CHAPITRE V
i£ DUC DE VENDÔME.
Injustice de Saint-Simon à l'égard dû duc de Vendôme.— Campagnes de 1704 et 1705 en Italie. — Récit qu'en fait Saint-Sîmon. — Plan de campagne présenté par Vendôme au roi en 1704. — Correspondance entre Vendôme et la Feuillade qui réfute les assertions de Saint-Simon relatives au maréchal de Tessé. — Entourage do
. duc de Vendôme caractérisé dans ses lettres à la Feuillade (4 mars 1704). — Conseils donnés à la Feuillade par Vendôme sur un projet d'invasion dans 'le comté de Nice; silence gardé par Saint-Simon sur ces opérations militaires. — Projets de Vendôme entravés p.ir h's ordres de la cour. — 11 est obligé de suivre le plan de < ampagiie tracé par Chamillard. — Il s'efforce vainement de détourner la Feuillade d'entreprendre la guerre contre les Barbets on Vandois du Piéniont. — Prise de Verceil par Vendôme. —Prise d'Ivrée. — Siège et prise de Verrue. — Critiques injustes de Saint- Simon. — Opinion do général de Vault sur cette campagne de Vén-
i. Voy. le Journal de Barbier à la date du 12 juillet 17*22.
<^ïçi^,,T^ yj/^tpir^d^rC^s^apao, ^ Récit de^Saint^imOQiraûitéptf les témpign^çs coutempoîaûis* , . , ,
D.^s qp^e sén/^ranx^ q^i ont répandu quelque éclat sur la fin du règne de Louis X;IV» Luxembourg^ Catioat, ViUais et .Yend6gie^ les deux preoners fiontà peine meationnéftpar SaiptrSixnpn, et les deux deriiiers <ont ébè fort maltraités par cet écrivain. Nous yenops de montrer combien il a été in|uflte envers ViUars? B a poursuivi Vendôme avec encore plus,d'acjianiement^ U n'y a riein là d'étonnant ? entre ce pet|)trfila de Henri .IV, qui affichait le cynisme^ et le duc, et ^ pair de mœurs austères» le contraste était trop majTqué pour que raotipalhie ne fût pa» profonde. Dans sop chflteau d'Apet, au Temple, dans les camps, le duc de. Vendôme ne connaissait ni règle , ni contralate : ento^ré d'aoais qui lui ressemblaient » de son £rère» le grand /prie^r;de Malte, de Chaulieu, du marquis û& la Fare, du poète Campistron, il vivait dans la licence. Cette société prés^ptait une étrange association d'esprit délicat et de grossier sensualisme. La petite cour d'Anet, où. régnaient lajpacess^j les loiigs repas, les discussions sceptiques^ les plaisirsip9U9sésjusqu'à/d;ignobIes débauches» révoltait Thonnât.e|é.de S^iiitTSimoUf On ne pourrait qu'applaudir à son in^^atipn» s'il se fût borné à flétrir les vices de Veoidôme. Mais il a eu le tort de méconnatire son génie militaire. Noos devpqs signaler et réparer cette ii\justice. Nous n'avoDs pas pour/Vepdq(ne,.oûimme pour lesNoaiUes et Villars, des mé^ moires ;tirés 4e. ses papiers que nous puisions opposer aux assfcPtions de 3&int^Simon< Mais \e9 Mémoires milUaires nlatff^à laguorre dt 8!^ù6$siQn d'E^paffuô^ contiennent un certain pondre de. lettres du maréchal de Vendôme; d'antres
u ^émç{ifes, de Sainl-Smtin, U V, pu 132-1 3a et un gmad 9ombr«( d'autres passages.
2. Cet ouvrage fait partie de la Collection des documents inédits relatifs à Vhistoire ée franco, '^
sootcoDservées dans les dépdto publics. Noos chercherons; en conoparant ces documents aux mémoires de Saint-Simon, à rectifier ses erreurs, et surtout à montrer à quel point lui muique rinteiligenoe dt>s opérations aïilîtarres; Prenons tek campagnes de 1704 et de 1705^ en Italie. ' - >
Leduc de Savoie » Victor- Amédée, venait de se dédàfer contre la France. Deux armées furent dirigées contre lui: ^' Tone, sous la conduite de la Feuillade, envahit la Savoie; î l'aotre, commapdée par Vendôme^ et sous ses ordres par stm frère le grand^prieur, devait empêcher les impériaux de' ve- ^ DÎT au secours de leurs alliés et menacer Turin. YeAddme ^
réussit à repousser les impériaux, qui s'étaient avancés sous la conduite de Staremberg, et leur fit essuyer un échec* Il ' enleva Verceil et Ivrée à Victor-Amédée*. De «on côté, la Feuillade s'était emparé de la Savoie et avait opéré sa joi^c- * tioh avec Vendôme. La campagne de 1704, si désastreuse en Allemagne, avait été avantageuse en Italie, où Vletor-Amëdée, resserré entre deux armées et séparé des Autricfiieris; ' avait perdu une partie de %^ États et était menacé jusque dans sa capitale.
