépita les généraux d'armée, causa la perte des plus importantes occasions et souvent des plus sûres, et une négligence qui en fit manquer beaucoup d'autres. » Cette centralisation excessive devint funeste surtout sous les successeurs de Louvois; elle fil souvent dépendre le sort d'une campagne d'un ministre et de ses commis. Rien ne fut plus dangereux,