CHAPITRE IL
LES HARéCHAUX DE NOAILLES.
RelalioDS de Saint-Simon aTec la famille de Noailles. — Il accuse Genlis et Barbezieux d'une horrible trahison qui aurait conservé Barcelone à l'Espagne. — Erreur de Saint-Simon prouvée par les lettres de Catinat, de Vauban et de Pontchartrain et du maréchal de Noailles. — Haine de Saint-Simon contre Adrien-Maurice de Noailles, fils du précédent. — Il raconte dans ses mémoires qu'il lui témoigna son mépris en plein conseil de régence. — Opposition entre les récits des mémoires et les lettres de Saint-Simon. — Portrait qu'a tracé Saint-Simon d'Adrien Maurice de Noailles. — Insinuations injustes contre la bravoure du maréchal. — Saint-Simon l'accuse à tort d'avoir manqué de capacité politique. ^ Relations de Saint-Simon avec le cardinal de Noailles, archevêque de Paris.
Saint-Simon fut constamment en rapport arec la famille de Noailles, surtout avec Adrien-Maurice et avec la maréchale sa femme. Il donne aussi quelques détails dans ses mémoires sur le père d'Adrien-Maurice, Anne-Jules de Noailles, né en 1650, nommé duc et pair en 1663, et maréchal de France en 1693. C'est surtout à l'occasion du siège de Barcelone, entrepris en 1694 par le maréchal de Noailles, que Saint-Simon parle de ce personnage, n a écrit en marge de ses mémoires horrible trahison qui conserve Barcelone à F Espagne^ j et raconté avec détails cette 'Horrible trahison qui n'a existé que dans son imagina-
1. Mémoires de Saint-Simon ^ ï, p. 221. Ces notes marginales de Saint- Simon ont été reproduites, comme je l'ai déjà dit, dans les sommaires de mon édition.
tion^ Voici comment Saint-Simon présente les faits' : « Les succès de M. deNoailles cette année en Catalogne, avaient outré Barbezieux. Il en craignait de nouveaux comme des avant-coureurs de sa perte y par le crédit augmenté de ses ennemis. Tout ce qui avait été exécuté en Catalogne aplanissait les voies du siège de Barcelone, et cette conquête mettait le sceau à celle de toute cette principauté, et mettait le roi en état d'attaquer avec succès & la fin de l'hiver le cœur de l'Espagne. Il avait toujours eu ce but, et M. de Noailles, qui savait par le roi même l'&ifection qu'il avait À ce projet, et qui en vit enfin les moyens si avancés, n'en souhaitait pas moins l'exécution, et avec d'autant plus d'ardeur, qu'elle assurerait solidement la vice-royauté qu'il avait obtenue, augmenterait son éclat et sa faveur, et le rendait nécessairement le général de l'armée qui attaquerait Taoïiée suivante l'Espagne, par les endroits les plus sensibles et les plus aisés à pénétrer et à la forcer à demander la paix, dont il aurait toute la gloire. 11 pressa donc le roi de donner ses ordres à temps pour le mettre en état d'entreprendre ce siège avec sûreté, et M. de Barbezieux, qu'il mettait au désespoir, n'osait manquer à ce qui lui était prescrit, et qui était éclairé par le double intérêt de M. de Noailles de ne manquer de rien à temps et de ne le pas ménager s'il n'avait toutes choses à point.
c Une flotte de cinquante-deux vaisseaux partit le 3 octobre de Toulon, chargée de cinq mille deux cents hommes de troupes prises en Provence de celles de Vendôme, et rien ne manquait plus que de mettre là main à l'œuvre, lorsque M. de Noailles voulut rendre au roi un compte particulier de tout et recevoir directement ses ordres, et le tout à Tinsu de M. de Barbezieux. Pour une commission si importante pour
1. Voy. ieBullêUn de la Société d'histoire de France j années 1851-fS52. p. 380 et suiv. C'est à ce recueil que j'emprunte en partie les preuves de l'erreur de Saint-Simon.