Gomment Saint-Simon a-t-il présenté cette can^pagnetll y trouve l'occasion de frapper Tessé, Venddùne et la Peiill-* lade. Le premier c s'en alla en poste seul et en carabidjoin^ dre M. de Vendôme, mit dans sa poclhe sa commission poor commander l'armée et ne prétendit qu'à l'état de volontaire ^ ^ Vendôme oe lui fit pas la moindre civilité d'aucune déflirence; ' et continua en sa présence à donner l'ordre et à commarider*, commet Tessé n'y eût pas été. » A la platitude de Tessé, Saint-Simon joint les fanfaronnades de Vendôme ^ : < "Ses courriers étaient sans nombre, ou pour des bagatelles qu'il faisait valoir et qui trouvaient des prôneurs, ou pour des as^ surances de choses qui ne s'exécutaient point et qui trouvaient leurs excuses dans les mêmes personnes, et le roi s^'en
I. Mémoires de Saint-Simon^ t. IV, p. 244-245. — 2. /Wd., p, t'«5.
570 EXAMEN GRITiQOfe
Misftil pèïh^atf«lr. » Enfin > il critique ravanceûient tapMe dôrnié i ta Fôuiilade, gen A^e et Gbioniiiard ^ Tcntex^Mte iâinpagAô bù VendAmè toontra sofn habileté et s'abaildoima âiôiâd à la paresse ({fi*à*son ordinaire, se rtSsnme, pour Saint* SimoDy en yanteries ridicules : t Qui compte9rait exacteiïient ce iftxB M. de VendAme mandait an roi qu'if tuait on prenait fttz enneiûis en détail, y trouverait presque le montant de lettr armée '. > Ne pouvant nieir Tascendant de Yetiddme Mnr le soldat, Saint^SiiùoA rètptîque par la licence et la débauche, « l'air fitmiliër arec les soldats et le menu oflicicfr. ^
Il faut op^oâer à ces allégations malveillantes des dœatnenta tirés de la correspondance même de Vendôme. Il avait préâdMé au roi un mémoire où il exposait, dès le commeneeoiÉnt de l'année 1704, les différents plans de campagne*. t Sa Majesté, y disfiit-il, a vu, par mon dernier mémoire, que je conclus poor le siège de Turin, Quelque grande, que soit cette entreprise et quelques difficoltés qui s'y rencontrent, parce que je ctois que c'est la seule dhose qui puisse mettre H. le duc de Savoie à la raison, et, par conséquent, être cause de la &h de la guerre efn Italie. Cet Objet est si graud, qu'il Bembie ^u'il doit déterniiner le roi à ordonner ce siège. Mais je erdis devoir en même temps faire envisager à Sa Majesté les difQcultés qui s'y rencontrent : la première sera pour la fonction * , et quoique ce ne soit pas la plus embar-
1. MéfMiîres de 5atiW-Stmon, t. ÏV, p. 246. Louis d'Aubusson, duc de h jTeuiUade et gendre de ChamîUaxd) ^it fils da coortisaa qui avait éhfé k statue de la place des Victoires (voy. plus haut, p. 371-373J. ' 2. rhid., p. 28&.
3. La râpoBsd du roi au tnémoire de Vendôme a ^té pui)Hée dans les tijfioires militaires relaHfs à la succession d'Espagne (t. IV, p. 192 et suif.). 'Quant au mémoire de Vendôme, on s'est borné à en donner une analyse •tïè«-sUcciiiete, Le plan suivi pdtnr cet ouvrage Bl, d'ailleurs, un grtVè iûfon- ..vénicot :'on y présente successivement Us éyâaemente q«i se passent eu Savoie, en Piémont et en Lombardie. Il est difficile de se rendre compte de ' leut corrélation. La lettre de Vendôme ffoe je cite est feôdite. . 4.; ta jotietion de VênaAfi ;dè la Fe«madei ^vec celle Ue Vendôme.
DES MÉII0IRB6 D£ SAlNt-SlMÔN. 571
matante ) nous ne poorrom pas nouis tnctttre en tHoftte^ nient pour nous apprôobÈt àk ¥è sànS ftètis eÉpoiet à me baHofle^ si iei^lintanis Vèuldet ladonnèfif, petsqfne qfuend. on est à dix milles d'Ast, on ^tre dAns des plafaes lirèfik castes et dans lesquelles on ne peut prendre aneum poeiéitui puisse faire éviter un tombât. Lajcmction éiaiA Hitè, il tkn^ dra se rendre mattre de Qoiers et de la bauteur des (}apu«> eins, élalit impossible de fsire le siège de Turin, sans rap^ pirocher dos vivres qai seront à Ast et à Aletandrie et sans ftîre venir aussi toutes les tnntkitiâns éd guêtre néoesaaîreii pour un pareil siège, et il faot de nécessité que ce sott l'arniée qui protège tous ces ooavois, étant aisé à l'ennemi de les traverser par le poste de Verrue. L'armée ennemie peut même nous încommoder beaucoup pendant es siège. Mais Je crois qu'on peut remédier à cet inoonfénieni par la supério^ ffité des troupes que nous aurons au moyen de la jonetieD. Tout ce que je viens de dire ne se pourra faire qu%prës beau*ooupdetemps^ et quand la campagne commencerait au l'*'de mai et que nous nous rendrions mattresde tons les postes nécessaires pour faire le siège de Turin, fia Majesté ne ddft pas compter qu'on puisse ouvrir la tranetiée avant la fin de juin. J'ai cru démon devoir de loi représenter ks utilités at les difficultés de os siège, afin qu'elle décide comme elle le jugera & propos.
