‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 304 sur 328 · Mémoires de Tessé, 1. 1, p. 178 et suiv · texte numérisé non relu

Mémoires de Tessé, 1. 1, p. 178 et suiv

DES MÉMOIRES DE SAINT-SlMON. 605

tout de suite le roi d'Espagne s*0UYrit à lui du dessein qu*il pourrait prendre de nommer pour successeur de la monarchie d*Espagne un des enfants du Dauphin de France ; mais qu*il ne voulait pas prendre une telle résolution sans consulter le saint-siége, auquel il était si attaché, et qu'il prierait le pape de prendre le conseil de quelques cardinaux des plus gens de bien pour décider une affaire aussi importantCi et dans laquelle il était obligé de se cacher de la reine sa femme, de tout son conseil et de toute sa maison, attachée à la branche de l'Empereur; mais que quelque inclination qu'il eût pour sa maison, il voulait faire son salut et avoir le sentiment du pape, auquel il croyait devoir ce respect et cette déférence.

« Ledit duc d'Uzeda ne put refuser et vint à Rome avec des lettres de son mattre. C'était le pape Pignatelli, sous le nom d'Innocent XII, qui tenait le saintsiége. Il m'a conté qu'aux premières audiences du pape, Sa Sainteté lui lit une inflnité de difûcultés, lui représentant qu*il ne pouvait se mêler d'une affaire aussi importante et si délicate ; qu'à celte décision ou conseil il y avait tant d'inconvénients de toutes les sortes pour toute la chrétienté, qu'il ne pouvait prendre l'événement sur lui. Le duc d'Uzeda lui remit différentes consultations de droit et de théologie, faites sur cette matière à Paris et en différents lieux, et enfin le pape lui promit de former un conseil, qui fut composé des cardinaux Albano, pape après lui sous le nom de Clément XI, du cardinal Spinola, connu sous le nom de Gesareo, et du cardinal Spada, et le pape, avec ledit conseil, remit au duc d'Uzeda ses sentiments conformes à ceux des cardinaux, qui furent qu'il devait en conscience appeler par son testament à la monarchie d'Espagne le duc d'Anjou, et, à faute du duc d'Anjou, le duc de Berry. Le papier Tut secrètement remis au roi d'Espagne, sans la participation de la reine ni d'aucun de ses ministres, et cet avis fut absolument caché à l'Empereur. Je ne rapporte cette particularité que m'a contée le duc d*Uzeda qu'afin de

me souvenir que le testament n'a point été fait par caprice ni par séduction d'aucun ministre d'Espagne^ et que !e roi Charles II a cru, longtemps avant sa mort, devoir faire le testament qu'il a fait. •

Les mémoires de Tessé donnent, sur le voyage que fil Pierre le Grand à Paris en 1717, des détails qui prouvent que Saint-Simon n'a pas connu les véritables causes qui amenèrent le czar en France. Ce prince ne faisait pas seulement un voyage d'agrément, il voulait contracter une alliance étroite avec la France. Le maréchal de Tessé fut chargé d'entendre ses propositions. Les négociations n'aboutirent pas à un traité; mais elles ne doivent pas cependant être complètement omises, comme l'a fait Saint-Simon, par ignorance ou par oubli ^

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