Le prince de Coadé servait alors dans Tarmée espagnole
tre ne fût éYeillé ; qu'ils n'étaient jamais en un même lieu ensemble, et «nfin Fargues m*ayant expliqué sa conduite, fait voir ses magasins, me parut homme de tête et de grand ordre, et chacun convient qu'il a soutenu sa révolte avec beaucoup d'habileté, n'ayant ni naissance, ni condition, ni charge, ni considération qui le distinguât pour se soutenir. >
Ce récit détaillé, fait par un témoin oculaire et impartial, prouve combien Saint-Simon s'est trompé, lorsqu'il fait de Fargues un frondeur compromis dans les troubles de Paris. Fargues était un tout autre homme : c'était un de ces gens de rapière, comme dit Loret, qui, pendant les guerres civiles, s'étaient rendus complètement indépendants et se maintenaient en révolte permanente contre l'autorité royale longtemps après la fin des troubles de Paris. La fronde parisienne était terminée dès 1653, et Fargues ne rendit Hesdin qu'après la paix des Pyrénées, en 1660, comme le prouve le passage de Loret cité plus haut.
Saint-Simon ne connaît pas mieux les causes de l'arres* tation de Fargues. On a vu plus haut qu'il raconte que Louis XIV et Anne d'Autriche tirent appeler le premier président de Lamoignon et lui recommandèrent de rechercher dans la vie de Fargues quelque prétexte pour le faire ariéter et condamner, et que Guillaume de Lamoignon, par avidité et par servile complaisance se prêta à toutes les vues du roi et de sa mère , instruisit le procès de Fargues pour meurtre commis à Paris, le fit condamner et exécuter. Tous ces faits, racontés avec des détails si précis, sont un roman inventé pour jeter de l'odieux sur la iamille de Lamoignon. Aussi lorsqu'en 1781, La Place, publia, dans le premier volume de ses Pièces intéressantes et peu connues pour servir à rhistoire, le récit de l'arrestation et de la mort de B. de Fargues, emprunté texiuellement aux mémoires alors inédits de Saint- Simon, la famille de Lamoignon réclama et produisit des pièces qui établissaient que Fargues n'avait pas été condamné
par le parlement de Paris, mais par l'intendant d* Amiens H par d'autres commissaires délégués par le roi , et que le premier président n'avait obtenu la terre de Courson qu'en 1668, en sa qualité de seigneur de BAville, dont relevait Courson. Mais ce que la famille de Lamoignon n'a pas fait connaître, ce sont les prétextes dont on se servit pour l'arrestation et la condamnation de Fargues. Nous les trouvons dans le journal d'Olivier d'Ormesson. On y lit à la date du vendredi 6 février 1665* : « Il y eut jeudi huit jours que Fargues, de Hesdin, fut arrêté prisonnier, sur un décret des subdélégués de la chambre de justice', à Abbeville, à cause des abus par lui commis dans le pain de munition lorsqu'il était major de Hesdin, du vivant de M. de Bellebrune. Deux jours après, il fut conduit à Abbeville par une brigade de mousquetaires du roi, pour lui être son procès instruit et jugé par les subdélégués, à la charge de l'appel. Chacun en parle comme d'un homme perdu, et qui devait se tenir fort caché, et se retirer même hors du royaume pendant quelque temps. Foucault* me dit avant-hier, que l'on ne le rechercherait pas de ce qui était contenu dans son abolition*, mais seulement du fait des vivres. »
Le 19 février 1665, Olivier d'Ormesson apprend du secrétaire d'État, Le Tellier, que l'intendant de Champagne, Machault, est nommé intendant de Picardie à la place de Courtin. Il ajoute*: < L'affaire de Fargues est l'occasion de ce changement; car M. de Machault va pour le juger souverainement', et M. Courtin l'avait refusé.» D'Ormesson revient