« Si Sa Majesté ne veut pas qu'on fasse te siège de Turtn et qu'elle ne juge pas à propos que les troupes qui sont aui ordres de .H. de la Feuillade, nous joignent, on peut faire faire à cette armée le siège de Verceil et faire faire en même temps celui de Saze à M. de la Feuillade. Le duc de Savoie se voyant pris par les deux bouts se trouvera fort embarrassé» et ces deux places prises nous dédommageront en quelque façon de n'avoir point fait le siège de Turin« quoîlque je persiste toujours à dire que la prise de ces deux places ne déterminera point le duc de Savoie à uu racoomuiodement, comme celle de Turin. A Tégard des difflonltés, H s'en tPOU*>
>^ Mtk?ft^»Qup .mQîoSi k !CQtte lei^trepriae qu'à' FMiie^iel <m pourra efîm«i/^iKer ^,«bé«|eJ)QatiQ0i4i plustdfc; mabslajoiiC'^ tioD ne se faisant point, il faudra de nécessité faire Tenir quelques troupes de la Secchia. »
Après avoir exposé un troisième plan de campagne, dans b^casoùiles deux premieFs seraient écartés^ Vepdàmor terminait ai<k3i : «- Jl y a Ueu de croire qne, si cette t»mpagne se p«ase ^vec succès, cela pourra finir la guerre d'Italie, et le siiûcèsideUcampagnâ dépi^d du parti que l'on prendra. Je ne^iM.sena pas assez, fiofrt, et je.n*ai pas assez bonne opîraoo de jam-méme pour vouloir seulement dire mon sentiment sur une oiati^' aussi importante. Il n*j a que Sa Majesté 901, pap ses lumières^ puisse choisir le meilleur de ces trois projets.; J'attendrai sa décisioû et me mettrai en état de lui obéir le mieux qullme sera possible, et quoique la prise de Turii^meiiaraiase fort.décbive, on peut espérer de grands ataatages dos autres projets. »
(Le ton. de ce mémoire n'a rien.de ftinfiiron. On pourrait pluldt refirocbier à Vendôme une complaisance de courtisan qui. s'humilie davant la supériorité du roi et lui laisse la déûisiDn. Cependant, on voit clairement percer la pensée do général : il désirait que le siège de Turin fût entrepris et es* paraît' terminer la guerre par la prise de cette ville. Mais Ghamillard voulait maintenir son gendre la FeuiHade i la tj§te d'un corps d'armée séparé et lui assurer rhonneor de conquérir Nice. Le premier projet de Vendôme fut écarté, et Louis XIV décida que le siège de Verceil, serait entrepris pendant que la Feuillade envahirait Je comté de Nice* Ce pltin> inspité par le désir de laisser au gendre de Gbatnilkrd le commandement d'une armée ^ était mauvais. Saint -Simon a raisodlorsqu -il reproche à Ghamillard sa faiblesse pour, lu Feuillade; ttuds il nepardt pas se douter du plaa cotïQu par Vendôme; C'était de ooncert arvec le maréchal de Tet^ qm Vendôpne l'avait, tracé. Ainsi , il n'est* pas vrai, comnui 1& prétend SaiotiSimon, que Vendôme u^ait^montré
DES MÉMOIRES DB SAïNT-SlMON. 673
aocone déféorëncer pour cefvfôréètmlj Ba lettre &tii^avite ifaa Vendôibe écrrvaft^ te Péuillade, prônvô lacdtiWtfltief ? » '• '!
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« A Casai ^ ce 29 février 1704. .
