‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 241 sur 328 · MADEMOISELLE DE MONTPENSIER · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE DE MONTPENSIER

Erreur dans le passage où Saint-Simon parle des mémoires de Mlle de Montpensier. — A quelle époque parurent et comment furent composés ces mémoires. — Ils rectifient plusieurs assertions de Saint-Simon. — Portrait du prince de Gondé (Henri-Jules de Bourbon) dans les mémoires de Mlle de Montpensier et de Saint- Simon.

Saint-Simon parle plusieurs fois de Mlle de Montpensier, et cite même ses mémoires. Après avoir rappelé sa naissance, sa maladie et. sa mort arrivée en 1693, il continue ainsi : & Les mémoires pitbliés de cette princesse montrent à découvert sa faiblesse pour M. de Lauzun. » On a eu tort d'imprimer dans les diverses éditions de Saint-Simon les mémoires publics de celte princesse^ comme s'il y avait eu des mémoires secrets opposés aux mémoires publics. Les mémoires de Mademoiselle parurent dès 1735, et Saint-Simon, qui, comme nous l'avons vu, ne rédigea définitivement ses mé-

moires qu'après 1743, en eut connaissance. On voit, par plusieurs citations qu'il fait des mémoires contemporains, comme ceux de Bussy, de Peuquières, de d'Estrades, de Villars, qu'il ne négligeait pas les renseignements que ces ouvrages pouvaient lui fournir. Il est donc très-probable qu'il lut les mémoires de Mlle de Montpensier dans l'édition de 1735 ou dans celle de 1746.

Ces éditions, que l'on cite encore aujourd'hui comme contenant les véritables mémoires de Mlle de Montpensier, sont pleines d'omissions et d'altérations que j'ai signalées dans l'édition donnée d'après le manuscrit autographe de cette princesse*. Comme cet ouvrage peut fournir quelques rectiiications pour les mémoires de Saint-Simon, je rappellerai sommairement comment il a été composé. Mlle de Montpensier, exilée à Saint-Fargeau après le retour de la cour à Paris (1652-1657), chercha une distraction dans les plaisirs de l'esprit. Après avoir écrit de petits romans et des portraits dans le goût du temps, elle s'amusa à retracer ses premières années et les scènes de la Fronde, où elle avait joué un rôle important; enfin, les agitations de sa petite cour de Saint- Fargeau et ses querelles avec ses maréchales de camp^ Mmes de Fiesque et de Frontenac. Elle prit goût à cette occupation, et continua ses mémoires jusqu'en 1660.

Après son retour à la cour, sa passion pour Lauzun et les malheurs qui la suivirent, lui firent abandonner la rédaction ie ses mémoires, et ce fut seulement dix-sept ans plus tard, en 1677, qu'elle chercha de nouveau une distraction à ses chagrins dans la continuation de cet ouvrage. Elle est surtout occupée, dans cette seconde partie de ses mémoires, de ses projets de mariage et de la douleur que lui causèrent la rupture de ce mariage et l'emprisonnement de Lauzun. Le souffle de jeunesse qui animait la première partie des mémoires ne respire plus dans la seconde. Cependant l'ordre

t. 4 vol. in-18, Pans, 1858, Charpentier.

chronologique y est encore suivi, les principaux événements mentionnés et quelques portraits vigoureusement esquissés. Cette seconde partie s*étend jusqu'en 1676. ^

La troisième partie n'a été écrite que douze ou treize ans plus tard, vers 1689 ou 1690, à une époque où Mlle de Montpensier avait vu toutes ses espérances trompées, ses rêves d'amour aussi bien que ses ambitions politiques. Vieillie et attristée, elle rassemble péniblement ses souvenirs, et tombe dans des redites fréquentes. -Tout trahit, dans cette dernière partie de l'ouvrage, l'affaiblissement de la mémoire et de l'intelligence. Hais les deux premières parties sont vives, animées, et quoiqu'on y puisse signaler de nombreuses erreurs, elles présentent un intérêt réel pour l'histoire.

Nous signalerons, dans les mémoires de Mademoiselle, quelques passages qui peuvent servira rectifier les mémoires de Saint-Simon.

Parlant des intrigues qui firent exiler de la cour Mme d'Ârmagnac, Saint-Simon dit * : < Elle avait été exilée pour s'être trouvée dans l'affaire qui fit chasser la comtesse de Boissons, Tardes et le comte de Guiche. > La cause de Texil de ces personnages fut, comme on Ta vu ^, une lettre fabriquée par eux pour faire connaître à la reine les relations de Louis XIV avec Mlle de La Vallière. Saint-Simon a eu tort de mêler Mme d'Ârmagnac dans cette affaire. On voit, par les mémoires de Mlle de Montpensier *, que Mme d'Armagnac (Catherine de Neuville-Villeroi), fut accusée d'avoir adressé à la reine une lettre anonyme, où il était question des amours du roi avec Mme de Montespan. Voici le récit de Mlle de Montpensier * : « La reine me dit : rai reçu hier une lettre qui m'apprend bien des choses^ mais que je ne crois pas. On me donru avis que le roi est amoureux de Aime de Moniespan et qu'il n'aitne

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