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< Après cela Je me suis trouvée dans le monde, aimée encore de tous côtés ; c'était è qui m'aurait Les hommes me suivaient parce que j'étais jolie ; les femmes me cherchaient parce que j'étais douce dans la société, et que, dès ce tempslà, je m'occupais beaucoup plus des autres que de moi. Enfin chacun s'empressait pour moi, hommes et femmes : c'était une amitié d'estime, et qui était générale, car je ne voulais point être aimée en particulier de celui-ci ou de cellelà; je voulais l'être généralement, qu'on dit du bien de moi, faire un beau personnage et avoir l'approbation des honnêtes gens. Cela dura tant que je fus jeune. Ouand je commençai à ne Tétre plus et que je devins, par conséquent, moins jolie (car je l'étais sans avoir pourtant jamais été belle), ces grands empressements diminuèrent un peu, et aussitôt vint le commencement de ma faveur, et il n'y eut point d'intervalle, l'un succéda à l'autre. >
La malignité pourrait supposer des omissions volontaires dans cette confession de Mme de Maintenon. Mais d'autres témoignages la représentent comme armée contre toutes les séductions moins par vertu que par froideur, par orgueil et par un amour de la renommée qui la mettait au-dessus de tous les périls. Ce qui est certain, c'est que la richesse ne la séduisait pas et qu'elle résista aux tentatives de Fouquet pour l'attirer chez lui. Elle répondait à Mme Fouquet le 18 janvier 1660: «Madame, les obligations que je vous ai ne m'ont pas permis d'hésiter mr la proposition que Mme Bonneau m'a faite de votre part; elle m'est si glorieuse, je suis si dégoûtée de ma situation présente, j'ai tant de vénération pour votre personne, que je n'aurais pas balancé un instant, quand même la reconnaissance que je vous dois ne m'aurait point parlé. Mais, Madame, M. Scarron, quoique voire redevable et votre très- humble serviteur, ne peut y consentir. Mes instances ne l'ont point fléchi ; mes raisons ne l'ont point persuadé. Il vous copjure de m'aimer moins, ou de m'en donner des marques qui coûtent moins à l'amitié
qu'il a pour moi. Lisez sa requête, Madame ; et pardonnezen la vivacité à un mari qui n'a d'autre ressource contre l'ennui, d'autre consolation dans tous ses maux, qu'une femme qu'il aime. »
Mme de Gaylus parle des précautions que prenait Mme Scarron pour éloig:ner d'elle le surintendant^ : « Je me souviens d'avoir ouï raconter que Mme Scarron étant un jour obligée d'aller parler à M. Fouquet, elle affecta d'y aller dans une si grande négligence que ses amis étaient honteux de l'y mener. Tout le monde sait ce qu'était alors M. Fouquet et son faible pour les femmes, et combien les plus huppées et les mieux chaussées cherchaient à lui plaire. Cette conduite et la juste admiration qu'elle causa parvinrent jusqu'à la reine. • Cette anecdote est racontée par Mlle d'Aumale, confidente et secrétaire de Mme de Maintenon, dans les mêmes termes que par Mme de Gaylus *.
Les relations personnelles de Saint-Simon avec Mme de Maintenon paraissent avoir été assez rares. Il dit, dans plusieurs passages de ses mémoires *, qu'il apprit qu'elle était mal dispos(^e à son égard. On voit cependant qu'il s'efforça plus d'une fois de sortir par son influence de sa position d'obscur courtisan. Il tenta d'obtenir, grâce à sa protection une charge de capitaine des gardes. Nous le savons par une lettre de Mme de Saint-Simon à»Mme de Maintenon \ C'est une lettre de Mme de Maintenon qui nous apprend que Saint-Simon était soutenu par les jésuites dans sa candidature à l'ambassade de Rome. Mme de Maintenon écrivait au duc de Noailiesle 2S février 1706': « Il s'est passé bien des choses sur l'ambassade de Rome. M. le duc de Saint-Simon avait été pro-
1. Souvenirs de Mme de Caylut, p. 10 et 11 (Amsterdam, 1770.)
2. Voy. M. Feuillet de Conches, Causeri&f d*un curieux y t. II, p. 515. Pour tout ce qui coDcerne la jeunesse de Mme de Maintenon, nous renvoyons au tome I de V Histoire de Mme de Maintenon par M. de Noailles.