« Ayant que d'avoir reçu, monsieur, rotre iedtre du 1^, Sa^ Hejeaté m'avait déjà fait Tbonneur de mlnformer des ordres qu'Eue vous a donnés. J'ai bien meilleure opinion de rousi qoe voas n'en avez vous-même, et je suis sûr que personne ne s'acquittera mieux que vous d'une semblable oommi»ion ; Après cela Je vous dirai qu'il serait à souhaiter, au maink selon mon sens, qu'on vous emploj&t h autre chose ; aquje' j'ai conclu avec M. de Tessé, et dont j'ai donné part au )*oi, mt> parait sans comparaison meilleur et a bi^ plus de rapporti à ce que je puis faire de ce côté ici dans le temps^ que voiis> agirez de l'antre. Je ne sais même qui a pu dire fl(u roi quï vous pourrez exécuter toutes les dioses dent vous êtes chargé dans trois semaines. Pour moi, qui ai été sur les Heux et (fai ai tout vu avec soin, je vous dirai que je Vous tiens iaoarUeh: heureux si vous pouvez avoir tout fini en deux m6ia. J'en ai' écrit en ces termes au roi^ et il n'y a rien que je n'aie tait pour le déterminer au projet qw j-ai fmt atto le mat&^hxd de Tesâé et dont je ne doute pas qu'il ne vous ai fait pai^t. Jei souhaite pour le bien de son service que Sa Majesté ae rende à mes raisons. Car je vous répète encore que l'autre projet^ ne touchera que médiocrement M. de Savoie, au lieu queie^ nôtre lui portera un coup mortel. ' »
c Je ne doute pas qu'il n'y ait de bonnes gens qui nede^i mandent pas mieux que de me brouiller avec M. de.Chamil^ lard; mais je vous répète, quoi qu'Us fassent, qu'ils n^en vien«*! drimt pas à bout. Pour vous, je n'ai rien à ajouter à ce que- je* voasaidéjà dit» et, pour établir un véritafaèe commerce d*ami*>: tié^ je vois» monsieur, que je ne puis mieux faire<;fue au Unir • maletlre sans aucune oérénM)nie,etja.vou8pitiod^3n f^iredei m me.de votre côté. Trouvez loon que je lassé dtisbomplt^
auBnUià M- Benobû K Beaucoup de gens m'aysureM m qoe Douâ ne le icfranwisphis, j'en suis, jevosaravoue, iDcoosolable. Pour vous» monsieur, je me fais un sensible plaisir de vous embrasser ce printemps.
€ Louis DE Vendôme. >
Cette lettre autographe, commç bi plupart de ceJUes qpie VendôQue adresse à la Feuillade, est d'un toa simple, fifo^ naturel,^ qui ne sent en rjen le çpldat fanftgron. Au mijyti^ des araires les plus sérieuses, Yctnd^me a^ait, daoa ^ correspondance, un laisser-aller et un badinage qui rappelleot la société du Temple. Cependant ce n'e$t pas, comme dit Saint- Simon, de la licence et de la débauche. La plaisanterie ne dépasse pas les bornes çonyenables, 'comme on pept en juger par la lettre suivant^, ^/iressée à la Feuillade :
« Â Casai, ce 4 mars 1704.
te J*ai vu, monsieur, par votre lettre du 17, que vous avez fait d'avance les préparatifs nécessaires pour toutes les entreprises auxquelles Sa Majesté voudra se déterminer. Tattends les derniers ordres avec bien de l'impatience, et j'espère qu*Elle se rendra aux raisons que j*ai pris la liberté de lui représenter. Je me dispose, de mon côté, à favoriser vos entreprises, et, avant la fin du mois, je serai en étal d'aller où il me plaira sans craindre les ennemis. Il faut seulement que je sois averti liuit jours à l'avance du moment que vous vous mettrez en mouvement.
« J'ai envoyé à mon frère * vingt compagnies de grenadiers de cette armée sous les ordres du chevalier de Luxembourg. 11 marchera dans deux jours pour attaquer Révère *,
li Voy. sur Bouchu, intendant de Tannée d'Italie, les Mémoires de Saint- Simon, t. IV, p. 438-439.
2. Philippe de Vendôme, grand prieur de Malte, qui commandait un ce> corps de l'armée d'Italie.
3. Ville def ht Vénétie à 26 lllom. au S. E. de Mantoue. C'était une position importante pour fermer l'entrée de l'Italie aux Autrichiens.
et, 4^ la i99i|ièi;e dcot nos mesureasonIfknbMB, Je se doute pa9^ qff§ ciçtte entreprise ne réi^&î3$e. Je- viQw prm-de ne diriQ cette ncuaveUiB qtfk M, le QMr6cb|l àà Twi* 6t à M. Bouchu.
< Gampi^tron ^ est plus f(»*t sur la dispute et sur la déraison qu'il n'a jamais été, et nous avons de plus le chevalier de Fonrbin \ que vous n'avez point vu et qui est certainenient au moins de la force de Ganillac \ Il a au-dessus de lui une fort grosse voix et la meilleure poitrine 4u monde. Gotteron ' est encore comme vous l'avez vu. Imaginez-voùs^ je vous prie^ ce que ce sera que tout cela quand vous aurez joint avec M. Bouchu et Ganillac, et que Ghemerault* et Barbeziëres ^ seront arrivés. Pour moi, qui ne dispute jamais, comme vous savez^ je n'aurai d'autre parti à prendre que d'écouter et d'admirer souvent la force de^ poitrines et rarement celle de la raison; car je n'attends ce dernier sujet d'admiration que de vous et de M. Bouchu, et je suis sûr que les antres ne vous donneront pas le temps déparier.
