Mémoires de Sain^Simorif t. XV, p
2. Je dois la communication de ces lettres à M. Amédée Lefèvre-Pontalis, auteur du discrmrs sur la vie et les écrits de Saint-Simon, qui a été couronné par l'Académie française et que j'ai déjà cité plus haut, p. 5. Ces lettres font partie des manuscrits de la Bibliothèque impériale^ suppl. fr.
fait retirer. J'ai celui de vous remercier de l'un et de l'autre, et d'être, Monsieur, avec les sentiments que je dois,
Votre très-humble et très-obéissant senriteur c Le duc de SAurr-SmoN. >
Cette première lettre n'est que polie. La seconde est i^resque affectueuse:
« Je viens de voir des gens pénétrés de vos bontés, Modsieur, et en même temps du silence qu'elles demandent. Ds m'oQtchargé d*un remerciement pour vous etde vous supplier d'importuner ou de soulager S. A. R, , suivant que vous le iugerez à propos de celui qu'ils lui font. L'un et l'autre sont ci-joints. Le Sr. de Maubreuil, mon secrétaire, s*est présenté plusieurs fois pour recevoir vos ordres par le Sr. OroD, ou par vous-même^ sur la suite de cette affaire. Comme vous m'avez témoigné désirer quelqu'un de sûr pour cela, vous aurez donc agréable de le faire mander, quand il vous plaira, et de croire que je suis, Monsieur, avec les sentiments que je dois,
« Votre très-humble et très-obéissant serviteur « Le duc de Saint-Simon*. »
Ce contraste entre les lettres et les mémoires de Saint- Simon fait comprendre la vérité de ce que dit Lemontey sur les rectifications que la correspondance de Saint-Simon fournit pour ses mémoires. Il reste bien établi que cet homme, qu'il accuse de scélératesse et auquel il prodigue des injures posthumes, était, en 1716, un collègue auquel il écrivaitavec une déférence marquée.
Examinons maintenant si le caractère du maréchal, tel
1. J'ai cité ci-dessus, p. 139-140, une lettre de Saint-Simoii à la maréchale de Noailles.
D£S MÉMOIRES DÉ SÂlNT-SIMON/ 533
que Saint-Simon Ta tracé, est cotiforme à la vérité historique. « Le duc de Noailles, dit-il', maintenant arrivé au bâton, au commandement des premières armées et au ministère *y va désormais figurer tant, et en tant de manières, qu'il serait difficile d'aller plus loin avec netteté sans le connaître, encore qu'il soit plein de vie et de santé, et qu'il ait trois ans moins que moi. C'est un homme né pour foire la plus grande fortune quand il ne l'aurait pas trouvée toute faite chez lui. Sa taille assez grande mais épaisse, sa démarche lourde et forte, son vêtement uni ou tout au plus d'officier, voudraient montrer la simplicité la plus naturelle; il la soutient avec le gros de ce que, faute de meilleure expression, on entend par une apparence de sans façon et de camarade. On a rarement plus d'esprit et de toutes sortes d'esprit, plus d'art et de souplesse à accommoder le sien à r^lui des autres, et à leur persuader, quand cela lui est bon, qu'il est pressé des mêmes désirs et des mêmes affections dont ils le sont eux-mêmes, et pour le moins aussi fortement qu'eux, et qu'il en est supérieurement occupé. Doux quand il lui platt, gracieux, affable, jamais importuné quand même il l'est le plus ; gaillard, amusant ; plaisant de la bonne et fine plaisanterie; mais d'une plaisanterie qui ne peut offenser; fécond en saillies charmantes; bon convive; musicien ; prompt à revêtir comme siens tous les goûts des autres, sans jamais la moindre humeur: avec le talent de dire tout ce qu'il veut, comme il veut, et de parler toute une journée sans toutefois qu'il s'en puisse recueillir quoi que ce soit, et cela au milieu même du salon de Marly, et dans les moments de sa vie les plus inquiets, les plus chagrins, les plus embarrassants. Je parle pour l'avoir vu bien des fois sachant