‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 300 sur 328 · II s'agissait d'enlever Gibraltar aux Anglais · texte numérisé non relu

II s'agissait d'enlever Gibraltar aux Anglais

Poiotia n'a point pu ou voulu arriver; un troisième secours est entré. L'on n'a pu battre en brèche, et par honneur seulement pour la trandiée, Ton a tiré quelques coups par heure. Ainsi les ennemis ont eu le loisir de raccommoder et d'épaissir ce qu'on leur avait décharné; l'armée s'est anéantie. Voilà, Monseigneur, ce qui fait, comme dit la comédie, que notre fille est muette.

« L'on m'a ordonné de me rendre ici, où je devais trouver vingt canons nouveaux et trois cents milliers de poudre. Les premiers sont à Cadix, sans en pouvoir sortir ; la poudre vient de Toulon , et je n'en ai encore nulle nouvelle. A tout cela, Votre Altesse me dira : mais les plus courtes folies sont les meilleures; que ne levez-vous le siège? Il y a une petite difficulté qui n'en vaut pas la peine : c'est que toute TartiU lerîe est venue par mer, et ne saurait s'en retourner ni être retirée que par mer. Ceci est un cul-de-sac entouré de montagnes à une lieue à l'en tour, où nul chemin de charrois pour aller en arrière n'est praticable; et, soit pour continuer le siège, soit pour le lever, il faut toujours une escadre, et elle ne peut ou ne veut venir. Je puis vous assurer, Monseigneur, que le carnaval que nous faisons ici est tout différent de celui de Marly, et que d'ailleurs toutes les mesures que l'on prend à Madrid pour de l'argent, pour des secours, pour des précautions, pour des subsistances et tout le reste, ^8t de la nature de ce qui se passe ici. Pardon, Monseigneur, de tout ce narré; mais Votre Altesse me l'a ordonné et permis.

« Je n'ai point été surpris des agréments que Mme la princesse des Ursins a reçus* : son mérite et sa personne sont approuvés de Votre Altesse. Pour moi, je serais très-aise de la voir arriver et même gouverner : ce ne peut être trop tôt; elle trouvera bien de la besogne gâtée. Quand j'arrivai

1. Voy. Ménmm de SaifUSimtmf t. IV, p. 412 et suW. «ur le séjour de Mme des Unins à la oovr (170.S).

à Madrid, j'ose avancer que je proposai avec vivacité de faire un détachement de nos Français pour envoyer ici. Je fus rudement sifflé; car toutes nos cours sifflent. Deux m^is après, on me l'ordonna; il n'était plus temps, et au l*' mars, je me trouve sans Gibraltar et sans armée. Votre Altesse n'a-t-elle jamais entendu chanter une chanson, qui fut faite, il y a cent ans , sur MU. de Beuvron, qui étaient trois frères à la guerre? Elle finit par

Se promenant dans le camp, Ils voudraient bien être à Caen.

Et moi aussi, Monseigneur, qui suis avec un respect proportionné à ma reconnaissance, etc. »

Le même ton d'ironie légère et d'élégance prétentieuse se retrouve dans les lettres que le maréchal de Tessé adressa au pape Clément XI. Après son retour d*EspagQe, il avait été chargé d'une ambassade à Rome. Le but principal de sa mission était d'empêcher Clément XI de sç déclarer pour l'Autriche. N'ayant pu y réussir, il écrivit au pape les lettres suivantes, que Saint-Simon qualifie de Hdicules^. Le général Grimoard y vante, au contraire, la finesse du tour ironique parfaitement adapté aux circonstances*. Le lecteur en jugera. Voici la première lettre :

« Très-saint Père, je ne saurais assez marquer à Votre Sainteté la sensible reconnaissance que je conserverai toujours dans le fond de mon cœur des bontés dont elle m'a honoré pendant ma dernière maladie, qui ne me permet pas d'aller aux pieds de Voire Sainteté, pour la supplier de m'accorder la très-respectueuse liberté que je lui demande, de lui écrire sur les bruits étonnants qui courent, et dont la sur-

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