< Le dit Gampistron file ici, sans aucun succès, le parfait
1. Nouvelle preuve de la confiance et de la déférence que montrait Vendôme au maréchal de Tessé, contrairement aux assertions de Salnt-Sfmon.
2. Jean-Galbert de Gampistron, d'une famille noblç du paya d'Armagnaç, était secrétaire des commandements de Vendôme, Il est surtout connu par ses pièces de théâtre. On cite de Gampistron un trait qui mérite d'être conservé. A la bataille de Luzzara, Vendôme, qui s'exposait à un feu meurtrier, aperçut, en se retournant, son secrétaire des commandements tout près de lui. Alarmé des dangers que courait le poète : « Eh bien! Gampistron, lui dil-îl, qui faites-vous ici? — Monseigneur, reprit le Gascon qai avait. la répartie prompte, voulez -vous vous en aller? »
3. Saint-Simon parle de ce chevalier de Fourbin, ou Forbin, maréchal des logis de la cavalerie qui fut tué au combat de Cassano. (Voy. t. V, p. 43, des Mémoires de Sairit Simon,)
4. Colonel du n'i^'imenl de Rouergue. (Voy. Saint-Simon, t. II, p. 192, et surtout t. XII, p. IGO et suiv.) Ge Ganillac fut un des rouéa de régent.
5. Gotteron était ca[iitalne des gardes de M. ûa Vendôme; il le couvrit do son corps au combat de Cassano {Mém, de Saint^lfilaire, U), ^96).
Q, Maréchal de camp, sur Lequel on trouveyra des détails dans Saint-Sinj^n (l. II, p. 8,- t. V, p. 42; t. VI, p. 307; t. VU, p. 378).
7. Maréchal de camp, dont parle également «Saint-Simon (t I, p. 9<^6; t. IV, p. 108, 186, 284).
amour auprès d'une virtuose de M. de Mantoue ', que ce prince lui a laissée en faveur de son marquisat ^, chose qu'il n*eût jamais faite pour un autre qu'il n*eût pas revêtu de ce titre. Cependant, on nousassurequ*unde nos ingénieurs, sans être marquis, jouit des faveurs de la princesse. J'en ai averti le marquis de Gampistron, lequel n'a fait qu'en rire et s'est piqué de paraître sur cela d'un air fort dégagé. Néanmoins, il m'a assuré au préalable qu'il allait mettre incessamment des grisons en campagne pour en savoir la vérité.
c Je vous avoue, sans vouloir faire un fade compliment que je me fais un plaisir sensible de vous revoir, et quoique, selon toutes les apparences, nous ayons beaucoup d'affaires cette campagne, j'espère que nous ne laisserons pas d'être toujours gaillards. Je finis, comme je vous l'ai promis, en vous demandant toujours la conservation de votre amitié.
< Louis DE Vendôme. »
A cette lettre, d'un ton léger et enjoué, succèdent des dépêches plus sérieuses. Quoique Vendôme n'eût pas lieu d'être content de la décision de la cour, et qu'il fût condamné lui-même à l'inaction pour plusieurs mois, il donna à la Feuillade d'excellents conseils pour le diriger dans son expédition de Nice. Il lui écrivait de Casai le 1 1 mars 1704 : « Un de mes courriers m'a rendu, monsieur, votre lettre et celle de M. le maréchal de Tessé '. Les raisons qu'il a eues pour ne point faire le siège de Suze me paraissent
1. Voy. sur ce duc de Mantoue les Mémoires de Tessé y t II, p. 105 et suiv.
2. On a vu plus haut que Gampistron était de famille noble. Quant au marquisat, dont plaisante ici le duc de Vendôme, il semble lui avoir été conféré par le duc de Mantoue.
3. Tessé avait pris le commandement de Tarmée de Savoie pendant que le duc de la Feuillade attaquait le comté de Nice. Saint-Simon ne dit pas un mot de ces opérations militaires. Il y a aussi une lacune dans les Jfémoires de Tessé sur les premiers mois de Tannée 1704. La correspondance inédite de Vendôme, dont je citerai plusieurs lettres, pourra suppléer au silence de Saint-Simon et de Tessé.
DSS MJËM0IRB6' I>E SAtST-SIMON. 577
qooyiûneaiites, .et le tettps.doBt il a besoin poany-cMdtLÎre du canon devrait seul détennioer àne plas tsongier à* cette entxejurise« Après oala, Iq roi le rendant responâable de T^véoement, comme Sa Mcyesté m'a fait l'honnenr de mêle marquer^ il n*a d'autre parti à prendre que d'abaûdonner ce projet.
« Je suis persuadé que M. le duc de Savoie, voyant M. de Tessé d'un côté et moi de l'autre, n'osera point se dégas^nir pour s'opposer à vous, et je crois qu'il se trouvera tropheu« reux d'en être quitte pour une entreprise sûr Nice 'èt^sur Yillefrancbe. Après oela^ il ne me sera pas possible da foire aucun mouvement considérable avant la fin dû mois d'avril par le manque de fourrages. Je fais ce que je puis pour en assembler ici deux cent mille rations, et ce sera beaucoup faire si je les puis avoir dans ce tmips-là. Yous n'en serez pas surpris quand vous saurez que je les tire actuellement des environs de Lodi.
