‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 273 sur 328 · Voy. p · texte numérisé non relu

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tenoy, il lui écrivit le 9 mai': « Je compte partir samedi prochaîn, le roi n'ayant pas jugé à propos de me laisser partir avant lui, à cause des fréquents conseils que Sa Majesté a tenus. Mais je vous demande, s'il vous plaît, de ne vous poiiTt battre avant mon arrivée; car j'ai bon courage et un sabre écossais qui doit &ire des merveilles. J'ai demandé la même grftce au roi, et j'espère qu'il voudra bien m'at'^ tendre.» Noailies figura, en effet, à la journée de Fontenoy, et y servit glorieusement sous le maréchal de Saxe. Il avait alors 68 ans et payait encore de sa personne sur les champs de bataille, pendant que Saint-Simcm tranquille, dans son hôtel de la rue Saint-Dominique, écrivait ses mémoires où il cherche à faire douter de la bravoure de Noailies : «Pour sa valeur, dit-il*, j'en abandonne le jugement à ceux qui l'ont vu en besogne. 11 en a essuyé quelquefois de bons mots le long des lignes. Ses incertitudes continuelles, et ses occupa-* tions, qui l'ont tenu sous clef à l'armée et à la cour, ne l'y ont pas Eût aimer. >

Passons maintenant à cette ambition dévorante, qui fnt> selon Saint-Simon, le principe de toutes les perfidies, de toutes les noirceurs et, pour me servir de son langage, de tous les crimes du maréchal. Je suis loin de nier l'ambition du duc de Noailies; il sut, avec la dextérité* d'un habile courtisan, se plier aux diverses formes de' gouvernement. Après < avoir servi le despotisme de Louis XIY dans les dernières années de son règne, il fut directeur du conseil. des finan* ces sous la régence du duc d'Orléans. La position était diffi* cile ; les dettes étaient énormes et les ressources médiocres dans un pays où les classes les plus riches n'étaient pas soumises aux impôts. Le duc de Noailies épuisa tous les moyens pour combler le déficit et finît par proposer, en 1 7 1 8, la taille proportionnelle s'appuyant sur un cadastre des biens

1. Mémoiret de Noaillet, p. 345, édition Hicbaud et Poujoulat.

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de tous les Français ^ « S'il y a an remède a ce mcd, diMdt-il après avoir tracé un tableau effra;yant de la situation financière de la France, c'est certainement la taiDe proportionnelle, la juste estimation des biens du royamne, et la connaissance des facultés des sujets du roi. Il serait à désirer qu'on pât m même temps imprimer, à tous ceux qui cberdient à â'etempter aux dépens des autres, combien il leur serait avantageux que la contribution se fit avec une proportion équitable: outre que cela est juste en soi» ils n'auraieiit jamais à craindre la ruine de TËtat, qui à la fin entraine nécessairement celle de tous les particuliers. »

Saint-Simon ^ un des plus âpres défenseurs des classes pirivilégiées, dut s'indigner en entendant parler de l'égale répartition de l'impôt. Les projets de Noailles fbrent rejetés. On leur préféra le système hasardeux de Law. Quant à NoailleS) il aima mieux abandonner sa position que de se soumettre à cette expérience dangereuse. Gel ambitieui subit une honorable disgrâce, tant que dura le système, dont Saint-Simon et d'autres ducs parurent assez disposés à profiter*. Il résista fermement à Dubois, airec lequel Saint-Simon négociait, tout en l'accablant de mépris posthumes'. Noailles, exilé en 1720, resta trois ans dans ses terres, et ne reparut à la cour qu'après la mort de Dubois^ maia il y reparut honoré et exalté dans l'opinion par l'éclat même de sa disgrâce. Jusqu'à la mort du cardinal de Fleury, ;5on crédit se soutint. Appelé au conseil des nonistres en 1743, on le crut destiné h succéder au cardinal, c'était le moment le plus favorable pour donner l'essor à son ambition. Loin de là, le maréchal de Noailles lut au jeune Louis XV un discours dans lequel il lui rappelait les maximes de son aïeul et l'engageait à n'avoir jamais de premier

1 . Mémoires de NoailleSf p. 277, édition Michaud et Poujoulat.

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