‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 28 sur 328 · Tome 1, p. 17 et suiv. I · texte numérisé non relu

Tome 1, p. 17 et suiv. I

les mœurs justement décriées de Vendôme. Il a été jusqu*à méconnaître le génie militaire de ce général qui rappelait Condé. Vendôme avait, comme le vainqueur de Rocroi, un coup d'œil rapide et perçant et une ardeur qui enlevait les armées ^ Saint-Simon n*a vu que ses vices. U mentionne à peine les victoires de Vendôme en Italie et en Espagne, et lui impute les désastres qu'essuya en 1 708 Tarmée française commandée en Flandre par le duc de Bourgogne.

Pour apprécier l'injustice de Saint-Simon, il fautse rappeler quelle était en 1708 la situation des affaires. Vendôme avait été envoyé en Flandre pour réparer le désastre de Ramillies. Le duc de Bourgogne avait le commandement nominal de l'armée, dont Vendôme était le véritable chef. La pensée qui avait associé ces deux hommes n'était pas heureuse. L'élève de Fénelon et de Beauvilliers se distinguait par Taustérité de ses mœurs; mais il manquait d'élan et de génie militaire. On lui reprochait de passer une partie de son temps dans des occupations puériles ou dans des pratiques de dévotion minutieuses*. Son entourage se composait d'hommes qui n'étaient pas capables de le former à la guerre, on y remarquait, entre autres, le marquis d'O, dont Saint-Simon a tracé le portrait suivant * : < C'était un grand homme, froid, sans autre esprit que du manège et d'imposer aux sots par un silence dédaigneux, une mine et une contenance grave et austère, tout le maintien important, dévot de profession ouverte, assidu aux offices de la chapelle, où dans d'autres temps on le voyait encore en prière et n'ayant de commerce qu'avec des gens en faveur ou en place dont il espérait tirer parti, et qui, de leur côté, le ménageaient à cause de ses accès. »

1. Voy. dans la dernière partie de oe volume le chapitre intitulé : Venâàwte; ta eampaffnei d'Italie m 1704 el 170&.

2. Voy. dans la Correspondance de FénéUm, les lettres du 25 octobre et du 3 décembre 1708.

Après avoir parlé de la marquise d'O, qui formait un contraste complet avec son mari : « plaisante, complaissanle , toute à tous et amusante, l'esprit tout tourné au romanesque et à la galanterie, » Saint-Simon continue ainsi : < Cet alliage de dévotion et de retraite d*une part, de tout l'opposé de l'autre, mais avec jugement et prudence, était quelque chose de fort étrange dans ce couple si uni et si concerté. Mme d'O se donnait pour aimer le monde, le plaisir, la bonne chère; et pour le mari on Taurait si bien pris pour un pharisien, que j'étais toujours tenté de lui couper son habit en franges par derrière'. »

Ce mentor du duc de Bourgogne contrastait étrangement avec le duc de Vendôme, habitué aux propos grossiers, à la licence, et aux mœurs soldatesques. Le marquis de Gamaches, qui était attaché également au prince, était, d'après le témoignage de Saini-8imon%< un bavard qui n'avait jamais su ce qu'il disait ni ce qu'il faisait. » Cheverny et Saumery, autres mentors du duc de Bourgogne, n'étaient pas plus capables de le diriger, si l'on en croit notre historien*. Il compare le premier à un mattre à écrire, qui avait beaucoup de lecture, mais peu ou point de service. Quant au second, il n'était parvenu aux honneurs que par sa fatuité est son insolence, à force de monter cent escaliers par jour, de dire des riens à l'oreille, de faire l'important et le gros dos ^.

Cependant les dissentiments ne se manifestèrent pas tout d'abord entre le duc de Bourgogne et le duc de Vendôme. La campagne s'ouvrit sous d'heureux auspices : Le général anglais Marlborough fut obligé de reculer devant l'armée française, forte de 90 000 hommes. Les places de Flandre,

1 . On sait que les pharisiens portaient leurs vôtements découpés en franges sur lesquelles étaient inscrites des sentences de l'Écriture sainte.

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