< Mon frère est actuellement en marche pour attaquerHflevère. Je lui ai envoyé pour cela vingt compagnies de grenadiers, qui ne pourront être de retour ici de longtemps. Car you$ isavçz que, par le Pô, je puis envoyer des troupes en siï jours d'ici sur la Secchia, et qu'il faut un mois pour les faite revenir par terre. Je tiens même encore des bateaux fout prêts pour lui envoyer de l'infanterie, s'il en a besoin; car cette enUreprise est si importante qu'il ne faut p^lni en avok* le démenti. ^ crois que voua serez de mon avis> monsieur, sur cela, et que vous verrez bien que ce n'est pas faute' d'à* Toir envie de vous aider si je ne me mets pas en mouvement dans le temps que vous me marquez. Car» indépendamment du service du roi, personne ne souhaite plus que moi que votre entreprise réussisse, et je vais, pour cet eilet, vous donner les notions que j'ai de ce pays4à, dont vous ferez l'usage qu'il vous plaira.
« Je commencerai d'abord par vous dire que le château de Saorgio a été accommodé de manière dans le temps que nous
Favions que vous seriez bien deux mois à Tattaquer sans le prendre, et s'il y a une forteresse imprenable dans le moncfe, c'est celle-là. Cependant, il me parait, par votre lettre, que c'est par là que vous voulez commencer. Par l'intérêt que je l^rends à ce qui vous regarde, changez ce projet. Ce que je vous dis est TÉvangile. Pour moi, si j'étais chaîné de cette affaire, après avoir passé le Var, je i»e rendrais d'abord maître de la hauteur de Montalban, et' j'enverrais en même temps me saisir du château d'Apremotit et d'une hauteur au (sic) pain de sucre, qui domine le dit dlâteau. De cette hauteur, on vient toujours en descendant jusqu'à la portée du canon de Nice, et étant maître de la dite hauteur et de Montalban, il est impossible de secourir Nice par le col de Tende ni par le comté de Bueil. Montalban n'est qu'une redoute dont Usera aisé de vous rendre maître. La ville de Nice n'est point bonne non plu?. Cependant, j'y ai fait faire un chemin couvert pendant que j'y étais, et la garnison peut, sans danger, attendre la dernière extrémité, ayant la retraite sûre dans le château de Montalban. Vous allez toujours en descendant au château de Villefranche, lequel est commandé et peut être fort incommodé par les bombes, étant petit et n'y ayant point de souterrains. Mais il y a un fossé dans le roc assez large et profond, de sorte que, pour peu que le gouverneur soit opiniâtre, il vous tiendra bien plus longtemps que vous ne croyez. Vous aurez après Saint-Ospice à prendre, lequel n'est pas trop bon, mais qui ne laissera pas de vous occuper bien plus longtemps que vous ne croyez. Voilà, ce me semble, bien de la besogne pour la finir en trois semaines, et je vous plains que le roi ait été aussi mal informé. J'ai déjà mandé à Sa Majesté que je croyais que ce que vous avez à faire était plus difficile qu'il ne pensait. Enfin, je vous plains d'être charçé d'une affaire que le roi est persuadé que vous finirez en trois semaines, dans le temps que je suis assuré qu'il vous y faudra beaucoup plus de temps, le ne vous parle point de Saorgio ; car vous seriez bien deux
mois sans le prendre. Je vous dis ce qoe je pense comme je le ferais à mon iï*ère» et afin qne le roi vous sache meilleur gré si vous réussissez. Vous pouvez lui envoyer to^ie de cette lettre, et, de mon côté, je vous réponds xle lui en écrire dons les mêmes termes, quoique je l'aie déjà fait. »
Après quelques renseignements sur la voie à ^suivre pour lui faire parvenir des nouvelles, Vendôme ajoute : «c Quoique je sois persuadé que vous avez assez de confiatice en moi, je ne laisse pas de vous envoyer un certificat du sieur d^Astrco qui a fait travailler aux châteaux de Saorçio et de ViHefranche. J*en ai envoyé un pareil au roi afin que Sa Majesté ne s'en prenne pas à vous, si vous êtes plus longtemps à votre expédition qu'elle ne comptait. Pour moi, si vous ne venez qu'après que tout cela sera fini, je n'espère pas de vous voir avant le 15 juillet. Adieu, monsieur, je vous souhaite beaucoup de prospérité, et je vous demande la continuation de rhonneur de votre amitié.
« Louis de Vendôme. »
Les conseils de Vendôme étaient dictés par une longue expérience et une connaissance approfondie du pays. Il insistait encore, dans une lettre du 28 avril 1704 sur la nécessité d'abandonner l'expédition de Nice et de concentrer les troupes dans la Savoie et le Piémont. « A l'égard de Nice, dit-il, je m'y suis oppolsé dans le commencement autant que j'ai pu. Vous me coonaissez trop vrai pour déguiser mes sentiments à mon maître même. J'ai écrit sur cela à Sa Majesté par trois fois aussi fortement que je l'ai pu, et, sans votre considération et celle de M. de Chamillard, je vous jure en homme d'honneur que j'eusse continué de même. Le siège de Suze me paraissait et me parait encore non-seulement important, mais nécessaire à enireprendre pour nous faciliter ce que nous avons à faire de ces côtés ici-, qui va être plein de difficultés et que je vais pourtant tâcher d'exécuter avec une armée très-peu supérieure à celle des ennemis; car, pour
la diversion que vous allez faire du côté de Nice, elle ne me servira de rien, et je vous réponds que le duc de Savoie en retirera des troupes plutôt que d'y en envoyer. Je me flatte que vous ne pouvez exiger de vos amis un plus grand sacrifice que celui de se taire daus une pareille occasion, et j'ose même vous assurer que peu de gens à ma place en eussent usé comme j'ai fait. »
La Feuillade» ou plutôt Ghamillard, qui le dirigeait, fut enfin forcé de renoncer à la conquête de Nice et de diriger son armée vers la Savoie. Là, il assiégea Suze, pendant que Vendôme attaquait Yerceil. Ce général aurait voulu prendre Verrue, qui couvrait Turin, et marcher ensuite contre la capitale du Piémont. Mais il fut arrêté par un ordre de Louis XIV. « J'ai reçu , écrivait-il à Ghamillard, le 24 mai, une lettre du roi par laquelle il me marque qu'il ne veut point absolument que je fasse le siège de Verrue. Ainsi, voilà nos dispositions entièrement changées. Je me suis déterminé à faire celui de Verceil*. »
Cette ville fut, en effet, assiégée et prise par Vendôme (juin-juillet 1704)| pendant que la FeuUlade s'emparait de Suze, puis allait, malgré les conseils du maréchal, user ses forces contre les Barbets ou Vaudois des vallées piémon taises. Vainement Vendôme lui avait écrit le 19 juin : c Pour les Barbets, je vous demande en grâce de n'y point songer; je connais cette guerre; elle est pénible et infructueuse, et je
1. On trouve dans les Mémoires militùires (t. IV, p. 221-222) la lettre da roi. Il répondait, le 16 mai 1704, au duc de Vendôme, qui proposait le siège de Verrue : « Quoique je sois persuadé que vous vous êtes fait à vous-même toutes les difficultés qui se rencontrent dans cette entreprise , je la trouve trop dangereuse pour laisser au hasard la décision d'une campagne qui a eu de si heureux commencements. » Le roi indiquait ensuite le plan de campagne qu'il avait adopté : Vendôme assiégerait Verceil , la Feuillade Suze , et le maréchal de Tessé envahirait le comté de Nice : « Le duc de Savoie, disait-il en terminant, étant resserré par la prise de Nice, celle de Suze et de Vereeil, votre armée fortifiée par un corps de troupes aussi considérable, vous pouvez finir la guerre d'Italie dans cette campagne, en lui ôtant tous les moyens de prendre des quartiers d'hiver hors du Piémont. »
puis VOUS assurer que quand vous y emplôyeriez toutes vos troupes, vous n'en viendriez pas à bout. De l'humeur dont je vous connais, je suis persuadé que vous serez fâcIié d'être dans un camp sans aucun mouvement; mais d*un autre cAté, faites réflexion que vous ne pouvez rien faire de plus grand ni ne plus utile pour le service du roi que de me donner les moyens d'exécuter un projet qui, selon les apparences, mettra M. de Savoie à la raison. Vous êtes trop éclairé pour que j'aie besoin de vous en dire davantage. Mais, au nom de Dieu, point de Barbets ; occupez toujours seulement le corps qui esta Veillane , et je vous réponds que tout ira bien. »
Malgré les instances de Vendôme , la Feuillade , soutenu par Chamillard, s'obstina à faire la guerre aux Barbets. « Il n'épargnait pas les courriers, dit Saint-Simon', pour annoncer ses conquêtes dans les vallées des Alpes : tantôt un petit fort pris, défendu par des milices, tantôt quelque peu de troupes réglées forcées derrière un retranchement qui gardait quelque passage. Tout cela était célébré comme si c'eût été quelque chose. Chamillard, ravi, en recevait les compliments et savait faire valoir ces merveilles au roi et à Mme de Haintenon. > Le beau-père et le gendre étaient également flattés de cette campagne qui ne servit qu'à diviser les forces de la France.
Après la prise de Verceil, Vendôme insista encore pour entreprendre le siège de Verrue \ Bien loin de flatter le roi, comme le prétend Saint-Simon, il irevient au projet qu'il avait déjà proposé et que ce prince, ou plutôt son ministre, avait écarté. « C'est à présent, écrit-il à Louis XIV ■, qu'il est nécessaire que Votre Majesté décide entre le siège dlvrée et celui de Verrue, et qu'elle me donne ses ordres positifs par le retour de ce courrier. Je lui ai obéi à l'égard du siège
]. Mémoires de Saint-Simon, t. IV, p. 35?.
3. Lettre du 29 juillet 1704 dans les Mémoires militaires relatifs à la succession d'Espagne, t. IV, p. 247 et suiv. 3. Ibid,, p. 249-250.
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de Yerceil, et je dispose tou4 pour celui d*\v9ée» ea cas qu'elle me Tordonne; mais comme le siège d^ Tu?ia «st Tafiâire capitale^ je tromperais Votre Majesté ci je lui disais qœ je puis Tentreprendre sau» ^voir pris Verrue auparavant et saAs Mre maigre de la navigatiou du Pô , de Casai à Turin, pour nous porter toutes les munilions et toute rartillerie nécessaires pour uu siège aussi considérable que le sera vraisemblablement celui de Turin. Les voitures roulantes ne marchent plus dans ce pays-ci et encore moins dans leMoatferrât, dès que le mois de novembre est venu ; et quand les chemins seraient praticables pendant Tbiver, il &udra tant de choses pour ce siège, qu'il n*y a pas d'apparence de s*y exposer sans le secours d'une gro^s^e rivière. On ne peut dire si M. de Savoie demeurera à Crescentino; mais quand il y demeurerait, je serai si supérieur, quand nos forces seront réunies et j'ai de si grands avantages à prendre sur lui, que j'ose répondre è Vptre Majesté de prendre Verrue. »
Malgré les instances de Vendôme, la cour s'obstina à l'attaque d'Ivrée; Vendôme mit le siège devant cette ville et s'en empara. Pendant que la Feuillade ruinait son armée à la petite guerre des Barbets et que Vendôme continuait le siège d'Ivrée, on apprit que les Français venaient d'essuyer un sanglant désastre à Hochstedt (13 août) et que la Bavière était au pouvoir des in^ipériaux. Il était à craindre que les Autrichiens, maîtres du Tyrol, ne fissent une invasiçn en ViOm^bardie et ne port^sent secours à leur allié, le duc de Savoie- Vendôme se hâta ^ presser la Feuillade de le rejoindre. Il lui écrivit le 2 septepibre 1 704 : « Je ne doute pas, monsieur, que vous ne sachiez la nouvelle de la bataille que nous avons perdue près de Hochstedt et le parti honteux qu'on a pris d'abandonner la Bavière. J'ai déjà envoyé trois escadrons à mon frère, et après la prise dlvrée j'ai ordre du roi de lui envoyer dix bataillons. Vous voyez à présent qu'il est plus important que jamais que vousti-
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chiez de vous rendre mattre des pasisagea 4es ffOfitagnçLS pour ^^lir une commvJiication dç la vaUéç^ c^ M£^uriç]7n.e ^ Ivrée. Je crois que vçus deYe;^ tout tçntejf pour cela. »
Vendôme, en présence des diflicultés croi3santes, r^oubla d'énergie : il ferma. TJ^talie aux Autriclûens to fortifiant ],e corps d'armée du grand-prieur et pressa le si^ dlvrée. La ville se rendit le 7 octobre, ^pr^si \fn si^e que Saint- Simon appelle à loj:t as^z court ^ La Fçul],lade, codant çpGn aux instances de Vendôme, réunit ses forces aux siennes, çt ce fut alors que le siège de Verrue fut entrepris et continué énergiquement pendant tout Thiver, du çiois d'octol;>re 1704 au mois d*avril 1705. Saint-Simon a vivement blâmé cette opération. < Jamais siége^ dit-il*, si follement entrepris, peu qui aient coûté tant de temps, d'homn^es et d*argent. > Il faut rappeler ce que Saint-Simon ne sait pas, oun^ dit pas, que Vendôme avait voulu entreprendre ce siège dès le mois de mai * ; qu'on ne pouvait pénéU'er à Turin qu'après avoir pris Verrue, que Vendôme n'ignorait pas qu'il allait avoir à cojonbattre, au printemps, l'armée autrichienne que son frère ne pourrait plus arrêter sur TAdige, et qu'il avait hâte de frapper un coup décisif trop longtemps retardé par l'opposition de la cour. II fallut pendant cinq mois d'hiver lutter contre la neige, U froid, et les attaques incessantes de Victor-Amédée, qui, retranché .auprès de Verrue dans son camp du Crescentin, soutenait le courage des assiégés. Vendôme triompha de toutes ces difûcultés.
Le général de VauU, auquel on doit, la rédaction de l'ouvrage intitulé Mémoires relatifs à la guerre de succession d'Expagne j résume cette glorieuse campagne daijis le passage, suivant* : « C'est ainsi que le duc de Vendôme parvint, par
1. Mémoires de SairU- Simon ^ t. IV, p. 352. Ce siège avait duré plus dç <lcux mois.